Bon, évidemment qu'il y allait avoir une partie 2 à mon tour de France de la scène emo hexagonale. Car après avoir posté la première partie, j'ai eu quelques suggestions d'écoute, qu'elles soient déjà sorties... Ou à venir. Ou alors c'est déjà paru mais j'ai sorti cet article trop tard. J'aurais dû poster cet article il y a deux mois déjà, mais entre mon TDAH, le fait de survivre aux chaleurs infernales et historiques qu'on vit en France depuis Mai, et aussi le fait que j'arrive plus à écouter aussi souvent de musique que je le voudrais pour le moment... Je suis vraiment désolé-e auprès des personnes qui ont bien voulu me faire écouter leur musique avant qu'elle sorte.
Car certain-e-s l'auront peut-être deviné à l'écoute, il s'agit effectivement du chanteur de Karaba F.C, une autre jeune formation mais qui a déjà sorti son premier album SYMBIONTS l'an dernier, dont les membres vont et viennent entre Paris et Brest. J'ai été spammé-e en DM sur instagram pour me dire "ah ouais c'est le projet du mec de Karaba F.C" en parlant de Météore, ce qui m'a permis de rattraper mon retard sur la sortie de ce disque. C'est un peu plus riche musicalement que la simple étiquette emo/post-hardcore cette fois-ci, ici les voix hurlées me rappellent énormément les fabuleux australiens de Violent Soho, et je pense que la dynamique des morceaux (en plus de la voix) évoquera At The Drive-In à certain-e-s, voire même le rock anglais à la Bloc Party / The Killers parfois. Lorsque le groupe met vraiment le pied dans les influences emo de leur musique comme sur "Celebrate", ça me parle vachement, et un album entier dans cette vibe, j'en raffolerais ! C'est à partir de ce titre que je suis vraiment rentré-e dans l'univers de ce disque à la première écoute. C'est dans tout les cas un disque aventureux, très bien écrit, et selon moi taillé pour être vécu en live. À noter qu'en Avril dernier, un nouveau morceau est sorti, "Black Soap", dont les similitudes avec Thursday (et également toujours At The Drive-In) sont nombreuses, et ça me fait chaud au cœur.
Je vous avais parlé dans l'article précédent de L'Idylle, un jeune et prometteur groupe de screamo originaire de Rouen, en vous disant que je pense que le groupe va bien évoluer au niveau des textes. Eh bien il s'avère qu'un nouvel EP vient de sortir, répondant au doux nom de "Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards". Et on est sur un degré d'intensité et de maturité un cran au-dessus ! On est toujours sur des tourments qui semblent venir du fond du coeur, mais entremêlés de réflexions sur le monde qui nous entoure, qui sied parfaitement avec le chaos (volontaire) qui règne dans leur musique qui n'hésite pas s'étirer vers le black metal, tout en prenant soin de distiller de belles mélodies pour soutenir le côté emo. C'est brut à la façon des groupes d'emo hardcore français des années 90, c'est sincère, c'est top ! Le disque se conclut sur ces mots : "Le monde s'effondre tout autour, mais il reste de l'amour". Et c'est pour moi des mots tout simples mais lourds de sens aujourd'hui. Et pour les avoir enfin vu-e-s en live, riien n'est surjoué, tout est ressenti très fort. Je pense qu'on tient là une des réelles pépites actuelles de cette scène.
J'ai également eu la chance énorme d'avoir eu accès en avance au prochain album de Trainfantôme, Constant Farewells, un groupe de Lorient et Nantes qui représente le pan de la scène emo française qui a choisi de s'immerger dans le rock alternatif des années 90 en règle générale depuis 15 ans (en gros depuis que Title Fight et Basement ont explosé en termes de popularité), et qui me parle très fort. Est-ce que eux aussi ont passé leur adolescence sur Tumblr?
C'est quelque chose que j'avais abordé avec ma review du deuxième album de Paerish. On a un petit vivier de groupes comme ça aujourd'hui en France, chacun dans un style qui leur est propre mais avec beaucoup d'influences communes : Trainfantôme donc, mais aussi Paerish, Dewey, Loons, Barimore... Mascara aussi, car ils viennent également de divers courants de la scène emo, et j'adore le premier album Going Postal sorti récemment, mais les concernant on est plus sur la branche metal / "Deftones revival" (en vrai sans chipoter, c'est quand même proche, Deftones ayant pas mal d'inspirations post-hardcore, mais j'arrête les digressions), et ils sont uniques en leur genre pour le moment ici. Et avec ce prochain album, Trainfantome rentre plein gaz dans cette nouvelle scène shoegaze emo-related, pour mon plus grand plaisir. Si vous êtes familier•e•s avec des groupes comme Cloakroom, Downward, deathcrash, ou They Are Gutting A Body Of Water, je pense que vous aurez saisi la vibe de ce nouvel album après ce name-drop, qui fait suite à un précédent disque, THIRST, paru en 2023 (déjà !) et déjà excellent. On retrouve une belle cohésion entre les explosions de fuzz et de distorsion, des nappes de synthés qui vous rappelleront TAGABOW, des moments beaucoup plus doux et délicats qu'ils soient plutôt vaporeux ou purement mélodiques...
C'est le genre de disque où aucun titre ne fait bande à part, qu'il est impératif d'écouter comme un tout, ce qui peut être challengeant en ces temps où l'attention diminue de plus en plus. Et c'est typiquement le genre de disque qui apaise mon TDAH tant ça arrive à me captiver et tant on veut aller à la fin du voyage musical. Au cas où des puristes hooligans passeraient par ici et se demanderaient pourquoi qu'on parle de shoegaze par ici, rappelez-vous que c'est un genre musical qui a profondément influencé des groupes phares de la scène emo comme American Football, Mineral ou The Pine. Et gros big up à leur attaché de presse grâce à qui j'ai découvert Truth Club sur le presskit concernant Constant Farewells, c'est une magnifique découverte !
6 ans après Senicarne ("enracinés" à l'envers, mais sans que ça ait aucun rapport avec une revendication patriote de bas-étage, on parle plutôt d'un rapport profond avec la nature qui est palpable dans leur univers sonore, leurs paroles et leurs clips), ceux qu'un oncle de ma copine appellerait sans aucun doute "mes solides" (il est normand, c'est proche eheh) reviennent avec Green Lands, tout aussi évocateur des inspirations du groupe. Et la nature étant aussi éblouissante qu'inébranlable, ce disque se devait d'être à son niveau, et il l'est en tout cas au niveau de la puissance émotionnelle, j'ai failli pleurer plus d'une fois à son écoute, notamment sur "Hourvari" et ce qu'elle m'évoque : grosso-modo, c'est un hommage à une personne qui a donné de a lumière et de la résilience à son partenaire, et c'est décrié avec le même amour que je porte à la personne qui m'a apporté strictement la même chose, ce qui m'a permis de survivre jusque là. Je suis sûrement biaisé-e et certaines personnes ne seront pas aussi touchées que moi, mais c'est comme ça sur le blog depuis le début, je raconte les disques tel que moi je les ressens. Pas de neutralité ici, je laisse ça aux médias de centre-(extrême)droite qui ont fait qu'on risque de se taper le RN au pouvoir en 2027.
Plus le temps passe, moins j'arrive à prendre le temps pour du post-rock trop contemplatif, je préfère quelque chose avec une dynamique constante, même si c'est sur des tempos très doux (Mono restant l'exception). Si je vous parle de Caspian ou de If These Trees Could Talk, vous aurez sûrement en tête ce que j'ai besoin pour que ça me captive pleinement, et Fall Of Messiah coche beaucoup de ces cases. Je trouve que le groupe reste globalement fidèle à ce qu'ils font depuis 2/3 disques (il semblerait que tout est issu du même cycle de vie et de composition depuis Empty Colors), c'est tout aussi stellaire que délicat, tout aussi mélancolique que solaire, sans avoir besoin d'en faire des caisses techniquement, alors que chacun a une énorme maîtrise de son instrument. On prend toujours en pleine face ces instants scandés ou criés, qui fonctionnent un peu comme une giboulée dans ce véritable ciel etoilé sonore. Oui une giboulée c'est globalement sombre et chiant (même si en ces temps d'enfer caniculaire on attend toustes le moindre orage avec impatience), mais prenez-le dans un autre sens : une giboulée c'est bref et puissant, et ça pleut beaucoup, comme ces messieurs quand ils regardent du screamo en live.
J'espère que ça sera un compliment pour eux, mais leur musique c'est typiquement ce que j'ai envie d'écouter quand je me balade à pied ou en caisse sur les routes du grand Bourgtheroulde ou sur les plages normandes, pour prendre un peu l'air. Je suis dans les Vosges au moment de finaliser cet article pour mes vacances, et c'est également plus qu'approprié.
Il fallait également que je répare cette grave erreur d'être passé•e à côté de Apart, un groupe originaire du Havre, que je n'ai réellement découvert que lors d'un concert parisien fin Avril qui les réunissaient avec Fall Of Messiah, Chalk Hands, Nesseria et Pluie Cessera. Leur premier disque Through The Cracks est sorti il y a 2 ans déjà, et c'est un excellent début ! Il a notamment été produit par Amaury Sauvé, et illustré par David De Beyter, dont une partie de son travail photographique consiste à faire exploser des bagnoles. J'ai beaucoup pensé à American Football, Sport, Football Etc, et même à Fiddlehead sur certaines mélodies vocales, pendant mes écoutes de ce disque, qui pourrait avoir eu sa place chez Count Your Lucky Stars Records. "Unsaid" est probablement mon morceau préféré du disque, le refrain est TELLEMENT catchy, puis le thème de la chanson parle pour elle-même : les choses qu'on ne se dit pas, ou qu'on a pas osé se dire, et qui nous bouffent de l'intérieur.
De retour du côté de Paris, il ne faut pas passer à côté de Handbrace, composé d'ex-membres des éphémères mais chouettes Prune 99, qui jouaient une dream-pop douce et chaleureuse. Iels viennent de sortir un premier EP deux titres dont le titre dévoile sa genèse : originally intended as a demo... On sent fort que les récents morceaux de Sport et Tigers Jaw ont pu être des influences fortes, mais pour autant je reconnais bien la douceur qui caractérise la musique qu'iels ont envie de faire depuis Prune 99 (alors qu'à côté, l'un d'entre eux booke du metalcore énervé avec Ambarona Booking quand il ne sort pas de chouettes tapes avec Spleencore Records!)