lundi 14 novembre 2011

Les origines : La deuxième vague, le screamo, la popularisation.

Après avoir été quelque peu abandonné aussi vite qu'il aura été crée plus ou moins volontairement par les punks de D.C, l'emo revient sur le devant de la scène un peu au hasard, profitant d'un vide béant laissé par la disparition du grunge après la mot de son leader Kurt Cobain en 1994, grâce à une mutation pop-punk effectuée après son "passage" par la scène californienne, et l'interprétation qu'en a fait certains groupes comme le légendaire Jawbreaker avec son album Bivouac, ainsi qu'à de nouvelles influences indie rock, post-punk voire math-rock qu'adopteront des groupes légendaires du genre qui eux aussi ont décidé de ne pas laisser tomber ce courant alternatif du punk qui les ont marqué : Still Life, Indian Summer, Texas Is The Reason, American Football, Mineral, The Get Up Kids, Sunny Day Real Estate, Braid, The Promise Ring... Le fameux 90's emo, messieurs dames ! Et c'est également grâce à quelques uns de ces groupes que naîtra le fameux "midwest emo". De plus en plus de maisons de disques choisissent alors de signer des groupes d'emo, voyant l'expansion soudaine du mouvement, y compris Sub Pop Records (qui cherchait sûrement un remplaçant rapide au grunge pour ne pas courir à sa perte), qui aura sorti en 1994 l'album Diary de Sunny Day Real Estate, l'un des albums phares de l'histoire du mouvement emo, ayant posé les bases de l'emo seconde vague, mélangeant un punk hardcore tendu, saccadé et pesant à des influences indie rock.

En pleine expansion du style, voilà qu'apparaissent un beau jour dans ce milieu des gars de la ville de Mesa, Arizona. Ils forment ensemble le groupe Jimmy Eat World, et il se trouve que ce sera finalement le premier groupe à faire décoller une véritable scène emo mainstream. Leur punk rock d'abord très vif et urgent, devenu ensuite plus lent et introspectif mais toujours rempli d'émotions, directement inspiré des expérimentations de groupes tels que Sunny Day Real Estate ou Fugazi, a fait le tour du monde et a fait naître de nombreux petits frères, subjugués par les superbes albums que sont Static Prevails et Clarity, ce dernier ayant eu un impact décisif sur la seconde vague emo, au même titre que l'album Pinkerton de Weezer. Ces petits frères, ce sont des groupes comme Saves The Day, Taking Back Sunday, et surtout Dashboard Confessionnal, crée par Chris Carabba. Ce dernier, à la base membre du groupe emo Further Seems Forever, a quitté celui-ci pour créer le sien, dans un esprit plus folk. Mais les paroles de Chris ont un fort côté "journal intime", ce qui assimilera vite Dashboard Confessional à de l'emo, allant de pair avec le passé musical du monsieur. Ce groupe popularisera encore davantage ce type de paroles et de musique, et c'est ainsi qu'il deviendra une influence pour pas mal de groupes de la deuxième vague emo déjà influencés par Jimmy Eat World et les fameux "petits frères". Tout ce beau monde, dont certains membres commenceront à cultiver une esthétique certaine, sera publié dans de grands magazines rock, diffusé sur plusieurs radios emo ou rock généralistes... Pour influencer toujours plus de groupes, et ce même jusqu'à la branche extrême de l'emo. Pour exemple, Thursday, également l'un des groupes phares de la seconde vague, intègre des bribes de pop-punk dans son post-hardcore torturé et expérimental. Il rencontrera un grand succès avec l'album War All The Time. Son leader Geoff Rickly aura (et est) toujours été intègre au mouvement emo originel et au hardcore, mais la popularité du groupe lui a souvent joué des tours, notamment lorsqu'il a proposé au groupe français Daïtro de tourner avec eux, mais que les lyonnais ont refusé parce que Thusrday n'était pas suffisamment intègre pour eux. J'ai toujours trouvé cet argument stupide connaissant les convictions de Geoff, mais enfin bon, bref.

Et voilà, au milieu des 90's, l'emo connaît une nouvelle jeunesse, porté par de nouveaux piliers, adulé du grand public rock, et également plus vivant que jamais du côté underground de la force, bien qu'il commence déjà à se diviser en plusieurs sous-catégories. Mais au final, quid du screamo, né en parallèle ? C'est tout simplement une évolution plus agressive, plus violente et militante de l'emo. Elle trouve son origine bien évidemment dans l'emo, mais également dans le punk hardcore straight-edge, le post-punk et le post-hardcore. Son message est autant concerné par les souffrances émotionnelles que la place et la situation des humains dans la société, le féminisme ou la politique. Son origine la plus profonde serait à situer en 1991, et viendrait du Ché Café, San Diego, une salle de concert particulièrement appréciée de la scène punk, et un lieu où résident également des étudiants et des activistes, où ont joué beaucoup de grands groupes de la scène alternative en général. C'est notamment ici que se produisait Heroin, originaire de San Diego, les papas du screamo, qui ont tout apporté au style. Au Ché Café se sont également produit d'autres piliers du style, comme Mohinder et Portraits Of Past. C'est pour cela que ce lieu est considéré comme le lieu de naissance du style. De manière générale, la plupart des groupes issus de chez Ebullition Records et Gravity Records ont été une pierre angulaire du mouvement, tout comme Dischord Records l'a été pour le punk hardcore et le post-hardcore. De ces formations se sont inspirés une poignée d'autres groupes qui auront ensuite fait du screamo un genre musical à part entière, une scène solide, cohérente et inspirée : Orchid, Jerome's Dream, pg.99, Funeral Diner, City Of Caterpillar, Saetia, Envy... Le screamo, au même titre que l'emo, a connu jusqu'à aujourd'hui plusieurs évolutions, mais s'est toujours inspiré et s'inspirera toujours des mêmes racines idéologiques et musicales.

Ainsi, de nos jours, le screamo est autant influencé par les scènes dont elle tirait son inspiration à l'origine, que par le post-rock (énormément de groupes de screamo sont influencé par le post-rock), le sludge, le shoegaze, le grindcore... Parmi les références actuelles du style, on peut nommer Loma Prieta, The Saddest Landscape, Suis La Lune, Sed Non Satiata, ou encore La Quiete. D'un point de vue éthique et philosophique, rien n'a réellement changé, et le combat pour préserver ces valeurs est permanent. Il est cependant plus dur d'assister à des concerts screamo, de les organiser, tant les lieux de vie dédié à la culture punk sont de plus en plus durs à créer et à conserver aujourd'hui.

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