jeudi 9 juillet 2026

Des nouvelles de l'emo français, épisode 2

Bon, évidemment qu'il y allait avoir une partie 2 à mon tour de France de la scène emo hexagonale. Car après avoir posté la première partie, j'ai eu quelques suggestions d'écoute, qu'elles soient déjà sorties... Ou à venir. Ou alors c'est déjà paru mais j'ai sorti cet article trop tard. J'aurais dû poster cet article il y a deux mois déjà, mais entre mon TDAH, le fait de survivre aux chaleurs infernales et historiques qu'on vit en France depuis Mai, et aussi le fait que j'arrive plus à écouter aussi souvent de musique que je le voudrais pour le moment... Je suis vraiment désolé-e auprès des personnes qui ont bien voulu me faire écouter leur musique avant qu'elle sorte.

C'est ainsi que j'ai par exemple eu vent de l'existence du groupe Météore seulement après avoir posté le premier "épisode", un groupe principalement basé à Brest, qui a sorti son premier disque l'an dernier, un excellent EP 3 titres qui propose un emo/post-hardcore direct et catchy, plutôt proche de la scène 90s américaine. Ca va peut être vous surprendre, mais j'entends un léger côté "rock français début 2000's" dans ce timbre de voix et ces paroles, un peu comme si on retrouvait Damien Saez d'il y a 20 ans : un chant nasillard mais qui tombe à-propos, soutenant des textes plutôt sombres mais poétiques à la fois, et surtout sans perspective de pondre des triples disques ou faire des concerts de toute une nuit juste pour dire grosso modo que les femmes sont des putes (les "oh encore un-e qui a rien compris aux intentions de Damien Saez", je vous attends en commentaire pour en débattre ahah), et je pense que vous aurez compris que son postulat n'est pas de défendre les travailleurs-euses du sexe. En vrai, si l'emo avait percé en France à l'époque où Kyo explosait les charts et que Météore existait à cette époque, il aurait fait une grosse concurrence, et c'est pas du tout péjoratif. Pour revenir sur une scène vachement plus proche de la leur et de la mienne, je pense pas être à la ramasse si je les compare à une version française de Mineral, en espérant que ça les honore. Je pense que c'est la première fois que j'entends un groupe français sonner si proche d'eux depuis Erevan (que j'avais déterré des oubliettes de l'emo français il y a déjà DIX ANS par ici). J'ai super hâte d'entendre de nouveaux morceaux de la part de ce groupe, tout en sachant qu'il s'agit ici pour l'un d'entre eux d'un side-project. 



Car certain-e-s l'auront peut-être deviné à l'écoute, il s'agit effectivement du chanteur de Karaba F.C, une autre jeune formation mais qui a déjà sorti son premier album SYMBIONTS l'an dernier, dont les membres vont et viennent entre Paris et Brest. J'ai été spammé-e en DM sur instagram pour me dire "ah ouais c'est le projet du mec de Karaba F.C" en parlant de Météore, ce qui m'a permis de rattraper mon retard sur la sortie de ce disque. C'est un peu plus riche musicalement que la simple étiquette emo/post-hardcore cette fois-ci, ici les voix hurlées me rappellent énormément les fabuleux australiens de Violent Soho, et je pense que la dynamique des morceaux (en plus de la voix) évoquera At The Drive-In à certain-e-s, voire même le rock anglais à la Bloc Party / The Killers parfois. Lorsque le groupe met vraiment le pied dans les influences emo de leur musique comme sur "Celebrate", ça me parle vachement, et un album entier dans cette vibe, j'en raffolerais ! C'est à partir de ce titre que je suis vraiment rentré-e dans l'univers de ce disque à la première écoute. C'est dans tout les cas un disque aventureux, très bien écrit, et selon moi taillé pour être vécu en live. À noter qu'en Avril dernier, un nouveau morceau est sorti, "Black Soap", dont les similitudes avec Thursday (et également toujours At The Drive-In) sont nombreuses, et ça me fait chaud au cœur.


Du côté de Toulouse, je vous présente Strates, qui se revendique être sous influence Unwound ou Polvo, et effectivement ça s'entend. On est clairement sur un post-hardcore qui tend vers le noise-rock et le post-punk, jouant avec les temps calmes, les tensions et comment nouer les deux et créer du commun aussi bien musicalement que philosophiquemen : je trouve les paroles incroyables également, elles comblent un vide laissé par un certain groupe nantais dans mon cœur. Bref, une démo qui sonne vraiment pas du tout comme une démo (tout comme c'est le cas avec la magnifique première sortie de Monde Moderne dans un registre plus power pop / indie punk, dont l'un des membres de Strates fait partie) tellement c'est bien écrit et produit, ça me rappelle un peu les lyonnais de Monplaisir dans le même paysage musical, en moins Sonic-Youthesque cependant. J'y entends également forcément un brin de Bâton Rouge, pour rester à Lyon. Un grand bravo à Strates!


Je vous avais parlé dans l'article précédent de L'Idylle, un jeune et prometteur groupe de screamo originaire de Rouen, en vous disant que je pense que le groupe va bien évoluer au niveau des textes. Eh bien il s'avère qu'un nouvel EP vient de sortir, répondant au doux nom de "Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards". Et on est sur un degré d'intensité et de maturité un cran au-dessus ! On est toujours sur des tourments qui semblent venir du fond du coeur, mais entremêlés de réflexions sur le monde qui nous entoure, qui sied parfaitement avec le chaos (volontaire) qui règne dans leur musique qui n'hésite pas s'étirer vers le black metal, tout en prenant soin de distiller de belles mélodies pour soutenir le côté emo. C'est brut à la façon des groupes d'emo hardcore français des années 90, c'est sincère, c'est top ! Le disque se conclut sur ces mots : "Le monde s'effondre tout autour, mais il reste de l'amour". Et c'est pour moi des mots tout simples mais lourds de sens aujourd'hui. Et pour les avoir enfin vu-e-s en live, riien n'est surjoué, tout est ressenti très fort. Je pense qu'on tient là une des réelles pépites actuelles de cette scène.


J'ai également eu la chance énorme d'avoir eu accès en avance au prochain album de Trainfantôme, Constant Farewells, un groupe de Lorient et Nantes qui représente le pan de la scène emo française qui a choisi de s'immerger dans le rock alternatif des années 90 en règle générale depuis 15 ans (en gros depuis que Title Fight et Basement ont explosé en termes de popularité), et qui me parle très fort. Est-ce que eux aussi ont passé leur adolescence sur Tumblr?


C'est quelque chose que j'avais abordé avec ma review du deuxième album de Paerish. On a un petit vivier de groupes comme ça aujourd'hui en France, chacun dans un style qui leur est propre mais avec beaucoup d'influences communes : Trainfantôme donc, mais aussi Paerish, Dewey, Loons, Barimore... Mascara aussi, car ils viennent également de divers courants de la scène emo, et j'adore le premier album Going Postal sorti récemment, mais les concernant on est plus sur la branche metal / "Deftones revival" (en vrai sans chipoter, c'est quand même proche, Deftones ayant pas mal d'inspirations post-hardcore, mais j'arrête les digressions), et ils sont uniques en leur genre pour le moment ici. Et avec ce prochain album, Trainfantome rentre plein gaz dans cette nouvelle scène shoegaze emo-related, pour mon plus grand plaisir. Si vous êtes familier•e•s avec des groupes comme Cloakroom, Downward, deathcrash, ou They Are Gutting A Body Of Water, je pense que vous aurez saisi la vibe de ce nouvel album après ce name-drop, qui fait suite à un précédent disque, THIRST, paru en 2023 (déjà !) et déjà excellent. On retrouve une belle cohésion entre les explosions de fuzz et de distorsion, des nappes de synthés qui vous rappelleront TAGABOW, des moments beaucoup plus doux et délicats qu'ils soient plutôt vaporeux ou purement mélodiques...

C'est le genre de disque où aucun titre ne fait bande à part, qu'il est impératif d'écouter comme un tout, ce qui peut être challengeant en ces temps où l'attention diminue de plus en plus. Et c'est typiquement le genre de disque qui apaise mon TDAH tant ça arrive à me captiver et tant on veut aller à la fin du voyage musical. Au cas où des puristes hooligans passeraient par ici et se demanderaient pourquoi qu'on parle de shoegaze par ici, rappelez-vous que c'est un genre musical qui a profondément influencé des groupes phares de la scène emo comme American Football, Mineral ou The Pine. Et gros big up à leur attaché de presse grâce à qui j'ai découvert Truth Club sur le presskit concernant Constant Farewells, c'est une magnifique découverte !



Je m'autorise un léger hors-jeu avec le nouvel album de Fall Of Messiah, les illustres nordistes inspirés par la montagne et la chiale. Léger, car ça a beau être essentiellement un groupe de post-rock, mais les garçons qui forment ce groupe depuis maintenant 20 ans sont profondément ancrés dans la scène emo, que ce soit par passion ou par implication. Et ça se ressent depuis toujours dans leur musique (je rappelle que leur premier EP c'est tout simplement du mathcore avec un riff de Super Mario au milieu).

6 ans après Senicarne ("enracinés" à l'envers, mais sans que ça ait aucun rapport avec une revendication patriote de bas-étage, on parle plutôt d'un rapport profond avec la nature qui est palpable dans leur univers sonore, leurs paroles et leurs clips), ceux qu'un oncle de ma copine appellerait sans aucun doute "mes solides" (il est normand, c'est proche eheh) reviennent avec Green Lands, tout aussi évocateur des inspirations du groupe. Et la nature étant aussi éblouissante qu'inébranlable, ce disque se devait d'être à son niveau, et il l'est en tout cas au niveau de la puissance émotionnelle, j'ai failli pleurer plus d'une fois à son écoute, notamment sur "Hourvari" et ce qu'elle m'évoque : grosso-modo, c'est un hommage à une personne qui a donné de a lumière et de la résilience à son partenaire, et c'est décrié avec le même amour que je porte à la personne qui m'a apporté strictement la même chose, ce qui m'a permis de survivre jusque là. Je suis sûrement biaisé-e et certaines personnes ne seront pas aussi touchées que moi, mais c'est comme ça sur le blog depuis le début, je raconte les disques tel que moi je les ressens. Pas de neutralité ici, je laisse ça aux médias de centre-(extrême)droite qui ont fait qu'on risque de se taper le RN au pouvoir en 2027.

Plus le temps passe, moins j'arrive à prendre le temps pour du post-rock trop contemplatif, je préfère quelque chose avec une dynamique constante, même si c'est sur des tempos très doux (Mono restant l'exception). Si je vous parle de Caspian ou de If These Trees Could Talk, vous aurez sûrement en tête ce que j'ai besoin pour que ça me captive pleinement, et Fall Of Messiah coche beaucoup de ces cases. Je trouve que le groupe reste globalement fidèle à ce qu'ils font depuis 2/3 disques (il semblerait que tout est issu du même cycle de vie et de composition depuis Empty Colors), c'est tout aussi stellaire que délicat, tout aussi mélancolique que solaire, sans avoir besoin d'en faire des caisses techniquement, alors que chacun a une énorme maîtrise de son instrument. On prend toujours en pleine face ces instants scandés ou criés, qui fonctionnent un peu comme une giboulée dans ce véritable ciel etoilé sonore. Oui une giboulée c'est globalement sombre et chiant (même si en ces temps d'enfer caniculaire on attend toustes le moindre orage avec impatience), mais prenez-le dans un autre sens : une giboulée c'est bref et puissant, et ça pleut beaucoup, comme ces messieurs quand ils regardent du screamo en live.

J'espère que ça sera un compliment pour eux, mais leur musique c'est typiquement ce que j'ai envie d'écouter quand je me balade à pied ou en caisse sur les routes du grand Bourgtheroulde ou sur les plages normandes, pour prendre un peu l'air. Je suis dans les Vosges au moment de finaliser cet article pour mes vacances, et c'est également plus qu'approprié.

Anecdote qui m'a tué•e de rire : en ré-écoutant "Il Faut Passer L'Hiver" dans mon RER pour aller au taff, pile à la fin du morceau j'entendais un bébé qui pleurait dans la rame. C'est un excellente synthèse de mon expérience avec ce groupe selon moi !




Il fallait également que je répare cette grave erreur d'être passé•e à côté de Apart, un groupe originaire du Havre, que je n'ai réellement découvert que lors d'un concert parisien fin Avril qui les réunissaient avec Fall Of Messiah, Chalk Hands, Nesseria et Pluie Cessera. Leur premier disque Through The Cracks est sorti il y a 2 ans déjà, et c'est un excellent début ! Il a notamment été produit par Amaury Sauvé, et illustré par David De Beyter, dont une partie de son travail photographique consiste à faire exploser des bagnoles. J'ai beaucoup pensé à American Football, Sport, Football Etc, et même à Fiddlehead sur  certaines mélodies vocales, pendant mes écoutes de ce disque, qui pourrait avoir eu sa place chez Count Your Lucky Stars Records. "Unsaid" est probablement mon morceau préféré du disque, le refrain est TELLEMENT catchy, puis le thème de la chanson parle pour elle-même : les choses qu'on ne se dit pas, ou qu'on a pas osé se dire, et qui nous bouffent de l'intérieur.


De retour du côté de Paris, il ne faut pas passer à côté de Handbrace, composé d'ex-membres des éphémères mais chouettes Prune 99, qui jouaient une dream-pop douce et chaleureuse. Iels viennent de sortir un premier EP deux titres dont le titre dévoile sa genèse : originally intended as a demo... On sent fort que les récents morceaux de Sport et Tigers Jaw ont pu être des influences fortes, mais pour autant je reconnais bien la douceur qui caractérise la musique qu'iels ont envie de faire depuis Prune 99 (alors qu'à côté, l'un d'entre eux booke du metalcore énervé avec Ambarona Booking quand il ne sort pas de chouettes tapes avec Spleencore Records!)


J'ai eu également la chance d'avoir accès au prochain EP de Solitone à l'avance, nommé Le champ des possibles, et au même titre que L'Idylle, il y a un step-up qui me fait du bien à l'oreille. J'accroche un peu plus au chant de Yannick, et c'est musicalement mieux construit et produit. Mais ça n'enlève en rien que le projet existe depuis le début par passion profonde pour leur art et ce qu'il implique également à côté. C'est toujours très fortement influencé par les groupes phares de la scène emo/screamo française, et on notera d'ailleurs une apparition de Lucas qui chante dans Ari et despiteeverythingitsstillyou, sur le titre "Rien ne va". Ah oui je vous parle pas d'un disque de summer pop ahahah: les textes parlent de la purge que c'est de vivre dans le capitalisme, de subir son rythme et ses oppressions, et notion spéciale à "l'écoute sur la table" qui rend hommage aux victimes de VSS silenciées dans nos scènes parce que prises pour "mythos" ou "folles", avec une belle punchline au passage : "Ca pullule de vrais mythos / Qui hurlent au moindre MeToo". Sur la fin du morceau, Yannick explique qu'il n'est pas parfait et qu'on est en apprentissage chaque jour (en fonction de nos statuts sociaux), et il a raison. Je le remercie d'ailleurs beaucoup pour être toujours dans le coin à m'encourager quand on vient à discuter de tout et de rien.


Ah d'ailleurs, en parlant de despiteeverythingitsstillyou : j'ai pas entendu un screamo aussi brut(al) et puissant en France depuis Ravin ou Entzauberung (deux groupes dont j'ai fait l'éloge sur le blog), c'est complètement dans la veine de classiques comme Orchid ou Ampere, flirtant parfois avec le hardcore ("doyouthinkyourecaring" présente sur l'EP sorti en Octobre 2025 est à la limite du vegan edge hardcore ??), et dans la droite lignée de la micro-scène "emoviolence". Et je me suis vu offrir une copie vinyle du plus récent disque de Ari, sorti en Mai 2024, Le Confort Des Illusions, par ce même Yannick jouant dans Solitone (qui propose un super artwork au passage), qui nous emmène dans quelque chose de plus aérien, massif et étendu, avec quelques accents post-metal, mais tout aussi intense et vif. Ces deux groupes, c'est le screamo à la française dans toute sa splendeur, tout en apportant une dose de renouveau !




Pour finir, j'ai eu grand plaisir à retrouver Mélanie de Jarod, aussi bien personnellement que musicalement, au sein d'un nouveau groupe nommé Malvä, qui a sorti une démo en 2025, Éclore Dans les Cendres. On est résolument sur de l'emo/screamo politisé (avec quelques accents post-rock qui soutiennent très joliment les instants spoken-word), traitant principalement des horreurs que peuvent vivre les victimes de violences diverses, d'abus, de la difficulté de se reconstruire, de se réapprioprier leur corps, et globalement du patriarcat et de son impact sur nos vies. Il me paraît par ailleurs important de préciser que le groupe est constitué de femmes et d'une personne non-binaire ! J'ai bien hâte d'entendre du nouveau de leur part, en espérant que cette aventure au travers de laquelle iels racontent des choses lourdes, leur apporte du baume au coeur.


En résumé : l'emo en France se porte TRÈS bien, je suis super content-e. Et quelque chose me dit qu'on est encore qu'au début d'un cycle. Il n'y a pas grand chose d'autre à espérer du futur, mais le renouveau de la scène locale c'est déjà pas mal pour espérer trouver du courage pour survivre à la vie quotidienne. Dans le lot de groupes qui font partie de cette relève, peut-être que j'en ai encore oublié certains, je compte sur vous pour en parler dans les commentaires. il y en a également d'autres que je connais et que j'aurais pu citer, mais il ne faut pas oublier que derrière ce blog se cache une personne qui ne reniera jamais ses convictions, et qui sait toujours, à un moment où à un autre, les casseroles qui se passent dans la scène. Je vais pas être le plus gros de leur audience de toute façon, mais je fais pas de pub pour les gens qui ont des doubles discours. :)