Je fais souvent des éloges des scènes hardcore et metal suédoise (et même un peu de la scène shoegaze locale), j'y trouve sans cesse mon compte, des groupes étonnants d'inventivité, de puissance, de singularité. Des noms tels que Cult Of Luna, Refused et Masshysteri mettront tout le monde d'accord. Et après avoir découvert ce disque, je peux encore plus affirmer que ce dévouement n'est pas près de s'arrêter. Mesdames et messieurs, voici le nouveau disque-clé de la swedish skramz mafia, le message suprême de l'humanité, l'acte final du niveau actuel de la vie et le pont vers le niveau suivant : Le 12" split entre Suis La Lune et Shirokuma.
Comment décrire objectivement ce disque, tant attendu par les emokids de ce monde, dont les 100 exemplaires du pressage "cream / blue and cherry splatter" se sont écoulés en moins d'un jour et dont l'un d'entre eux finira dans quelques jours dans ma boîte aux lettres ? D'un côté, on a le tout meilleur de ce qu'a produit Shirokuma jusque là, un jusqu'au-boutisme époustouflant et éblouissant. De l'autre, on a l'une des références cultes du screamo de ces 10 dernières années, Suis La Lune, qui délivre une musique toujours aussi désabusée, enneigée, cristalline, et la tête toujours baissée sur son pedalboard, qui se permet en plus, sans pression aucune, de caler une pièce épique de 8 minutes, "In Between Heartbeats", au milieu de cet ensemble déjà grandiose. Ce disque est un feu d'artifice d'émotions, de riffs et de cris débordant de beauté, de fragilité, précieux, tout simplement fabuleux. Le tout soutenu par une section rythmique qui, pour chaque groupe, est soumise à rude épreuve, mais qui tient le coup quoi qu'il en soit. Au final, on en ressort les yeux vitreux, l'âme mise à rude épreuve par tant d'émotions, et les oreilles malgré tout émerveillées. Ça fait beaucoup de compliments certes, mais sincèrement, je n'ai rien trouvé de reprochable à ce split...
"I'm waiting for something to lean on, or something to take me away. I'm waiting ten years away, will it still be the same? Endless rain come wash away the pain of ordinary days, breathe in the sweet dreams." - Endless Rain
Pour toute personne sensible au screamo actuel qui se respecte, il est impossible de rester indifférent à ces 9 titres euphorisants. En soi, c'est vrai, Suis La Lune y tourne finalement un peu en rond, usant de leur recette bien connue pour nous emballer d'emblée. Mais les suédois trouvent toujours LA mélodie, LES gang vocals, LE riff qui à chaque fois touche en plein cœur et fait la petite différence. Quand à Shirokuma, c'est tout simplement un coup de maître qu'ils ont réalisé, arpentant des sentiers légèrement plus sombres comme en témoigne "Lost Contact", consolidant leur style de composition, affirmant l'aspect aussi clair que rugueux des riffs, et Jonathan plus passionné que jamais au chant. En bref, procurez-vous d'urgence ce split, vous saurez la vérité sur ce monde, vous vivrez 15 vies, vous aurez accès aux memes les plus rares de notre monde, wow !
"Just a feeling that something is off tonight, I can't seem to figure it out, say 'everything's fine', then shut your eyes as hard as you can. I try so hard to open up to you. Why are words so hard to pronounce tonight?" - In Between Heartbeats
Bisous.
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Et voilà, je me suis encore laissé déborder par le rythme des sorties trop cools du moment. Il y en a eu plein d'un coup, le rythme est hyper dur à suivre ! Et puis, je me suis laissé allé. J'ai laissé filer tout ça sans en dire un seul mot sur ce blog, honte à moi. Ça va du duo skramz intimiste au post-hardcore abrasif nourri au neo-crust façon vitriol balancé en pleine tronche, en passant par de la douceur emo french way. Messieurs dames, voici quelques albums et EP sorti ces dernières semaines, à ne surtout pas louper ! Parmi beaucoup, beaucoup d'autres... Ceci n'est qu'une "petite" sélection !
Yup, I've been submerged by the quantity of super cool releases that went out on very few time, it was super hard to follow! And then I let myself procrastinate, without saying a word about these bands this blog, shame on me. It runs from intimate skramz duo, to abrasive post-hardcore fed with violent neo-crust that hits straight in your face, through emo french way full of sweetness. Ladies and gentlemen, here are some albums and EP released in recent weeks, especially not to miss! Among many, many others... This is only a "small" selection!
ALGAE BLOOM - I am everyone I've ever met
Ça me touchera toujours en plein cœur quoi qu'il advienne, ce genre de sons. Algae Bloom propose avec son nouvel album un screamo plein de riffs enjoués, un peu minimaliste dans la prod et dans le line-up en lui-même puisqu'il s'agit d'un duo, mais grand par la quantité d'émotions, de sincérité et de mélodies mémorables qui se dégagent de ce nouvel album, faisant suite à un I'm still scared of living tout aussi beau. Et cela paraît tout à fait logique lorsque l'on se penche sur les textes des morceaux, très influencés par le vécu de Matt et Leigh, leurs erreurs, des textes qui selon eux leur servent aujourd'hui de catalyseur du doute de soi plus que d'un catharsis, le self-doubt étant un mal-être particulièrement présent dans nos sociétés actuelles, que le duo exorcise au travers de ses morceaux puissants et touchants. Hey, ça aurait presque pu être suédois...
This kind of sound will always hits me in the heart, whatever happens. With his new LP, Algae Bloom a screamo full of playful riffs, somewhat minimalist in the production and the line-up itself since it's a duet, but with big amount of emotions, sincerity and memorable melodies that emerge from this album, which follows I'm still scared of living as beautiful, a release that was also super beautiful. And all these elements seems quite logical when we read the lyrics of the songs, very influenced by the life experiences of Matt and Leigh, their mistakes, lyrics which are here for catalysing their self-doubt rather than a catharsis. Self-doubt is a malaise particularly present in our societies, the duo exorcise it through its powerful and poignant pieces. Hey, it could almost be a Swedish skramz band...
"Post a letter to myself, leave it on the mat. Write again... Let my words pile up by the door. Never leave the house." - We Met Upon A Level
PARENTHESIS - Quiet Desperation
Eux aussi auraient pu être suédois. Voici Parenthesis, quintet originaire de Singapour, une terre ou l'emo semble de plus en plus se développer. Sur leur EP Quiet Desperation, il est aussi question de screamo aussi éthéré que mélodieux, avec un riffing rappelant ouvertement celui de Suis La Lune. Mais il y a quelques éléments sonores plus personnels, un cri plus violent, qui permet à ce petit groupe prometteur de se différencier un peu, notamment grâce à ce sample de Neon Genesis Evangelion sur "If She Is Not The Word Of God, God Never Spoke"... Bon, le frontman de Suis La Lune est également un fan de culture japonaise, mais il n'est pas allé jusqu'à sampler un anime, un point pour les asiatiques. Bien joué messieurs, jolie démo et vivement la suite !
They could have been Swedish too. Here's Parenthesis, a quintet from Singapore, a country where an emo scene seems to increasingly develop. On their EP Quiet Desperation, it's also about screamo as ethereal as melodious, with a riffing that openly remind Suis La Lune. But there are some more personal sound elements, a violent scream, allowing to this small band full of promises to differentiate themselves a bit, thanks to this sample of Neon Genesis Evangelion on "If She Is Not The Word Of God, God Never Spoke "... Well, the frontman of Suis La Lune is also a fan of Japanese culture, but he never put a sample of an anime in his band, one point for Asian dudes. Well done boys, I can't wait for the next release!
"I wondered if the repentance I seek will help me find sleep. I would give everything to feel nothing again." - Bear Mountain
DROUGHTS - All Together
Ça, c'est l'album que je découvre précisément en écrivant cette partie de l'article. Droughts nous vient de Chicago, et All Together est en fait une compilation de toutes leurs releases à ce jour : l'EP Unmoved, ainsi que les morceaux du split avec William Bonney, et du 4-way split avec Frameworks, Kittyhawk et Prawn. Je me suis rappelé à quel point ce groupe défonce. C'est entre post-hardcore et post-punk, ça vous plaira si vous aimez des groupes tels que Native ou Touché Amoré, et petit bonus, vous y trouverez 3 inédits issus du prochain album de la bande, qui s'appellera Stay Behind. Je suis déjà impatient d'écouter les autres morceaux, et cette compile saura faire attendre tranquillement, ces morceaux étant déjà impressionnants sous plusieurs faits : la tension, le groove, la singularité, l'intensité, et le petit côté moody qui s'en dégage. À ne surtout pas manquer, et à apprécier à haut volume. J'ai même l'impression d'entendre du Amanda Woodward sur "Body Full Of Glass", l'un des morceaux du split avec William Bonney... Si ça c'est pas un gage de qualité.
That's an album I discovered precisely while I write this part of the article. Droughts comes from Chicago, and All Together is actually a compilation of all their releases to date: the EP Unmoved, as well as songs from the split with William Bonney, and the 4-way split with Frameworks, Kittyhawk and Prawn. I just remembered how this band is dope. It's somewhere between post-hardcore and post-punk, and you'll like it if you dig bands such as Native or Touché Amoré. And little bonus, you'll find 3 new songs from the upcoming album of the band, Stay Behind. I'm already looking forward to listen to the other songs, and this compilation will made the wait less hard, the 3 songs being already impressive for several facts: for the tension, groove, uniqueness, intensity, and that little moody side which emerges to the whole. Really not to be missed, and you have to listen it to high volume. I even seem to hear some Amanda Woodward influences on "Body Full Of Glass", one of the songs of the split with William Bonney... If that's not a seal of quality, I don't know what to do for you.
MONT-DORE - Fractures
Ces messieurs m'ont mis une grosse claque lors de leur prestation au Miss The Stars Fest cette année, où ils se sont donnés corps et âme pour interpréter leur musique le plus profondément possible. Mont-Doré nous vient de Belgique, et nous offre avec ce premier album une suite encore plus ambitieuse, chaotique et destructrice que l'EP Escalades. Il est impossible de s'accrocher à quelconque repère sur ce nouveau disque, on est constamment poussé en avant sur des chemins cassants et rugueux, des avalanches neo-crust, et des cassures rythmiques qui évoquent le post-hardcore noise-rockesque des 90's. Que vous soyez fan de Rainmaker, de Botch ou de Fall Of Efrafa (3 noms qui me sont venus à l'esprit en écoutant ce disque, en étant attentif à la voix, la déclamation des lyrics, et l'univers musical en général), vous trouverez votre compte sur leur impressionnant nouvel album, qui se vit plus qu'il ne s'écoute. Pas facile d'accès, mais plus on l'écoute, plus la patate a d'impact, plus on se ressert en purée.
These gentlemen put me a gigantic slap at their performance at Miss The Stars Fest this year, where they are given body and soul to interpret their music as deeply as possible. Mont-Doré comes from Belgium, and provides us with this first album a sequel even more ambitious, chaotic and destructive than the EP Escalades. It's impossible to cling on any landmark on this new record, one is constantly pushed forward on brittle and rough roads, on neo-crust avalanches, and rhythmic breaks that evoke the noise-rockesque post-hardcore of the 90's. Whether you are a fan of Rainmaker, Botch or Fall Of Efrafa (3 names that came to my mind while listening to this record, being attentive to the voice, the declamation of the lyrics and the music universe in general), you will find your happiness with this impressive new album. Not easy to access, but the more we listen to it, stronger is the impact. "This is something we share, the kindness we bid for. The hands are holding tight, so tight we want this exist forever. So let's get our muddy hands washed in the same clear water and splatter our faces with leftovers of those moments we survived." - Let's Not Slam Doors Anymore
MONTE IDA - Corinth
LA FIERTÉ LOCALE, MESSIEURS DAMES. J'en avais déjà fait l'éloge lors de la sortie de leur EP Devotion, voici l'occasion d'en faire encore plus à propos de Monte Ida, trio rennais officiant dans un screamo arrache-cœur, aux mélodies salvatrices, aux paroles à hurler à l'unisson. Ils arrivent à faire encore plus forts que la précédente release sur le fantastique EP Corinth, et je suis totalement sous le charme. Il me tarde de les découvrir en live et d'hurler quelques lyrics avec eux et de me vider de quelques démons grâce à leur skramz thérapeutique. Ça me rappelle ce que Loma Prieta faisait jusqu'à Dark Mountain, avant que ça ne devienne trop noisy, ou alors Raein, l'ère All The Footprints d'Envy... Ces 4 nouveaux morceaux sont à écouter de toute urgence, et de plus, encore une fois, on a le droit à un magnifique artwork. Un grand bravo messieurs, et merci !
THIS. IS. AWESOME. I already said a lot of good things for their EP Devotion, here is the opportunity to make the same thing about Monte Ida, a trio from Rennes that plays a completely heartbreaking and stunning screamo, with epic melodies, lyrics yelled in unison. They manage to make their sound even stronger than the previous release, in this fantastic new EP named Corinth, and oh my god, I'm totally in love. It reminds me some Loma Prieta stuff until Dark Mountain, before it gets too noisy, and also the All The Footprints-era of Envy, Raein... I long to discover them live and scream some lyrics with them and clear my few demons with their therapeutic skramz. You have to listen to these 4 new songs, NOW. And also, it's again a magnificent artwork. Well done gentlemen, and thank you! "My skin is a breakable shape, my soul is a concrete bound, my memories are flying pieces of death, maybe hasty judgments make me blind, but what can I do when I see that interest is only found in a torn vision where time disappears?"- Lete
SOLANAS - What's Left To Leave Behind
Avant eux, quelques groupes se sont essayés au screamo avec des sonorités 80's influencés post-punk voire cold-wave, je pense à Tidemouth ou Xerxes. Solanas fait ça avec tout autant de cohérence et d'originalité depuis l'an dernier avec l'album The Distance Within Our Bodies, dans une indifférence assez malheureuse, et remet le couvert avec le nouvel EP What's Left To Leave Behind. Plus direct que l'album, cet EP semble également bénéficier d'une meilleure production. Le côté mystérieux et distant de l'ambiance cold wave des riffs est toujours omniprésent et apporte une grosse singularité à l'ensemble, mettant paradoxalement en relief les complaintes de Ollie (chant), qui nous hurlent ses peines et ses peurs avec toujours autant de passion, sur une thématique toujours quelque peu axée sur le corps humain. Un groupe décidément fort intéressant, qu'il conviendra d'écouter dans le brouillard avec plein d'arbres nus autour de soi, et qui vous touchera forcément si vous vous sentez mal dans votre peau.
Before them, some groups have tried to make screamo with sounds influenced 80's post-punk and even cold-wave, I think about bands like Tidemouth or Xerxes. Solanas did it with same consistency and originality since last year with the album The Distance Within Our Bodies, in a rather unfortunate indifference, and they're back with a new EP, What's Left To Leave Behind. More direct than the album, this EP also seems to benefit from a better production. The mysterious and distant side of the cold-wave atmosphere of the riffs are always omnipresent and brings a big singularity to the whole, paradoxically highlighting the complaints of Ollie (vocals), which screams our sorrows and fears always with great passion, still somewhat focused on the theme of human body. Definitely a very interesting band, which should be heard in the fog with lots of bare trees around you, and that will inevitably affect you if you feel bad about yourself.
"I'm incomplete: I'll never feel better, I'll never let go. Blue notes turn in my mind, Thoughts move in fives, keep me inside. Blue notes turn in my mind, a cold refrain that never dies." - Bleakest Jazz
I LOVE YOUR LIFESTYLE - We Go Way Back
Ce sera l'un des disques ultimes de l'été. Et pourtant, les auteurs de We Go Way Back nous viennent de Göteborg, Suède, ce qui en soi est déjà un élément déterminant dans la qualité d'un groupe d'emo. Plus objectivement, I Love Your Lifestyle, c'est la fusion idéale de tout ce qui se fait de mieux dans le crossover math-rock/emo depuis ces dix dernières années. Et en plus, c'est tout sauf niais : les paroles dénoncent la main-mise des réseaux sociaux sur nos cerveaux et nos agissements ("Nice Jacket. Not"), le misogynisme ("Common Sense"), racontent l'anxiété du temps ("Summer 03"), ou bien la routine... Sur le bien-nommé "Routine". Le tout raconté, chanté, hurlé, sur un ton jovial et entraînant, sur un torrent de mélodies cristallines, saccadées, sucrées, ensoleillées. Un véritable arlequin. Il est fort à parier que ce guitar-driven record ne vous laissera pas indifférent lorsque vous aurez besoin de réconfort. Une machine à sing-along à l'efficacité presque parfaite, qui met du baume au cœur, tant le groupe cherche à comprendre et expliquer les malaises les plus profonds de la génération dont font partie les musiciens, en les narrant de la manière la plus fun, enjouée et consolante possible. Un album revigorant, aussi profondément adolescent qu'il est paradoxalement adulte, qui risque d'ailleurs de fonctionner au-delà de l'été 2016, en tout cas pour moi. J'en suis démesurément fan, et j'espère pouvoir mettre la main dessus le plus rapidement possible. Ce sera forcément dans mes tops de fin d'année, et dans les tiens aussi.
This will be one of the top-notch records of the summer. Yet the authors of We Go Way Back come to us from Gothenburg, Sweden, which in itself is already a decisive factor in the quality of an emo band. More objectively, I Love Your Lifestyle is the perfect fusion of all the best things that we have heard in the math-rock / emo crossover since the last decade. And to add more greatness, it's fueled by personal confessions, but also by intelligent and important lyrics : they denounce the stranglehold of social networks on our brains and behavior ("Nice Jacket. Not"), the misogynism ("Common Sense"), they confess their anxiety of time ( "Summer 03"), or routine... In the well-named "Routine". All told, sung, shouted, in a jovial tone and driving by a torrent of crystalline melodies, jerky, sweet, sunny. A true melting-pot! I'm pretty sure that this guitar-driven record will not leave you indifferent when you'll need reassurance. A sing-along machine, which warm the heart and soul, since the band seeks to understand and explain the deeper malaise of our generation whose musicians are part of, narrating them in the most funny, playful and comforting way possible. An invigorating album, as deeply teen as it's paradoxically adult, that I'll surely listen way beyond the summer of 2016. I am inordinately fan, and this will inevitably be in my year-end tops, and in yours too. I'll see them 2 times in France between August and September with awesome line-ups, I'm so excited!!
"Domination techniques and misogyny, douches constantly mansplaining. It's so sad it's funny how (paradoxical) some antiracist men patronize women. Elitist macho jerks, counter productive work. We could definitely need more allies than more slops that 'simply don't care'. You've got to close your eyes to not see it. It's time to start wanting to be aware !" - Common Sense
COLORED MOTH - Fragmenting Tensions
Au moment où je commence sérieusement à m'intéresser à la scène noise-rock/post-hardcore 90's, voilà que je reçois un mail de Christopher, guitariste/chanteur de Colored Moth, plein d'enthousiasme à l'idée de me faire découvrir son groupe. Il a eu raison : MEGA DOSE DE TENSION EXTRÊME ! Concrètement, ça sonne comme un mélange de tout ce qui s'est fait et se fait de cool de cette scène : l'intensité d'un Hot Snakes, le chaos sensible de Drive Like Jehu, les basses écrasantes de Shellac, les mélodies rugueuses de The Jesus Lizard, les expérimentations de Fugazi... Le tout avec l'urgence, l'inventivité et la spontanéité de chaque groupe réunis en une fusion d'intensité qui donne un truc techniquement proche du magma. On est ainsi relativement proches du screamo dans les vociférations et les montées d'adrénalines saccadées. On a même le droit à des featurings de qualité avec Leonie (Svffer) sur "LZRDSNC", et Nixe et Simon (Nervöus) sur "Second Sight - Craving Of The Id". En clair, cet extrait de la bio résume relativement bien le contenu du disque: "We like the experiment. We like explosions. We love what we do."
Just when I started to get seriously interested by the noise-rock / post-hardcore scene from the 90's, I get an email from Christopher, guitarist / singer of Colored Moth, full of enthusiasm to the the idea of making me discover his band. He was right: EXTREME TENSION OVERLOAD!, it basically sounds like a mix of everything that is done and cool in this scene: the intensity of Hot Snakes, the sensitive chaos of Drive Like Jehu, the crushing bass riffs of Shellac, rough melodies of The Jesus Lizard, the experimentations of Fugazi... all with urgency, creativity and spontaneity of each band together in a fusion to create an intensity that gives a thing close to magma. Thus, it's relatively close to screamo in the shouts and jerky surges of adrenaline. We even have the right to quality featurings with Leonie (Svffer) in "LZRDSNC" and Nixe and Simon (Nervöus) on "Second Sight - Craving Of The Id". This extract of their small bandcamp bio summarizes quite well the content of the disc: "We like the experiment. We like explosions. We love what we do.". And hey, thank you so much for the vinyl, dudes. "Acceptance is no satisfaction. It’s (more like) conception. That’s why it’s always hard to try. I will run as fast as I can, beyond behind (the) way down to it. Then tell me if it’s worth." - Fragmenting Tensions
GRAND TERMINAL - Trompe-l'œil
Daïtro est mort, vive Grand Terminal ! Bon, c'est un peu hâtif de dire ça, mais je ne peux nier que Trompe-l'œil m'a beaucoup rappelé ce que les lyonnais faisaient sur Y, et également sur leur formidable side-project Bâton Rouge. Pour être franc, je m'attendais à être davantage emballé par ce LP aux premières écoutes. Il semblait manquer d'un petit quelque chose pour que ça décolle vraiment musicalement, La chaleur de la démo, le côté cru de la prod et la générosité des riffs qui la caractérisait, laissant place à quelque chose de plus tranchant, mais qui quelquefois semblait un peu tomber à plat... Mais j'ai été mauvaise langue : plus l'on ré-écoute ce disque, plus l'on prête attention aux riffs, plus l'on retrouve finalement l'atmosphère chaleureuse du premier disque, l'entrain général qui faisait se sentir si bien à l'écoute de ces morceaux. C'est clairement un grower, comme disent les américains : en fait, il semble tout simplement que Grand Terminal a simplifié sa musique, tout en faisant attention à ce qu'elle reste catchy. Un petit punk-rock tout mellow et ensoleillé qu'il est super cool de savourer en marchant dans la rue, pour assurer un peu ta démarche. Les petits gars font de toute façon pencher la balance vers le bon côté grâce à des paroles au top, qui invitent toujours au voyage, à l'introspection, à aller de l'avant et à se reprendre en main, le tout racontés avec insistance et passion. À écouter lorsque qu'on a besoin de courage, de se vider la tête, et que la vague emo lyonnaise vous manque.
Daïtro is dead, long live Grand Terminal! Well, it's a bit easy to say this, but I can't deny that Trompe-l'oeil reminded me a lot the music of the famous french screamo band, and their great side project Bâton Rouge. To be honest, I expected to be more excited about this LP at the first listening, it seemed to lack a little something, surely the warm atmosphere of the demo, the raw side of the prod and generosity of riffs that characterized her, giving way to something more cutting edge, but sometimes seemed a little to fall flat... but I was wrong : the more you replay this record, the more you pay attention to the riffs, the more we finally found this warmth that I missed, the general enthusiasm that made us feel so good while listening to these songs. This is clearly a grower, as americans say: in fact, it just seems that Grand Terminal has simplified his music, while making sure that it remains catchy. A mellow and sunny emo punk that it's cool to enjoy while running, or just chilling in the streets. The little guys do anyway tip the balance toward the right side with their top lyrics, which are always an invitation to travel, to introspection, to move forward and regain control to self, all told with insistence and passion. At record o listen when we need courage, to empty your head, and that the Lyon emo scene miss you.
too many good lyrics but because I have to quote only one extract...
..."La tête baissée on traîne notre peine sous des airs familiers. Des cache-misères qui nous aident à avancer. Tous les matins c'est le même refrain. On se croise sans un regard, chacun perdu dans ses rêves, chacun enveloppé dans sa bulle à chercher un sens à tout ça. Une routine assommante réglée comme du papier à musique. On file remplir nos poches trouées et chaque jour un peu plus on grave dans le sol l'empreinte de nos pas pressés. Sauf qu'ici nos boulevards n'ont pas d'étoiles. Sous les pavés la crasse." - L'empreinte de nos pas
DREI AFFEN - S/T
L'Espagne est aussi douée que les voisins pour le screamo, et Drei Affen en est une preuve absolue avec leur premier disque éponyme, qui en toute objectivité: DÉFONCE. Des riffs aussi massifs et tranchants que tes groupes d'emoviolence préférés, mais un fil conducteur toujours axé sur le mélodique et le dramatique, sans jamais relâcher la pression, le tout servi par une production carrée laissant au mieux s'exprimer la densité musicale et émotionnelle de l'ensemble. Je suis absolument fan de "Mieda", au texte simple mais universel et qui doit être parfait à hurler lors d'un live, avec toutes nos peines et nos frustrations évacuées dans un même élan de catharsis, autant que le font déjà les musicien.ne.s sur ce disque. Un premier disque surprenant, poignant et éprouvant. Avec une telle démonstration de force pour un premier essai, il me tarde fortement de découvrir ce que le groupe nous réserve pour l'avenir !
Spain is also talented that the neighbors for making screamo, and Drei Affen is an absolute proof with their first self-titled album, which objectively FUCKING RULES. As much massive and sharp riffs as in your favorite emoviolence groups, but a common thread always focused on the melodic and dramatic without ever releasing the pressure, all served by a clear production leaving fully express the musical density and emotional of the whole. I am absolutely fan of "Mieda" and his simple but universal lyrics that must be perfect to yell at a show, with all our sorrows and frustrations evacuated in the same common spirit of catharsis, something that the musicians already make on this LP. A surprising, poignant and challenging first record. After hearing such a show of force for a first try, I'm really impatient to find out what the group prepares for the future!
"Voy a estallar en mil revueltas, porque no hay barrera, muro ni cerrojo que puedan frenar este campo de minas germinando! Viviendo bajo los escombros (que son cárceles) de ciudades que se confunden con cárceles!" - El Yugo
LOST BOYS - S/T
C'est tout frais, c'est très confidentiel, et cela risque d'être l'un des meilleurs disques des hardcore newcomers allemands de l'année. À la manière de Drei Affen, les allemands de Lost Boys nous balancent un skramz puissant et expéditif, mais en y ajoutant un côté plus "sale", notamment avec les larsens qui agitent de temps à autres les morceaux. Et ici, la production est nettement plus raw, venant accentuer le côté cru et virulent de l'atmosphère des morceaux de cet album. Tout est chanté dans la langue natale des musiciens, et ce disque éponyme est ma foi assez original pour une première release. Amateurs de skramz pointu et ravageur pour l'esprit et les tympans, ceci est pour vous !
It's fresh, it's very confidential, and this may be one of the best records of German hardcore newcomers of the year. In the way of Drei Affen, Lost Boys sway us a powerful and expeditious skramz, but adding a more "dirty" side, especially with the Feedback that agitates the songs from time to time. And here, the production is much more raw, accentuating the virulent and sharp side of the atmospheric of the album. Everything is sung in the native language of musicians, and this self-titled album is quite original for a first release. If you dig devastating music for the mind and eardrums, this is for you!
MASADA - S/T
Toujours L'Allemagne, mais catégorie "mandale du terroir" : Masada nous fait plaisir avec son premier LP très attendu, en mélangeant un late 90's screamo à des influences plus hardcore bagarre, dans une tradition typiquement germanique, tout en conservant quelques lignes de chant clair et tremblant qu'on retrouvait sur l'excellente démo. Ajoutez à ceci un curieux interlude minimaliste entre 8-bit et shoegaze, et vous obtenez là aussi un disque singulier. Pas super facile d'accès avec ce premier morceau très offensif et écrasant, mais il se dévoile avec beaucoup plus d'aisance et montre plus de sensibilité sur les titres suivants.
Once again a german band, but in the "local slap" category : Masada pleased us with his highly anticipated firts LP, by mixing a late 90's screamo with straight-in-the-face and raw hardcore influences, in a typical German tradition, while retaining some clear and trembling vocals that we could already hear on the excellent demo. Add to this a curious minimalist interlude between 8-bit and shoegaze, and you get a singular and great record. Not super easy to access with the first very offensive and overwhelming tracks, but revealed much more ease and more sensibility on the following titles.
C'est impossible de trouver une bonne photo du groupe sur Internet, ne serait-ce qu'une photo d'un live, mais ce genre de groupe s'apprécie plus volontiers en scandant les paroles avec lui qu'en le prenant en photo pour alimenter son compte Instagram. Sur le front depuis 2015, avec déjà un concert à l'open stage du Fluff Fest à leur actif, les jeunes révoltés de Chaviré secouent le punk français en se nourrissant de screamo, pour lui redonner les lettres de noblesse qu'il a perdu sur notre scène après la disparition de groupes comme Aghast, Belle Epoque, Hyacinth ou encore Amanda Woodward. Et ça tombe bien, les combats sont de plus en plus nombreux à mener pour ces messieurs de la dite génération Y, qui subit de plein fouet la main-mise et la censure de plus en plus forte de notre gouvernement actuel sur nos contestations et nos revendications, quand il n'est pas question de déni total de démocratie. Allô, la tyrannie ? Ouais, à ce qu'il paraît tu fais des tiennes ? Coquine va, bon j'te laisse j'suis en interview, fais gaffe à toi, les grévistes lâchent rien, bisous ma puce, tchao !"
Parce que je suis de plus en plus attaché et concerné par les valeurs et les idées que défendent les nouveaux pirates du skramz, j'ai choisi de leur poser quelques questions pour découvrir un peu plus qui ils sont en tant que citoyens, pourquoi font-ils du punk, et le sens qu'ils accordent à leur combat.
- Ça fait maintenant un an que le groupe existe, et pendant ce laps de temps, le monde ne s'est évidemment pas du tout arrangé. Ce chaos, ça donne encore plus de sens à l'idée de faire du screamo de votre trempe en 2016. Y'a des sujets en particulier qui vous débectent plus qu'autre chose aujourd'hui ?
On a commencé à jouer ensemble il y a deux ans et on joue depuis un an et demi maintenant, on a passé un bon moment dans une salle de répète à essayer d'articuler le fait de jouer du punk hardcore avec la façon dont nous avions envie de le faire et d'une manière qu'on avait jusque là pas eu l'occasion d'expérimenter. On a un peu traîné à répondre à cette interview mais on aura gagné entre temps le bénéfice de l'actualité, ce que l'on voit se jouer dans les rues des différentes villes de France ces derniers mois - que ce soit Paris, Nantes, Rennes... - ce n'est pas une mobilisation contre la réforme du code du travail (tout le monde sait qu'il n'y a rien à sauver là-dedans) mais bien le ras-le-bol d'un monde qui décline... A peu de choses près, nous parlons des mêmes choses avec Chaviré.
- J'ai l'impression que de nos jours, nos luttes sont vaines. Trop peu de gens osent réellement se lever : ils sont freinés par la peur, ou bien pris de lâcheté ou de flemme, un peu de tout ça. Les gens se complaisent dans l'état d'urgence, ça ne les gênent plus de vivre dans des régimes liberticides. Et quand des gamin.e.s, des ouvrier.e.s, essaient de semer le trouble pour matérialiser leur colère, on les range dans la catégorie "délinquant.e.s". On laisse passer des lois votées tard la nuit par une minorité de personnes sans que personne ne s'inquiète du statut de la démocratie. Quand je vois se dérouler des manifestations , ça me fait plus penser à des fêtes de quartier bien orchestrées par les autorités, ça n'aboutit à plus grand chose. C'est quoi votre point de vue par rapport à ça ? On peut encore rêver du grand soir à notre époque ?
Nous partageons ces constats sur la difficulté à faire sauter la chape de plomb qui nous étouffe et renverser la vapeur, la défaite dans les luttes politiques nous encercle un peu de partout et c'est dur de produire des choses collectivement quand on ne se souvient même plus du goût de la victoire... Nous sommes de ceux qui pensent qu'il faut essayer de conjuguer comme nous le pouvons et avec les moyens dont nous disposons des formes de luttes collectives (pas juste d'aller défiler lors de la parade de la militance, on est bien d'accord) et des moments qui font qu'on réussit à sortir nos vies du merdique qui les entoure, trouver des zones de confort individuelles et collectives pour y voir un peu plus clair que dans la noirceur générale. Selon nous ça passe autant par le fait de commencer à organiser des concerts, que d'ouvrir un squat avec des ami.e.s, que d'aller kicker une banque pendant une mobilisation contre un projet de loi merdique, les portes d'entrées sont multiples et les possibilités sans fin, là encore les dernières semaines en sont une preuve irréfutable.
- On en a parlé déjà auparavant, mais j'aimerais bien revenir dessus car c'est de mon point de vue important à rappeler. Les textes de la démo paraissent à première vue relativement simples et explicites, mais leur sens va souvent à l'inverse. Ça causait un tel mindfuck dans votre auditoire que vous avez décidé de distribuer vos paroles dans de petits dépliants gratuits pendant vos lives, pour clarifier un peu le message de chaque chanson. Du coup, ça suscite un regain d'intérêt pour ces paroles. Vous les aviez anticipées ces interprétations diverses qui allaient être tirées des textes ?
A vrai dire, on distribue les paroles depuis le début du groupe, c'était un truc qui faisait sens pour nous, histoire d'y voir un peu plus clair dans les quelques bribes hurlées qu'on peut saisir lors d'un concert. C'était aussi l'occasion de rappeler que pour nous, les mots ont un sens et qu'ils ne sont pas là de manière purement décorative, pour "faire joli". Nous n'avons rien anticipé en commençant les concerts, mais on s'attendait à ce que les paroles fassent sens différemment d'une personne à l'autre. Les textes sont juste là pour éclaircir la façon que l'on a de les voir, libre à chacun.e d'en faire ce qu'il ou elle en veut, d'y mettre un autre sens, c'est aussi ça qui est cool avec les mots. Quant aux explications qui vont avec les textes, c'est pour nous l'occasion de lutter contre l'idée que de parler de politique reviendrait à prêcher des converti.e.s, c'est l'occasion de se redire qu'on n'est pas tou.te.s d'accord, que le punk n'est pas une opinion politique uniforme et que c'est avec nos divergences qu'on doit essayer de composer.
- Votre premier LP est sorti chez Stonehenge Records, soit l'un des labels qui a importé la scène emo hardcore en France. Ça s'est passé comment, c'était du démarchage ou bien Christophe vous a repéré ?
Sortir un disque tient parfois à peu de choses, quelques ami.e.s en commun, des goûts partagés et une préférence pour l'anarcho punk plutôt que le skramz !
- Elyas, depuis un certain temps, j'ai envie de te parler de ce qui va suivre, je me souviens que t'avais abordé le sujet avec Till de Guerilla Poubelle après le concert que vous avez donné avec Coupure et Cruise On The Styx à Paris l'été dernier. Le texte de "Jeune À En Crever" fait des tourbillons dans ma tête actuellement. J'ai 23 ans, et j'ai l'impression que tout ce temps est passé injustement trop vite, surtout les 3 dernières années en fait. Je sais que ton point de vue, sur ce texte, c'est qu'il ne faut pas avoir peur de vieillir car ce n'est pas un fatal synonyme de perte de convictions et de vitalité. Mais hey, que faire face à la fatalité physique et le matraquage médiatique de campagnes de pub avec des jeunes de 20 piges maximum pour te vendre leurs sappes, leur parfum et leur bouffe, qui te lavent le cerveau à coups de "être jeune c'est trop cool, sois jeune, habille-toi jeune, mange jeune, fais des trucs de jeune, on te paiera tes trucs de jeune" ?
Le monde tel qu'on le connait, avec ces allures de catastrophe, a réussi à faire peser sur toutes nos têtes le poids de l'ordre qu'il fallait accepter de manière non-négociable. C'est déjà une première chose d'en avoir conscience, des provocateurs des années 60 disaient à juste titre que "ceux qui veulent dépasser, dans tous ses aspects, l'ancien ordre établi ne peuvent s'attacher au désordre du présent" et c'est sûrement la partie la plus difficile. Comment dépasse-t-on les valeurs que ce monde a érigé en piliers (qu'elles soient la jeunesse, la réussite individuelle à tout prix, ou toutes les autres) ? Ce sentiment de crever d'ennui dans des vies que nous ne voulons pas dont tu parles, on le connait tous et toutes, à traîner nos carcasses en attendant mieux... Mais ces dernières semaines sont une preuve qu'on peut lutter contre la fatalité de la survie dans ce monde de merde, continuons le début et commençons à nous retrouver ; il nous reste un monde à abattre.
- Je sais que certains d'entre vous jouaient auparavant dans Homesick, une sorte de Lifetime local qui balançaient des ondes plus positives, et je garde d'ailleurs un bon souvenir du concert à Paris en 2014 avec Bangers, Woahnows et CID. Pourquoi avoir choisi de retourner votre veste (à patchs) ? Un besoin plus fort d'expulser le négatif ?
Nous ne pensons pas que c'est un retournement de veste. Musicalement c'est différent, c'est sûr, et le truc c'est qu'avec les 5 membres d'Homesick, on s'est construit, ensemble, autour du hardcore mélo, avec des trucs comme Lifetime notamment ouais. À côté de ça on avait l'envie depuis un petit moment de faire un groupe screamo, emo à la française, et cette envie a pu se concrétiser. Ce groupe a ouvert une brèche, et a pu faire ressortir, d'une autre manière quelle celle de Homesick, notre rage, nos problèmes, nos inquiétudes, ce que tu veux. Nous serions en train de mentir si nous disions que nous avons été hermétiques aux codes apportés par le screamo. Mais dans le propos, Chaviré tient le même discours que tous nos groupes précédents réunis même si il y a un ton particulier qui y est apporté et une tentative de rendre notre fonctionnement un peu plus "transparent". Nous ne pensons pas que cela relève d'un "surplus de négatif" à expulser, nos propos sont plutôt optimistes sur le long terme même si c'est toujours délicat de ne pas être blasé par le monde de merde qui colle à nos vies.
- "Si c'est ça la racaille", pour moi, c'est le "Ultramort" de 2016. Un texte violent, osé, mais nécessaire. Aujourd'hui, cracher sur la marseillaise, c'est presque se ranger aux côtés de Daesh pour l'opinion générale, et je me fais régulièrement engueuler pour ça par ma grande sœur. Alors que c'est quand même un hymne sanglant, une apologie du meurtre et de la haine, peu importe ce qu'on peut dire dessus. Y'a une volonté de marquer les mœurs, même à toute petite échelle, avec vos compos ?
Il y a avec Chaviré une volonté assez affirmée de témoigner des questionnements qui nous traversent, d'ouvrir comme nous le pouvons et avec nos moyens des discussions, c'est pas une histoire de buzz ou de provoc pour marquer les esprits, ces trucs c'est bon pour faire des likes sur Facebook ou finir dans Noisey, on a mieux à faire. Mais si ça a l'air si tranché, c'est aussi face à l'état des choses qui à l'air si solide. Effectivement on préfère prendre le contre-pied du discours dominant et de l'ambiance générale qui fête le repli individuel et le chacun pour soi. On ne fait pas la course au "qui a raison et qui a tort", on fait pas la chasse aux sorcières ou aux plus intègres, mais si ça peut servir au débat général et que c'est une clé contre la résignation pour des personnes alors c'est déjà une petite victoire.
- D'ailleurs, vous faites quoi en dehors de Chaviré ?
On essaye de garder le maximum de temps libre pour vaquer à nos occupations, s'extraire le plus possible du monde du travail et de ses employeurs. Dit comme ça ça peut sonner cliché, évident ou utopiste. Mais nous pensons qu'il est possible de dire que nous avons choisi volontairement des tafs qui nous "autorisent" à faire d'autres choses à côté. Étudiant salarié à mi-temps, intermittent du spectacle, petits boulots... C'est un plaisir d'avoir du temps. Pour soi, pour ses proches, pour de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences. Monter un autre groupe juste pour le plaisir de trouver un concept ou bien pour jouer collectivement de la musique, lire, étudier, dormir, "bénévoler", s'ennuyer, organiser des concerts, découper du carton...
- Quand je lis les textes, quand je vois les annotations dans le livret de la démo, tout ce merch DIY, cette implication forte dans le message que vous délivrez, quand j'écoute "La Commune"... Belle Époque revient fortement à l'esprit. C'est l'influence principale du groupe ?
Oui, et puis le choix de notre nom, qui est sans doute un clin d’œil à ce groupe... C'est difficile de parler "d'influence principale" parce que notre inspiration n'est pas unilatérale, mais ce groupe a, pour nous tous, été important à un moment donné dans nos vies. Mais comme on l'a aussi dit un peu plus tôt, nos influences sont diverses et modèlent autant le son que les paroles, autant que Belle Epoque on peut considérer que le Revolution Summer de DC, la rage de Lunatic ou un fanzine comme Plus Que Des Mots ont été des sources d'inspiration sur lesquelles s'appuyer.
- Vous comptez être de ces groupes qui vont splitter après la démo et un EP avec un groupe de potes, où bien vous comptez être un peu plus qu'une simple étoile parmi tant d'autres ?
Moins que d'être une simple étoile nous préférons croire qu'il nous reste encore beaucoup à faire avec tant d'autres. On a encore des choses à dire, on a encore à des choses faire et à partager. Tout ça nous plaît, et puisque les paillettes ne font pas encore de nous une génération heureuse, on fait avec nos grises pensées, on essaie de les dépasser, tou.te.s fatigué.e.s de cultiver la distance. Pour le reste, pas de plan de carrière, on a toujours pas de réponse, on est de ceux et celles qui préfèrent avancer à la dérive.
- Le champ lexical nautique est hyper présent dans le screamo français. Y'a très souvent des références visuelles ou lyricales aux bateaux, à la piraterie, au naufrage... C'est une sorte de tradition millénaire ? Est-ce qu il y a un colloque de jeunes loups de mer et de vieux briscards de la piraterie dans les caves ?
"Depuis les chaînes et les bateaux je rame, t'inquiète aucune marque dans le dos man, j'les ai dans le crâne." Booba - Le bitume avec une plume.
- C'est quoi le bonheur en France aujourd'hui ?
Chaviré se prépare actuellement à tourner dans l'Europe de l'Est, et jouera à Vienne le 25 Juillet, un jour après le Fluff Fest, avec Dawn Ray'd (black metal anarchiste ex-We Came Out Like Tigers) et Lost Boys (sublime screamo allemand). Et ils passeront bien évidemment le 14 Juillet sur scène, à la Salle Gueule (Marseille), avec Canine. Voici le récapitulatif des dates, dont celles ou le groupe a toujours besoin d'aide.
Vous pouvez retrouver les manifestes de Chaviré et les punchlines les plus sensées de PNL via leur page Tumblr, et les y contacter pour les faire jouer dans un squat, un bar, un salon, n'importe quoi.
"On sort de la merde, on sent même plus l'odeur, j'suis tombé et je me relève, ouais mais à quelle hauteur ?".
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Le sport, ça a jamais été mon truc, mais quand même un peu au final. Quand j'étais gamin, j'adorais la Formule 1. Je cassais les pieds à toute ma famille pour me brancher sur TF1 chaque Dimanche aprème de Grand Prix, j'étais un méga-supporter des écuries qui étaient motorisées par Renault, parce que "c'était nous les plus forts !", les pilotes avaient la classe, ils allaient super vite sur des circuits super grands, y'avait des chants glorieux à chaque podium, puis y'avait tellement d'argent dans ce sport qu'ils se douchaient avec le champagne qu'on leur offrait et buvaient au goulot en direct à la télé, même que desfois quand ils arrivaient deuxième, ils tiraient des gueules d'enterrement alors qu'ils recevaient des trucs en argent, ils se permettaient tout, trop bien ! Mais maintenant que j'écoute du punk et que je trouve qu'être saoul c'est généralement chiant, bah j'aime plus la Formule 1. C'est un sport de frimeurs machistes qui capitalisent à l'aide de marques de clopes et d'entreprises pétrolières, et qui célèbrent leur victoire avec des hymnes souvent tachées de sang. Le combo breaker du destructeur de la Terre, en gros.
Pareil pour le foot qu'on voit a la télé, y'a qu'à voir la corruption à la FIFA, ou les propos de Zlatan Ibrahimovic lors de son départ du PSG : "Je suis arrivé comme un Roi, je repars comme une légende". Bien les chevilles ? Puis le foot c'est comme la Formule 1, c'est des frimeurs machistes, en plus d'être de formidables comédiens quand il s'agit de simuler une blessure grave pour que l'adversaire soit sanctionné, préférablement viré du terrain. Par contre mine de rien le PSG c'est rigolo, l'imagerie de la tribune Boulogne me rappelle le public de Providence ou du beatdown allemand, du coup je me demande si les mecs de Danforth ou de Cordier Street sont des ultras eux aussi... Même les cyclistes c'est rien que des drogués, les dealers doivent faire du lové sévère à chaque Tour de France ! J'aimerais bien savoir quelle catégorie lève le mieux en I leur vélo, tiens. Puis y'a le culturisme, ça transforme les gens en massifs montagneux moches, ou alors le tennis qu'est vraiment trop long : jusqu'à l'an dernier mon papi se laissait mourir chaque été en se perdant devant les matchs interminables du Roland-Garros, maintenant son cerveau a décidé de le faire mourir dans une petite chambre d’hôpital et sans se rappeler de ses proches, pauvre papi. Le rugby ? Y'a que des mecs de droite et des amateurs de charcuterie qui suivent ça, cependant les rugbymen feraient d'excellents frontmen de groupes de viking metal ou de sludge, mais si je fais une mêlée avec eux je finis brisé en 1000... Nan vraiment, le sport c'est cool que quand c'est du badminton ou dans l'emo. Les meilleurs équipes sont dans l'emo jeu, les copains/copines : American Football, Football etc., et cocorico : Sport.
Dans le championnat de France d'emo, actuellement, Sport domine par défaut. Beh oui, parce qu'en France, dans ce milieu, tout le monde fait du screamo, personne ne joue de musique qui rappelle Latterman ou Algernon Cadwallader. Y'avait Avion à Paris qui rappelait ouvertement American Football, mais il me semble bien qu'ils aient arrêté le groupe. Et Sport, ça fait quand même depuis 5 ans qu'il est sur le terrain. Pendant mon après-midi quelque peu ennuyeux du Vendredi 13 Mai 2016, les lyonnais ont mis en ligne leur album, sans prévenir personne, reprenant avec talent et subtilité le Radiohead style imposé ces derniers jours. C paske c le vendredi 13 c un cou de chance mdr. Ce nouvel album s'appelle Slow, et il dévoile une face plus délicate et adulte de la musique des garçons. Premièrement, un bon point pour cet artwork qualité, sur lequel on reconnaît entre mille la patte Julien Paget (Daïtro, Baton Rouge...). Je cherche encore le rapport à l'album de la photographie, signée Hugo Janody, représentant une fête foraine établie au beau milieu des cités de Pogradec, Albanie, un décor quelque peu insolite et au contraste significatif. Celui de la tendresse et de l'insouciance de l'enfance face à la routine, l'ennui et le déclin de l'âge adulte, peut-être. Mais j'ai une petite idée : si en fait, être adulte ne signifiait pas perdre inévitablement la flamme de la jeunesse, que ce monde n'est pas si gris et triste qu'on voudrait le penser une fois qu'on a entamé sa vingtaine ? Et si c'était pas si stressant et oppressant, d'être adulte ?
Ça tombe bien, cet album est reposant et lumineux. Les précédentes releases de Sport étaient déjà pleines d'entrain, mais tout allait très vite, on se prenait en pleine face des tonnes d'accords de guitare et de paroles scandées à l'unisson, c'était clairement la fête, et les lives disponible sur Youtube ne font d'ailleurs que confirmer mes dires. Sur ce disque, tant pour la composition que pour le contenu en lui-même, les lyonnais ont choisi de prendre leur temps, de laisser couler leur son plus tranquillement, et l'adoucir, sans que son essence profonde en soit extraite. Dès le premier titre, "Deadfilm", ils entament sur ce ton tranquille mais toujours influencé math-rock une réflexion assez sombre qui m'a directement frappé l'esprit, réveillant quelque peu mon anxiété existentielle. "When everything is over, your body is lifeless and destroyed. What kind of magic made the thing that was 'you', could be some kind of random talks or cells in the brain? Or is there something like a soul? Like formless emotions, that made you the only one. I guess it's like a movie, the projector's broken, it's a dead film.". Après ça, je me suis senti moins seul à me poser des questions sur le fait d'être et de disparaître sans rien pouvoir y faire, ça fait du bien.
Allez, on est pas là pour broyer du noir, du moins nous sommes là pour voir du bien là où c'est possible d'en voir. Le côté adulte de cet album est présent dans cette réflexion sur le temps et l'âge, mais est imagée et racontée de sorte à ce que l'on y trouve de la poésie, de la sérénité. C'est ce qu'évoque "Nod", qui là encore rappelle que dans ces questionnements, personne n'est seul. "And it feels OK, I don't need no word cause I just like to see you nod, when I'm nodding. It speaks in silence.". La solitude y est aussi racontée dans le calme et mélancolique "Leaves". "Winter sun's silently warming the fallen leaves to soil. Strange life for the one who finds the great truth of solitude. Keep my head close to the ground. Sweet enjoyment of my city". Une allusion discrète à ces feuilles jaunies par le froid humide dont parlent les voisins de scène de Bâton Rouge sur le titre "Côte du Py" ?
Et puis voilà qu'arrive le point culminant de l'album : "Trompe l'ennui". Chanté en français, en plus de ça. Un titre plein de vie, le plus énergique du disque, où le groupe fait clairement allusion à la crise de la trentaine, revenant sur la thématique du temps. Mais cette fois-ci, ce n'est pas pour la diaboliser, mais pour tout le contraire : prends ton temps, l'issue sera de toute façon la même si tu vis à 100 à l'heure. "Des idées noires pour le deuil des vingt ans, où est le mal à vouloir prendre son temps ?" Moi qui écoutait en boucle "Mourir à 20 ans" des Betteraves quand j'étais ado, et qui veut vivre plus que jamais à l'approche de mes 24 balais, ça me remet aussi en question. Ce disque se termine sur un morceau instrumental, qui défile dans un même élan de tendresse et de tranquillité que celui qui caractérise les autres morceaux, où l'on retrouve Bâton Rouge dans l'idée de faire un genre de post-rock un peu noisy, de montrer qu'ils ont aussi grandi avec Sonic Youth, entre autres.
Les chansons de Sport ont toujours eu ce côté intime et sensible, mais Slow semble aller encore plus loin dans l'introspection, le tout renforcé par ces compositions paisibles et toujours aussi ensoleillées, nourries de vibraphone, de feedbacks et d'effets d'ambiance, encore un peu plus distant du punk, mais avec ce petit élan mathy toujours intact, qui donne toujours envie de danser. Parce que hey, le groupe s'appelle quand même Sport, faudrait quand même pas faire croire qu'ils sont feignants… Bien que "Rébuffat" donnerait presque envie de danser un slow. LOL.
Un grand merci à ces messieurs pour cet album qui fait tout simplement du bien au cœur et à l'esprit, qui fera partie de la playlist des étés qui me restent à vivre. Y'en a encore pas mal, mais combien à vivre en pleine forme ? Le temps c'est la merde en fait.
Bisous.
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Lequel/laquelle d'entre vous n'a pas eu ses instants "feels" en écoutant William Bonney, Merchant Ships ou Midwest Pen Pals, ces trois groupes montés par des adolescents puis de bien jeunes adultes, presque cultes au sein de la scène emo actuelle, dont les kids parlent encore avec un grand respect ? Probablement pas grand monde, pour les emokids qui liraient ces pages. À ma très grande surprise, j'ai découvert grâce à un bien gentil lecteur le nouveau projet de Jack Senff, chanteur de ces trois formations, accompagné du batteur de Midwest Pen Pals à la basse, et du bassiste du génial groupe Xerxes (meilleur groupe screamo influencé post-punk de tout l'univers) à la batterie. Et c'est depuis l'an dernier que ce projet a émergé avec le déjà superbe EP The Black Beach. Ça s'appelle Knola, et c'est tout simplement BEAU.
To The Rhythm ne se contente pas d'être un disque d'emo/indie tendre et émouvant comme a pu l'être l'EP. Il est relevé par des effets d'ambiance et de réverb' disposés par-ci par-là par Jack, qui a probablement lui aussi revu ses classiques shoegaze entre temps (d'ailleurs, l'interlude "Earth Noise" aurait pu être composée par This Will Destroy You). L'ambiance générale reste cependant toujours centrée sur une musique simple, sans artifices, sortie du cœur. L'emo tel qu'on l'aimait il y a 5-6 ans, quand Count Your Lucky Stars Records était the place to be. Les garçons ont grandi, mais l'âme reste assurément adolescente, la voix aussi d'ailleurs. Et puis lyricalement, on retrouve des thèmes récurrents sur lesquels on a tous nos repères quand il s'agit d'emo : le doute de soi, les peines de cœur, l'anxiété...
"I wish I could tell you the truth. But I don't want to let you down. And I wouldn't know where to start. How do I say, 'I want escape' from the perfect life we lead? That I can't play house forever. That there's somewhere else I should be. I wish there was a way for you to see inside my chest. That my heart's still for you, but if I leave it's 'for the best'." - "House"
C'est vraiment pas objectif, mais sérieusement, ce disque : quel bonheur... Et un gros +1 pour la production très propre de cet album, laissant entendre clairement chaque instrument, aucun sentiment d'étouffement ne vient gêner l'écoute. Ce qui donne encore plus de bonheur. Avec le léger fuzz de la guitare qui ajoute de la chaleur à l'ensemble, ce disque est un petit bout de fragilité, de sentiments mis à nu, de voyage, de soleil, qui consolera n'importe quelle âme en peine en venant te faire un câlin virtuel. J'ai quasi-compulsivement acheté ce disque le lendemain de la découverte de ce dernier, c'était plus fort que moi (d'autant plus qu'un titre bonus est présent sur le vinyle et uniquement sur celui-ci). Si vous voulez quelque chose de sensible, doux et ensoleillé pour redonner quelques couleurs à ce printemps pas très éclatant jusque là, allez sur le champ écouter ce disque. Qui n'aime pas les câlins en 2016 ?
Bisous.
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1100 km en bus, ça uuuse, ça uuuse ! Bah ouais hey, 14 heures assis sur un siège difficilement réglable, être réveillé toutes les 3 heures par le chauffeur de bus parce que c'est obligé par la loi (si tu arrives à dormir), je suis désolé mais c'est extrêmement fatiguant. Mais il nous en fallait bien plus, à moi et à mon compagnon de voyage (coucou David !), pour nous décourager : on a tenu toute la 1ère journée du Miss The Stars Fest OKLM, on a tenu debout jusqu'à 3h du mat', et le lendemain, c'était debout 10H pour marcher jusqu'au Goodies le plus proche pour le déjeuner, et ensuite se rendre chez Bis Aufs Messer. Un marathon diront certain.e.s, moi je te dirais juste : YOLO. We sleep when we're dead yo, il fallait profiter un max du temps qu'on avait, et on l'a fait. Avec quelques nouveaux disques et l'estomac bien rempli, nous voila ainsi prêt pour vivre la 2ème journée du fest, qui a commencé par le concert de They Sleep We Live, dont je n'ai pu voir que le dernier morceau. Ces messieurs remettent au goût du jour un screamo quelque peu old school, avec un cri rauque plus orienté crust, entre passages instrumentaux mélancoliques et explosions lentes mais intenses. Leur seul release disponible à ce jour s'appelle "And the curtains falls...", un titre qui figure sur un 7" split avec Vi Som Alskade Varandra Sa Mycket. Le peu que j'ai entendu de la bande m'a cependant envie d'en entendre davantage, eux aussi seront à surveiller de près !
Les messieurs qui ont succédé au jeune groupe allemand se sont discrètement mais assurément fait un nom dans leur scène, et nous viennent de Belgique. Ce pays à qui l'on doit Isaiah, Amen Ra, The Black Heart Rebellion... On va désormais le remercier pour Mont-Doré. Le quintet s'amuse à construire et déconstruire des univers musicaux, à tracer des chemins cassants, rugueux, à nous surprendre, à ne jamais faire dans la dentelle. Et surtout, ils s'appliquent à rendre leur musique toujours plus personnelle et introspective. Leurs concerts et leur musique ne font qu'un, mêlant habilement visuels et sons. Nous noyant entre un rouge clair et un noir profond, le groupe nous a interprété quelques titres de son écrasant nouvel album, Fractures, mélangeant habilement screamo, neo-crust, post-hardcore allant aussi bien piocher chez Helmet que chez Botch, et même quelques accents black metal. Un melting-pot des ténèbres envoûtant, et même éprouvant, appuyé par ces couleurs aussi captivantes qu'oppressantes. Le frontman de la bande se pliait littéralement en 4 pour nous raconter ses paroles, s'approchant le plus possible du public, hurlant à s'en arracher les cordes vocales, se retrouvant les genoux à terre. Une prestation qui nous a directement mis dans le vif du sujet, un gros parpaing dans la tronche auquel We Had A Deal avait la lourde tâche de succéder. Le trio allemand n'est pas né de la dernière pluie, et sait faire bouger les foules avec son hardcore mélodique teinté de screamo, nourri par quelques samples. Leur frontman est assez impressionnant dans sa manière de fixer le public (ou de fixer le vide, on ne sait pas), mais se démène lui aussi pour assurer le spectacle, dans un enthousiasme certain, allant de pair avec la musique axé "combat et esprit posi" de la musique de son groupe, sommes toutes assez classique mais pêchue et efficace. de quoi nous garantir de garder la forme, bien qu'un passage aux stands de nourriture (utiliser le terme "bouffe" serait clairement vulgariser les denrées qu'on nous proposait) était quand même nécessaire... Ce qui nous a malheureusement valu de louper le dernier show européen de Careless... Il fallait malheureusement faire un choix, et nous ne voulions rien rater de la suite de la soirée.
Car le meilleur restait encore à venir : Crows-An-Wra. AAAAAH, J'AI VU CROWS-AN-WRA ET C’ÉTAIT TROP BIEN. Sérieusement, Kalopsia était presque le meilleur album de 2014, cet espèce de screamo progressif venu de l'espace avec toute la folie vocale du chanteur noyée sous des tonnes de réverb' et le skill deluxe du guitariste Gregory Milne de feu-Crocus/Ravachol (un pote a d'ailleurs eu une exclu concernant Ravachol après le concert de Crows-An-Wra mais chut, je les laisse faire le boulot :D), ces rythmiques ultra-dansantes et cassantes à la fois, ce petit quelque chose à la At The Drive-In, ça existe nulle part ailleurs, c'est dément ! Et ils ont correctement tenu leur rang, les bougres. Un set explosif, plein d'énergie, mené par MONSIEUR Jacob Porter, ce frontman de feu, qui a visiblement choisi l'humour et l'ironie en se pointant avec une magnifique chemise manches courtes à fleurs accompagné du short slim court noir de rigueur, contrastant évidemment avec les 98% de personnes vêtues de noir présentes au fest. Il commençait déjà à faire assez chaud, ces messieurs en ont allègrement rajouté, Jacob se mouvant dans tout les sens, complètement hanté par sa musique, n'hésitant pas par ailleurs à ouvrir sa chemise, ce qui lui aura valu quelques remarques négatives de la part de spectateurs très sensibles qui ont vu cet acte d'un mauvais œil, mais juré, il n'y avait pas de machisme dans l'air, juste de la spontanéité et de la sueur. Autant je ne suis vraiment pas fan de leur tout dernier 7", Kakotopia, qui a perdu tout son côté "spacey" à mon sens, autant il rend 10000 fois mieux en live. MERCI messieurs, j'espère vous revoir au plus vite, oh oui !
À peine ce set génial était-il fini, que moi et l'autre petite pote présente avec moi pour ce fest nous sommes précipités au Basement pour voir un groupe qu'elle ne voulaît absolument pas rater et que je ne connaissais pas de nom : La Petite Mort / Little Death. Je me demande toujours pourquoi le groupe a choisi de se répéter dans son nom, mais c'est pas très important au final, car leur musique était tout aussi surprenante. Entre post-hardcore plein de tension, screamo cathartique nourri à hautes doses de mélodies, et le flow impressionnant du frontman/guitariste, le jeune trio s'est démené pour nous offrir un set également plein de surprises pour quiconque ne connaissait pas encore leur musique, ce qui fût mon cas. Et hop, une petite découverte en plus, merci Mélanie ! Et ce n'est pas fini, car un autre petit groupe allait jouer sur la minuscule scène 20 minutes plus tard : Scared Of Everything. Dans le line-up de ce groupe anglais figure Steffen, guitariste chez Solanas, un autre groupe anglais de screamo qui aurait mangé de la cold-wave sur son chemin dont je vous parlerais bientôt. Eh bien avant que le set de Scared Of Everything ne commence, ce monsieur m'a offert une tape du dernier EP de ce groupe, comme ça, pour le plaisir. Ça m'a franchement fait plaisir et presque intimidé, je fus joie et félicité ! J'avais totalement oublié qu'il jouait dans SOE... Agréable surprise de le voir dans le line-up de ce groupe qui a tout simplement remporté l'award des meilleurs t-shirts de groupes : Steff portait un t-shirt Cassus, leur batteur avait un t-shirt de Tool, et le chanteur avait ce FANTASTIQUE t-shirt de xDEVOURx, soit l'un des meilleurs groupes de metalcore straight-edge au monde, avec écrit au dos un glorieux et agressif "DEATH TO FALSE METALCORE", prends ça dans ta gueule le fan de Parkway Drive, suce ta whey et bois de l'eau minérale ! Bref, assez d'élucubrations, le set de Scared Of Everything, c'était LE screamo. Sérieusement, je me suis cru dans ces vieux live d'il y a 10-15 de groupes comme Saetia, ou le groupe et la foule ne font qu'un, hurlant tous à l'unisson, au bord des larmes, avec un frontman qui n'hésite pas à foncer dans le public (je l'ai appris à mes dépends, mais pas de problème dude c'est cool !). Une énergie et une communication avec le public au sommet, une prestation d'une intensité assez folle, la meilleure manière de se faire découvrir. Un grand bravo messieurs, et encore un bisou, Steff.
BIEN. Ça fait déjà un paquet de beaux concerts, et je suis toujours autant frustré que Sport ne soit pas de la partie... Mais c'est encore loin d'être fini ! On file vite vers la Mainstage pour voir ce qui sera le dernier set, genre le toute dernier ever, de What Price, Wonderland?, petite légende de la scène UK, en plus d'être des copains des grands patrons de la soirée, j'ai nommé Raein. Avec eux, on est clairement dans un registre post-hardcore dans lequel semble s'être spécialisée la scène anglaise via des groupes tous aussi fantastiques les uns les autres, tels que Human Hands, Plaids, Carson Wells ou encore une fois Crows-An-Wra. Du math-rock enjoué par ci, un ton confident entre deux cassures rythmiques par-là, des riffs totalement skramz par surprise... Et c'était propre, net, sans bavure ! Un dernier concert au top de la part d'un groupe que pas mal de personnes découvraient ce soir-là. De plus, leur merch était au rabais, une petite queue s'était formée devant leur stand pour leur chopper les derniers LPs et t-shirts qui leur restait. Une demi-heure pour prendre l'air et faire un dernier tour des distros, et voici qu'arrive messieurs dames le set de ██████... Oui oui, ce groupe n'a pas de nom ! Enfin sur Facebook, ils s'appellent "nic". Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un groupe envoyant un crossover entre black-metal, sludge et hardcore d'un registre stellaire et épique, en témoigne le fabuleux disque qu'ils partagent avec Old Soul. La demi-heure de set qu'ils nous ont offert paraissait en durer 2 de plus, tant leur univers sonore semblait avoir arrêté le temps. Même si il y avait un peu trop de lumières et de distance avec le public à mon goût, ça n'en était pas moins puissant et prenant. La prestance du grand, TRÈS grand frontman était un petit plus.
Nous balancer autant de noirceur et de massifs sonores avant le dernier groupe de la soirée qui joue sur un registre bien plus mélodique était un peu risqué, mais c'est finalement passé crème. C'est la headline facile d'un festival emo-related, le groupe culte de la scène de ces 15 dernières années , le groupe à voir au moins une fois dans sa vie : RAEIN !
Les papas, toujours au top de leur forme, sont venus jouer les morceaux issus de leur période "adulte", loin de Il N'y A Pas De Orchestre, celle où le rythme est plus tranquille et serein, mais où la tension et la colère sont toujours vifs, des morceaux de Sulla Linera d'Orizzonte [...], de Perpetuum. Ils ont également interprété le titre "Comete", présent sur le split avec Ampere sorti cette année et qu'ils jouaient pourtant plusieurs mois auparavant, Et évidemment, leur tube ultime, le fameux "Tigersuit", bien timidement accueilli par le public ! Mais ça n'a pas freiné les italiens, qui paraissaient moins dans leur bulle que la dernière fois où je les ai vu, en 2014 à Paris. C'est avec un petit accent festif, des sourires et du riff que s'est déroulé ce dernier show, clôturant la troisième édition d'un festival qui va toujours plus haut, toujours au-dessus de ses promesses.
Un petit festival punk sans prétentions bien trop beau pour ne pas y aller l'année prochaine, c'est ainsi que je peux le résumer le plus brièvement possible, d'autant plus lorsque le soleil y brille. J'arrive pas à trouver un reproche... Bah, le Basement est un peu trop petit, mais hey, c'est les règles du jeu habituelles des caves de bar, c'est fidèle à notre quotidien ;) . Puis bon, un son si propre pour une si petite superficie, c'est quand même assez fabuleux. Aucun reproche possible au final, c'est juste du bon temps, de la bonne musique, les vacances, les vraies. Un grand merci à Alex et toutes les personnes qui l'ont aidé, et rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine !