mercredi 13 décembre 2017

MORE SEITAN GYROS PLEASE: mon périple au Fluff Fest 2017.



●  Hey, c'est bientôt Noël et je vous ai même pas encore raconté ma première au Fluff ! Faut vraiment que j'apprenne à décrocher des trucs qui me prennent le temps que je pourrais consacrer à l'écriture... Mais il se trouve qu'un brouillon traînait, et que le voilà en ligne ! Prochain article en 2066 !

Des instants remplis d'une certaine insouciance, de chaleur, de liberté, des concerts en plein air sans aucune crainte de se faire lourdement racoler, embêter… Des instants précieux qu'il nous est de plus en plus difficile de trouver dans notre quotidien. C'est ce qui subsistera toujours en ce festival qui se tient quelque part en République Tchèque, une fois par an, en quelque sorte le paradis des fans de hardcore, de screamo, de crust... Un lieu où règne en quelque sorte la vie rêvée, faite de véganisme et d'amour. Bon, ça sonne un peu cheesy, mais il y a quand même du concret dans tout ça : la nourriture est réellement 100% vegan, tout est fait pour que l'espace du festival soit safe, il y a des stands de libraires / fanzines féministes, anarchistes, vegans... Et puis évidemment, les paroles ou l'engagement personnel de beaucoup de groupes. Quand on va au Fluff Fest, c'est pas seulement pour le line-up, c'est aussi pour vivre des instants précieux, une illustration de ce que serait le monde meilleur pour lequel on se bat. Un endroit où l'oppression, le stress, la compétition n'existent pas. Le pied, non ?

Le lieu où se tient le Fluff n'est, lui, malheureusement pas si idéal que ça: c'est un aérodrome situé au fond d'une petite ville de province tchèque nommée Rokycany, à une heure de train de Prague (le trajet en train Prague - Rokycany fait en revanche beaucoup de bien à la rétine...), une ville paisible avec ses quartiers bourgeois et ses cités. En termes d'espace et de tranquillité, c'est relativement cool. Mais visuellement, ce n'est pas vraiment confortable et rassurant : des petits pavillons en travaux, une route au loin... Mais au final, lorsque l'on est sur les lieux, on y fait abstraction. Quelque chose m'a également un peu irrité : j'ai l'impression que les flics tournaient beaucoup autour du festival cette année. J'ai vu pas mal de voitures de police autour de l'enceinte du festival, voire même à l'intérieur. Je crois qu'il y avait même un hélicoptère qui planait au-dessus du fest, lors du week-end. Auraient-iels eu vent du regain d'insurrection qui s'est élevé dans le milieu punk / hardcore ? Une appréhension de la prise de conscience un peu plus forte encore de la scène face à ce que le vieux monde politique et financier tente encore de nous imposer ? J'en ai eu l'impression. Et quelque part, c'était cool de se dire qu'on leur faisait peur. D'autres nous diraient qu'il s'agissait juste de nous « protéger », d'assurer la tranquillité du voisinage, les prétextes habituels. Quoiqu'il en soit, le Fluff Fest est un lieu où, peu importe la présence policière autour, la liberté est reine.

Cette année, le line-up n'était pas aussi fou qu'il ne l'était lors de précédentes affiches pour le fan de screamo que je suis, mais réservait de belles surprises et se voulait diversifié. Entre des pointures du hardcore tels Burn, Vitamin X ou Chokehold, des légendes du screamo comme City Of Caterpillar ou Heaven In Her Arms, des valeurs sûres telles que Birds In Row, Finisterre, Ruined Families ou d'ores et déjà Chaviré, ou bien de chouettes découvertes comme Modern Love, Rutka Laskier, Past, Cult Values.. C'était le Fluff de la curiosité. Il ne fallait pas avoir peur de se déplacer de tente en tente. Déjà, commençons tout de suite par les évidences, les sujets universels: une chose est sûre, le Fluff 2017 n'a déçu personne pour une chose : LA NOURRITURE. Une légende que l'on m'a longtemps vendu, et qui s'est confirmée : les seitan gyros, les hot dogs, les muffins, le « koala cola », les wrap gyros… Tout était absolument fabuleux. À croire que la bouffe était plus importante que les groupes, haha ! Il était assez facile (et périlleux pour le porte-monnaie) d'aller se resservir, tellement le plaisir gustatif était là… D'ailleurs, je tiens à adresser un grand bravo à celles – ceux qui se démènent en cuisine, car la cadence, ainsi que la qualité des plats, est forcément très dure à tenir, vu le nombre de festivalier.e.s et la demande rien que par personne…


 
la programmation complète du Fluff Fest 2017, cliquez sur l'image pour zoomer !


Je suis arrivé sur les lieux Jeudi soir, sous un magnifique soleil couchant… Et alors qu'on apprenait tou.te.s une nouvelle inattendue : le suicide par pendaison de Chester Bennington. Une nouvelle plombante, très probablement survenue à cause de la dépression et du lourd vécu du chanteur… On peut dire ce qu'on veut de Linkin Park, que c'est devenu nul, aseptisé, que c'est devenu de la pop FM (Linkin Park a arrêté le metal après Meteora, ACCEPTEZ-LE), on ne doit pas pour autant minimiser, et encore moins moquer cet acte. Saleté de maladie. C'est sous les blasts et les riffs atmosphériques de Solbrud que je suis arrivé au niveau des tentes. Le temps de découvrir les lieux de mes yeux quelques peu ébahis d'être enfin ici, j’ai malheureusement loupé leur set… Mais j'en ai entendu attentivement quelques parties, et ça sonnait vraiment bien. Puis de toute façon, j'allais les revoir la semaine suivante à Paris avec Wildernessking (EDIT : Je n'ai même pas pu voir Solbrud à Paris, tristesse…), le groupe qui allait jouer juste après eux ce soir-là. Je ne suis pas très fan de leur musique, mais c'était bien cool de les voir en live. Une belle énergie, une simplicité et une honnêteté très chouette à voir, une certaine différence de l'ensemble de la scène black metal : ni trop cliché ni « hipster », une atmosphère qui allait parfaitement de pair avec le temps, le soleil couchant… Un chouette set à vivre, et une bonne mise en bouche pour le véritable départ des festivités le lendemain. Il est temps pour moi et mes deux compagnon.ne.s de voyage (et de toujours !) de rentrer dans notre hôtel, une barre d'appartements modestes située à 10mn à pied de l'aérodrome, pour dormir un peu, après ces longs voyages en avion, train et bus depuis Prague… Eh oui, nous n'avons pas choisi de camper. L'idée nous mettait mal à l'aise... Je ne pense pas que l'on aura ce privilège l'an prochain d'ailleurs, haha !

Le premier jour officiel du Fluff s'annonçait plutôt maussade aux premiers abords, le ciel était couvert, on avait peur de se retrouver les pieds dans la boue. Pas idéal pour le pied-bouche et le pique-nique, mais yo, mes chaussures de rechange étaient dans le sac à dos pour ça ! Mais au final, le temps s'est dégagé, et c'était ciel bleu et maximum chaleur. Le premier groupe que je suis allé voir était Worst Days, à la tent stage. Leur hardcore chaotique, propulsant l'audience entre mathcore et metalcore, a réveillé de manière assez brutale les fluffien.ne.s, avec un frontman au regard insistant, ne quittant pas des yeux le public. Ce n'est plus vraiment un style que j'aime écouter au casque, mais c'est toujours passionnant et éprouvant à vivre en live, et Worst Days maîtrise bien leur sujet. Peu de temps après le Fluff, ils ont sorti un EP avec des influences screamo... Juste après leur set, il fallait affronter le soleil cuisant qui s'abattait sur la main stage pendant plusieurs heures, pour voir une belle liste de groupes qui se sont démenés tant bien que mal malgré la température. Le premier d'entre eux était Geraniüm, a.k.a le crust de salon strasbourgeois. Je ne les avais jamais vu auparavant, et la claque fût proportionnelle à mes attentes. Le soleil n'a guère affecté les crusties (y compris le batteur et son splendide baseball tee à l'effigie de Johnny Hallyday), qui nous ont proposé une demi-heure de d-beat, de blasts et de riffs sombres en cascade. Pas de poses, juste du gras ! Juste après eux, c'est Nine Eleven qui a enchaîné, et nous n'étions pas dépaysé : ils ont joué l’album Sentinels -techniquement un morceau concept- au complet, malgré quelques problèmes avec la guitare de Richard. Antoine (batterie) se démenait tant bien que mal, dans son élan impressionnant mais habituel, j'en avais presque de la peine pour lui, haha ! Il m'a expliqué au stand de bouffe pourquoi il a morflé plus que d’habitude, je le laisserais se justifier à qui le voudra, c’était pas grave mais c'était rigolo ;) Pour marquer le coup, les gaziers ont filé le micro à l'énergique frontwoman de LØVVE et Sisterhood Issue, pour chanter quelques mots. Un gros plaisir que de la revoir chanter avec 9/11, je me souviens de sa prestation avec le groupe à Paris comme si c'était hier, c'était fou ! Iels devraient enregistrer des morceaux ensemble, ça aurait vraiment de la gueule…

Après ce set bien cool de Nine Eleven, se sont présentés à la main stage l'un des groupes phares du screamo japonais… Mais Heaven In Her Arms sont en réalité bien plus que ça ! Au croisement du post-metal, du screamo, du post-rock et même du noise rock, les japonais -dont le nom est issu de la chanson de Converge du même nom- ont su rassembler au fil des années un public très large, et influencer des formations de divers courants musicaux. Cela s'est vérifié au sein du public venu nombreux assister à leur set. Quel meilleur endroit pour les voir que cette mainstage, au soleil couchant ? Entre classiques et morceaux issus de leur dernier, riche et surprenant nouvel album, White Halo, HIHA nous a dans l'ensemble émerveillé, et personnellement fait un peu rire avec cette esthétique propre aux groupes japonais, qui veut que le groupe soit toujours bien placé sur scène, avec un genre de sur-jeu de passion, avec un code vestimentaire spécifique… Mais quand même, on sait et on sent que les garçons sont réellement très passionnés par ce qu'ils jouent, et ne font pas semblant à ce niveau-là. Une superbe démonstration de force pour le groupe qui risque de prendre le dessus sur un Envy qui s’essouffle clairement et n'est plus que l'ombre de lui-même sans Tetsuya, dans le futur… Et il fallait au moins ça, pour préparer nos cœurs et nos yeux à ce qui allait suivre : les retrouvailles avec City Of Caterpillar ! Eh oui, je les avais déjà vu, la veille de mon départ à Prague, à Paris, dans un Point Ephémère complet, et avec Birds In Row en première partie, rien que ça. Deux prestations époustouflantes, mais occultées par une chaleur insupportable. On respirait quand même un peu plus à Rokycany, surtout que le soleil se couchait lorsque les skramzers sont montés sur scène. Le seitan gyros bien consistant, pris en attendant leur set avec les copains - copines, nous a fait du bien et nous a donné des forces pour entamer la soirée. CoC ont l’air d’être des garçons bien timides, surtout Brandon Evans. C'est marrant quand on y pense, vu l’influence qu'ils ont sur la scène screamo, et l’assurance qu'ils ont en jouant. Ce sont juste des gens comme les autres, se présentant sur scène en toute humilité et lucidité, impressionnés par la foule venus les voir en masse, pour la seule et unique fois pour beaucoup. Ils nous ont joué tous les tubes de leur répertoire, y compris les deux morceaux issus de leur dernier EP en date, Driving Spain Up A Wall, provoquant évidemment beaucoup de sing-along, de stage-dive… Bref, la fête ! Un gros plaisir que de les avoir retrouvés, en forme et plus à l'aise qu'à Paris, et de surcroît avec Kevin (guitare) qui portait un des nouveaux t-shirts de Birds In Row

Un chouette moment de communion et d'émotions, qui bientôt sera tranché avec beaucoup de gras et colère. Juste après le set de CoC, les concerts s'enchaînaient sous la tent stage : Crevasse venait de monter sur scène, et je m'y suis très vite rendu. Je ne connaissais pas vraiment ce groupe, mais je le voyais passer assez souvent sur mes internets, les blogs, les distros… J'avais alors affaire à un genre de metal hardcore très sombre et gras, très influencé par le crust, avec une chanteuse qui occupe tout l'espace de la scène à elle toute seule de par sa hargne, son enthousiasme. Une force assez impressionnante se dégage de ses cris, de sa façon de se mouvoir sur scène, de son regard. De quoi complètement nous immerger dans l'univers de Crevasse, déjà pas si évident que ça à comprendre et apprécier. Mais définitivement, j'ai pris une sacrée claque, et visiblement le public était plus que réceptif, à voir tous les pogos et sing-alongs. Juste après leur set, je me suis empressé d'aller à la Psychtent, que j'ai vraiment trop peu visité cette année : je ne voulais absolument pas louper le set de Cult Values, l'une de mes grosses découvertes post-punk de l’année dernière, qui injecte dans leur musique pas mal d'influences hardcore. J'ai pu voir une bonne grosse moitié de leur set, ponctuée par de la fumée artificielle, et des gens ivres autour… C'est confirmé, c'est un très chouette groupe, qui ne ment pas sur l'énergie et la folie présente sur le S/T. À ne pas manquer et à découvrir ! Mais Ruined Families allait commencer, je ne voulais surtout pas les manquer, encore moins être relégué au fond de la tente… Ruined Families, c'est un concentré pur de colère, de frustration, de révolte, à cheval entre un screamo à la limte de l'emoviolence et du metalcore à l'ancienne. Les dignes héritiers de Majority Rule sont arrivés à la tent stage avec leur rage et leur conviction habituelle, entraînant d'emblée des sing-alongs et beaucoup d'agitation dans la fosse. Leurs paroles sont plus que jamais dans l'air du temps, et vont complètement de pair avec les idéaux du Fluff Fest. Pas grand monde s'est retenu de festoyer, de danser, d'hurler avec eux. Une journée déjà une riche en émotions… Et en achats, qui annonçait du bon pour les jours suivants. Mais j'ai malheureusement loupé Tapestry, un groupe d'emo venu de Singapour, qui vient de sortir un disque chez Middle-Man Records à l'heure où j'écris ces lignes, j'étais curieux de les voir jouer et de découvrir leur musique que je connaissais trop peu, mais qui d'après un ami sonnait tout doux et chaleureux comme j’aime.


Le deuxième jour du Fluff fût celui de la cuisson en plein jour : quelle chaleur ! Mais un Fluff ensoleillé, on ne va pas s'en plaindre… Une bonne crème solaire, et c'est parti ! Je plains celles et ceux qui ont eu l'idée de se tatouer pile avant le Fluff, j'en connais certain.e.s ^^ ! Au deuxième jour, on se sent à la maison, on a pris nos marques la veille, on a pris des habitudes, ça fait du bien. En se dirigeant vers l'enceinte du Fluff, sur la route du camping, une copine nous interpelle : « On joue à 14h sur l’open stage ! » C'était Mélanie, chanteuse de Jarod. Tellement cool de les voir jouer ici ! Elle m'en avait parlé quelques semaines auparavant, qu'iels allaient essayer de passer sur cette scène… Et les voilà devant nous, heureux.euse et un peu stressé.e.s au début, forcément. Leur set a rameuté pas mal de monde, et le groupe a été très bien reçu par l'audience ! Les petit.e.s potes étaient ému.e.s, c'était trop cool pour elle et eux... Mais pas l'temps d'niaiser, direction la tent stage pour voir Hyena. C'était quand même vachement plus agréable de les voir en plein air et en ces chouettes lieux qu'à Paris, non pas que le Collectif 23 était un mauvais endroit, bien au contraire, mais la fumée de clope et la pluie de bière n'étaient pas vraiment plaisants… Et définitivement, iels sont chouettes. Un peu trop de soleil et de chaleur pour leur emocrust triste, mais il fallait ça pour garder la tête haute et rester posi ! Mais pas d'inquétude, iels le sont de toute façon, chez Hyena.

Juste après le set des espagnol.e.s, Chaviré allait jouer sur la mainstage… Un choix bien curieux ! Les nantais venaient à peine de sortir leur premier album, Interstices, et voilà qu'on leur propose la grande scène. Autant vous dire que comme Jarod, ils étaient pas mal stressés ! Ils sont habitués aux petites salles, avec un public au plus près d'eux, souvent des potes au premier rang, au minimum des connaissances… C'est pas le genre de gars à vouloir devenir des stars ou des élites du skramz. Lorsqu'ils sont montés sur scène, on ressentait clairement l'appréhension de l'instant. Mais aussi l’excitation et la joie d'être ici, pour pouvoir exprimer leurs frustrations, leur colère, leur vécu à des personnes qui vivent loin de Nantes, qui sont d'un peu partout en Europe, parfois juste un peu plus loin, comme à Paris, Caen, Marseille… Pour simplement qu'on puisse célébrer et extérioriser tout ça tou.te.s ensemble, simplement. Et ça a marché, très bien même. C'était flagrant que les petits gars étaient impressionnés d'être là. Heureux, mais impressionnés. Puis au fur et à mesure que le set s'écoulait, ils se sont sentis de plus en plus à l'aise. Le sing-along des françai.se.s du premier rang les ont aussi aidé, j'imagine ! Un chouette set, plein d’enthousiasme et de force, qui a convaincu les festivalier.e.s qui les découvraient ce jour-là. J'attendais d'être au Fluff pour leur toper leur album, en rentrant chez moi au soir je me suis empressé d'aller lire le booklet. Et j'ai découvert une chouette surprise : un beau vinyle clair / noir marbré, du screenprint DIY, un grand booklet… Un chouette boulot. Vraiment, j’aime beaucoup ces punx :') !

Juste après eux, Finisterre allait leur succéder. Et je venais de comprendre que leur frontwoman est également celle de Crevasse ! Ainsi, je comprenais mieux le ton aussi sombre et grinçant de leur musique. Leur nouvel album était arrivé juste à temps pour le Fluff, et était dispo en édition spéciale pour le festival, à 40 exemplaires. Personne n'avait rien entendu de cet album avant leur set, on allait découvrir ce qu'il contenait pendant le festival, et la surprise fût de taille : leur neocrust est toujours aussi furieux et rageur, Manuela (chant) capture notre attention comme la veille avec Crevasse, avec une musique bien plus ponctuée de mélodies et d'accroches que la veille. Je pense pouvoir dire que ce fût l'un de mes concerts préférés : Manuela lançait des confettis dorés à la foule, le stage-dive était de mise et était relativement raisonnable, les nouveaux morceaux se sont avérés être excellents, et le final que l'on attendait tou.te.s, « Coffee killer » ! Iels ont fait monter sur scène un monsieur avec son vélo pour ce morceau, je n’ai pas compris pourquoi, mais c’était quand même rigolo !

Svffer enchaînait derrière, une suite quelque peu logique : PLUS RAPIDE ! PLUS FORT ! PLUS GRAS ! Eh oui, chez Svffer, on rigole pas, ça grind, ça crust, y'a de l'emoviolence, du metalcore… Leur prestation nous a fait l'effet d'un rouleau-compresseur. Une décharge brute de violence, que l'on attend pas forcément de la part de la frontwoman, qui n'inspire absolument pas le contenu de Svffer… Mais hey, les apparences, tout ça ! Une nouvelle démonstration de force, dont il fallait se remettre pour tenir le reste de la journée… L'une de mes potes voulait voir Rosa Parks, le groupe qui jouait juste après à l'open stage, que je ne connaissais que de nom. J'étais curieux, j'y suis allé, et curieux, ça l'était : on avait affaire à un genre de punk hardcore classique, des accélérations crust très cools, quelques petites pointes de screamo, et un chant qui parfois sonnait même comme du raggamuffin… Assez atypique, pas toujours convaincant, mais c'était malgré tout pas mal à voir.

Après tous ces efforts, la pause fût bien méritée ! Et nous l’avons pris en retrait de la mainstage, à l'ombre des stands de merch, alors que Vitamin X jouait. Avec Alexandre de Nous Étions et Hérésie, on se marrait un peu sur leur musique, qui sonne clairement comme du hardcore un peu cliché bagarre et bômecs musclés. Mais plus les chansons passaient, plus j'y trouvais des accroches, des riffs hyper efficaces, et les vocaux me parlaient bien. Puis j'ai craqué, je suis allé les voir « pour rigoler », et en arrivant, je voyais les gens du public s'échanger des pneus et des crocodiles gonflables, un frontman un peu typique du "straight-edge hardcore dude", partageant la scène avec un crustie à la guitare. Au final, oui je l'admets, j'ai trouvé ce set vraiment cool, c'était plein de fun, de bonnes vibes… Je me suis alors dit que je devais faire une session de rattrapage à la maison !

Après une longue pause manger, distro et copains-copines, il me restait à aller voir Woodwork, le seul autre groupe de la soirée qui m'intéressait (pensais-je alors jusqu'à la fin de leur set). J'étais content de les revoir, je me suis rappelé que j'ai pas mal aimé leur set lors de leur concert avec Chaviré à Paris au Picolo, et je suis attaché au message très engagé qu'ils délivrent. Et je suis de plus en plus sensible à leur musique, avec le temps… J'ai beaucoup aimé le second guitariste remplaçant, Loïc, et son attitude de chauffeur de salle, haha ! Un set à l'image de leur musique : engagée, percutante, virulente, avec malheureusement quelques attitudes relous de la part de certains moshers. C'est après ce set bouillonnant que mon Samedi s'est fini, avec une petite errance autour des tentes de merch avec les copains - copines, à refaire le monde… ET À LOUPER UNYIELDING LOVE. Avec David et Luna, mes compagnons de voyage, on voulait se reposer et ne pas rentrer trop tard, pour être en forme pour la journée marathon du lendemain, et Val, notre petit pote de Nantes, nous disait qu'il fallait absolument aller voir ce groupe qui d'après lui, et les dires de Alex Miss The Stars, sonne comme du Full Of Hell période Rudiments Of Mutilation, soit leur meilleure période. Mais le groupe a eu plusieurs déconvenues électriques, et leur set fût sans arrêt rallongé… On a choisi de go dodo, au moment où le groupe, animé d'une certaine frustration, ont donné un set énorme, d'après les retours que j'ai eu. J'ai également loupé Pacino que j'ai découvert au retour, un crossover post-hardcore / post-punk bien sympa, qui je pense valait le coup d'être vu en live pour saisir et vivre toute l’intensité de leur musique.


C'est forcément bien reposé.e.s que nous sommes arrivé.e.s au dernier jour du fest, préparé.e.s à un gros enchaînement de concert, du moins pour ma part. Mais de toute façon, pour chacun.e d'entre nous, l'affiche du Dimanche était très chouette et très riche. Mais on a eu quand même un peu peur : il pleuvait averse ! Mais heureusement, c'était littéralement une averse, au final ça n'aura pas duré plus d'un quart d'heure. Elle aura poussé les festivalier.e.s à se réfugier sous leur tente pour les plus téméraires, et sous la tentstage pour les gens de raisons : Sous ce coup de flotte, la journée a débuté avec beaucoup, beaucoup d'amour, grâce à Modern Love, le premier groupe de la journée, et dont le set entre définitivement dans mon top 3 du Fluff 2017. Even, le batteur, jouait auparavant dans Death Is Not Glamorous, l'un des meilleurs groupes de hardcore mélodique du monde, je déclare les bails, YOLO. Modern Love propose une musique irrésistible, au croisement du post-punk, de la britpop et du proto post-hardcore du Revolution Summer, comme si Rites Of Spring s'était empreint de romantisme et d'une certaine classe désabusée. Stonehenge Records a vraiment eu du flair en sortant leur album… Ce fût un set débordant d'émotions, avec un frontman vivant à 800% sa musique et ses valeurs, venant prendre dans ses bras ses ami.e.s et les gens du premier rang, venant chanter le plus possible auprès du public. Les larmes aux yeux et la voix tremblante, il nous a parlé du Fluff et des valeurs qu'il représentait, qu'il fallait les vivre chaque jour qui passe, les imposer au vieux monde. Il nous disait qu'il ne fallait jamais penser au suicide : « Please not fucking kill yourself, you promise? You promise? », sûrement un écho à Chester Bennington… On aurait pu se dire qu'il faisait semblant, que c'était surfait, mais non, il est comme ça tout le temps, me disait Phab de Chaviré. Et c'est beau ! Juste après eux, j'allais voir Past, qui allait être découverte sans trop m'attendre à quelque chose de fou, mais au final j'ai plutôt été conquis par leur post-punk frais mais pas trop froid, ponctué de cold wave. Quelques hits par-ci par-là, une suite bien cool au set de Modern Love, et un bol de fraîcheur qui faisait du bien sous le soleil qui commençait déjà à bien chauffer ! Leur lot d'amour a-t'il permis au ciel de se découvrir via une quelconque puissance spirituelle et astrologique ? Ce serait dommage en un sens, car les mecs sont anarchistes, m'enfin y'a coïncidence quand même, haha !

Et il fallait rester sous la tente, à l’abri de ce plein soleil, pour voir ce qui s'avère être ma plus grosse claque / découverte du Fluff. Rutka Laskier ont tout simplement remporté le Fluff Fest jeu, point. Un screamo / post-hardcore avec beaucoup de nuances, de surprises, de tension, rappelant des groupes comme Kidcrash ou Carson Wells. J'ai quand même l’impression que ça sonne vachement mieux en live qu'en studio, mais définitivement, quelle rouste ! Les riffs et les rythmiques n'arrêtaient pas de s'enchaîner et de nous sauter à la figure, de nous faire danser, hocher de la tête, de nous faire sourire… Un moment intense, je dois dire.

Toujours sous la tente, Time To Heal jouait après les tchèques, et ce fût l'instant hardcore bas du front que je ne voulais manquer pour rien au monde cette année (et pourtant, j'en ai loupé plein au final :( !). Il s'agit du side-project youth crew de Gabriel, batteur de No Omega. Et là aussi, quelle claque ! Une décharge sèche d'énergie au travers de brûlots hardcore simples mais avec des lyrics accrocheuses et des riffs bien sentis, et surtout un public extrêmement hypé, je ne m'y attendais pas ! Le sing-along était puissant, la chanteuse et son superbe t-shirt Tokio Hotel était pleine de ressource et vivait l'instant intensément et en se marrant, un chouette instant de good vibes !

Le point Suède du festival s'est poursuivi avec la délégation de la swedish skramz mafia, que je représentais avec un t-shirt que j'ai fait imprimer à trop cher à Paris, à Citadium… Complètement débile, mais que voulez-vous, quand on est fan… Plus sérieusement (lol), c'était hors de question que je loupe un concert d'un groupe suédois ! C'est donc Young Mountain qui a succédé à Time To Heal, un groupe que j'avais déjà vu en Mai au Miss The Stars Fest 2017 et qui m'avait laissé une très chouette impression, me rappelant pourquoi j'ai tellement les frissons en écoutant We're Drowning In Slowmotion… Je crois que c'était encore mieux au Fluff. Les nouveaux morceaux sont superbes, l'un d’entre eux est surnommé « Kebab » donc est forcément génial, c'est toujours aussi euphorisant et puissant qu'en studio. C'est juste un peu perturbant de vivre cet instant en journée et en plein soleil, Young Mountain est plutôt quelque chose à écouter de nuit, dans un espace clôt, ou sombre… Ou juste éclairé par des guirlandes. Pas de répit, il est temps de vite s'extirper de l'océan de feels dans lequel les suédois nous ont noyé, pour aller voir The Tidal Sleep. J'avais pas encore vraiment écouté leur dernier album, Be Water, à ce moment-là (et après deux / trois écoutes, il m'a bien plu !), puis j'étais un peu stressé. Ça jouait bien, ça jouait très carré (malgré des problèmes de guitare), et ça joue toujours TRÈS fort, si bien qu'avec mes pauvres bouchons de mousse, le son paraissait juste hyper étouffé, et ça gâchait un peu tout... Mais hey, ce fût vraiment un chouette ressenti de les voir sur la mainstage, de les voir prendre autant de plaisir, c'est toujours hyper efficace en live. Et puis, je pense que j'étais trop marqué par l'impatience de la suite pour réellement m'imprégner du set : je voulais manquer le moins possible du set de Shizune, l’une de mes grosses attentes du Fluff, et elle fût comblée. Leur screamo arraché, passionné, sonnait comme en studio, avec la classe à l'italienne en live… Je vais sans doute en faire hurler plus d’un.e, mais Shizune en live c'est quand même vachement mieux que Raein haha ! Mais voilà, il fallait que j'abandonne les italiens au milieu d’un excellent show pour ne pas louper Shirokuma. Un peu perturbant de les voir en mainstage en soi, car comme avec Chaviré, c'est pour moi le genre de groupe qui se savoure dans des lieux beaucoup plus intimistes. Jonathan semblait d’ailleurs aussi un peu intimidé. Mais comme je m'y attendais un peu au final, ce fût une chouette prestation, un chouette moment d'émotions et de voyage pour moi, même si j'ai vraiment préféré les voir au Miss The Stars Fest 2016. Les garçons ont pioché un peu partout dans leur discographie, entre l'EP Empty Squares & Thinner Lines, le split avec Suis La Lune et leur album Sun Won't Set.

Et voilà qu'arrive la dernière halte nourriture du Fluff… LE DERNIER GYROS. J'aurais voulu embarquer des caisses entières de ces divins sandwiches à la maison… J’en ai profité pour prendre quelques desserts, du brownie et des cupcakes, chose que je n’avais pas encore fait jusque-là… Et j’ai bien fait, car non seulement c’était délicieux, mais il fallait prendre des forces pour finir une soirée qui s’annonçait toujours plus riche en émotions…

Je ne vais pas être hyper objectif pour le coup je pense, mais bon… Vous l’aurez deviné, l’avant-dernier groupe à jouer sur la mainstage cette année fût Birds In Row. A force, je connais par cœur la configuration live du groupe, mais on ne va pas se mentir, c’est toujours un plaisir de les voir. Surtout avec leur nouveau set, qu’ils nous avaient déjà proposé à Paris la veille de mon départ à Prague, et que j’ai retrouvé avec un énorme plaisir : il propose une nouvelle chanson qui traite de toute la merde politique et électorale qu’on a vécu en rance en 2017, des classiques de You, Me & The Violence, des chansons du split avec WAITC, et quelques chansons de Cottbus… Dont l’une des chansons ultimes de ma vie, « A Kid Called Dreamer ». Ce concert a réuni énormément de monde, et probablement tou.te.s les françai.se.s du Fluff, dans un élan cathartique propre aux concerts des lavallois. Un moment très intense, un peu pénible au niveau des stage-dive beaucoup trop nombreux ceci dit, mais très chouette concert.

Et le grand final du fest aura été pour moi Cassus, un peu le groupe modèle d’un groupe qui joue au Fluff... Ce qui s’avère également être l’un des groupes les plus intéressants et représentatifs du screamo actuel nous ont proposé, à la lumière de leurs guirlandes réconfortantes, contrastant avec la nuit noire, un show intimiste, explosif, ébouriffant, très rapide, le tout comme toujours me direz-vous. Le groupe n’est pas très bavard, mais à l’arrivée, le groupe remercie toujours avec beaucoup d’amour le public.

Alors on arrive à ce moment où je dois dire si mon expérience avec le Fluff était cool ou non… Bah, quelle question ?! Evidemment que c’était cool. Pour être honnête, j’aurais aimé connaitre ces affiches où il y avait plus encore de groupes screamo, mais j’ai franchement aimé la diversité de l’affiche. J’ai enfin compris la légende de la « Fluff food », l’ambiance était au top sans surprise, le café était excellent, je me suis ruiné en disques et en merch, et puis la météo a été très clémente avec nous, et ça c’est précieux ! J’ai un regret cependant : l’hygiène des toilettes… Je sais que c’est pas évident de tenir propre des sanitaires ambulantes, surtout sans arrivée d’eau. Je pense que c’est également un problème de respect de la part de certain.e.s festivalier.e.s (sur lequel on peut argumenter au vu des dizaines de canettes abandonnées au sol sur les lieux du fest…). Mais un petit effort d’organisation à ce niveau-là, et un effort au niveau des festivalier.e.s, je pense que ce sera pas vraiment du luxe.

Mais en tous les cas, pour maintenir un festival de la sorte en vie, en totale autonomie, avec des partis pris risqués pour elles / eux, il faut derrière une organisation et un courage incroyable. Un grand bravo à tou.te.s, bénévoles ou orga, pour ce boulot énorme, pour nous permettre de vivre cette bouffée d’air frais chaque été. Pour ma part, j’essaierais d’y revenir l’an prochain… Ça vaut vraiment, VRAIMENT le déplacement, ne serait-ce que pour l’ambiance, ET LA BOUFFE.

Bisous.

samedi 18 novembre 2017

MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW #4



● Ah bah oui, il était temps que je vous propose le #4 d'une série d'articles qui était sensée m'alléger la tâche d'écriture et vous permettre plein de découvertes en même temps. Résultat, y'a un considérable paquet de groupes à linker sur cet article, désolé si ça fait ramer votre smartphone. Je vais vous linker mes incontournables de cette année jusqu'à maintenant (car hey, il reste encore deux mois !), que ce soit du screamo, du d-beat, de l'indie, ou que sais-je encore... Tout plein de chouettes trucs, engagés ou plus ego-centrées, qui valent de tendre l'oreille, pour se vider, pour rêver, se révolter.

Oh yes, it was time for me to offer you the #4 in a series of articles that was supposed to ease the writing task and allow you plenty of discoveries at the same time. As a result, there is a considerable amount of bands to talk about and bandcamp widgets to link to this article, sorry if it makes your smartphone lag. I will link my essentials of the year until now (because hey, there are still two months!), in 2 articles (so yes, #5 soon!), Whether it's screamo, d-beat, indie, or whatever... Full of cool stuff, politically engaged or more ego-centered, worth listening, to empty ourselves with, to dream with, to revolt with...

► LES PRÉCÉDENTS ARTICLES / PREVIOUS POSTS :




OSTRACA - LAST



Pour commencer, on va évidemment commencer par l'un des disques de l'année sur la scène screamo. Un groupe que je n'ai pas apprécié de suite, que j'ai pris le temps de découvrir, et qui m'a mis une énorme claque au final. Last est probablement l'un des disques les plus forts et éprouvants de ces dernières années dans leur catégorie, dans cette vibe qui croit dur comme fer que Neil Perry voyait juste dans son alchimie screamo et metal. Le groupe continue de jouer une musique très sombre, désespérée, parfois chaotique, violente notamment grâce aux influences metalcore qui ponctuent l'ensemble, mais se veut moins brouillon et "arlequin" que Deathless, il y a plus de cohérence dans le tout, on ne s'y perd plus. Le titre d'ouverture "Waiting For The Crash" est une bouleversante décharge de désespoir, avec un texte parlant cash du suicide, de ces idées sombres qui nous viennent parfois en tête et qu'on ne veut expliquer à personne, sinon à soi-même qu'on a juste envie de disparaître sans faire de mal à personne. Et je sais pas si c'est flatteur pour le groupe (pour moi ça l'est), mais sérieux, ces premières secondes, on dirait du Deftones non ? Tout est assez exceptionnel sur ce disque, que ce soit la boule d'anxiété que semble être "The Orchard", le très riche "Childlike", les ambiances presque volées à This Will Destroy You que l'on peut entendre sur le magnifique "Nausea" et "Worn Away"... C'est un disque qui prend aux tripes, qui les retourne, qui nous chante des textes fatalistes, qui nous mettent face à la réalité et à sa dureté (je vous renvoie notamment aux paroles de "Confronting Imagism")... On ne sort pas indemne de Last et c'est tant mieux.

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To start, I'll obviously begin by one of the records of the year on the screamo scene. A band that I didn't liked immediately, I took me time to fully appreciate their sound, and it gave me huge slaps in the end. Last is probably one of the strongest, ambitious, anxiety-driven records of the last years in their category, in this whole movement that believes hard that Neil Perry was right in their choice to mix screamo and metal(-core). The band continues to play very dark music, desperate, sometimes chaotic and violent through the metalcore influences that punctuate the whole thing, but is less rough and "harlequin" than Deathless, there is more consistency in everything, we don't get lost anymore. The opening title "Waiting For The Crash" is a shocking discharge of despair, talking explicitely about suicide, of those dark ideas that sometimes come to mind, those we don't want to explain to anyone : it says that sometimes we just want to disappear without hurting anyone, and that's true for lots of people, that's true for me. And I don't know if it's flattering for the band (for me it is), but seriously, these first seconds sounds like fucking Deftones?? Everything is quite exceptional on this disc, be it the ball of anxiety that seems to be "The Orchard", the musically very rich "Childlike", the dronegaze-ish ambiances almost stolen from This Will Destroy You that we can hear on the wonderful tracks " Nausea "and" Worn Away "... It's a record that takes guts, turns them over, suggests us fatalistic songs, that put us in front of reality and its hardness (I refer you in particular to the words of "Confronting Imagism") ... We don't come out unscathed from Last, and that's good in my opinion. A new friend and usual reader of the blog will understand, that was a special hello.

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CHAVIRÉ - INTERSTICES



Vous vous en doutiez, que j'allais écrire sur ce disque, n'est-ce pas ? Bah oui, parce qu'il est évidemment trop chouette, parce qu'il est important pour moi et je ne m'en cache pas (et que purée, j'aurais tellement dû écrire un article plus gros sur ce LP) : Chaviré est le groupe qui a définitivement éveillé une conscience politique que je dissimulais au fond de moi pour ne pas choquer, autant au niveau des paroles que grâce aux conversations que j'ai eu avec chacun d'entre eux. Et c'est une musique qui me touche, qui me fait vivre, qui évoque tout ce que vis et vois autour de moi, et qui me / nous propose concrètement pourquoi c'est là, et comment changer tout ça. Ça fleure bon Daïtro période Y, on y entend toujours beaucoup de Belle Epoque et je les en remercie pour ça, il y a ces backing vocals qui sonnent comme l'emo "Stonehenge Records style" (celui que personne n'appelait "screamo" lorsque qu'il était joué par ses auteur.e.s), y'a sûrement un peu de leur culture punk que je découvre aujourd'hui au gré de leurs partages sur Facebook et dans divers écrits, l'ensemble du disque est beaucoup plus mélodique que ce qu'on connaissait d'eux jusque là, peut-être même plus inspiré par le punk hardcore et indé en règle générale que par le screamo, moins cru sur la forme mais toujours aussi virulent sur le fond. Ce disque, il est principalement inspiré par l'ennui des métropoles, l'emprisonnement que constituent les murs gris ou beige pale de ces quartiers embourgeoisés, les pavés qu'on balance et qui ne nous appartiennent même plus, ces voyages qui ne servent plus qu'à alimenter des albums photos Facebook plus que pour voir des paysages. J'y ai retrouvé la fougue, la subversion, toutes ces références diverses, qui m'ont tant fait aimer les Nantais à la première écoute, mais en mieux, d'un strict point de vue musical. Ils savent déjà tout plein de choses, même si je suis définitivement meilleur à causer par écrit, alors je vais pas trop m'étaler non plus sur ce que je pense de cet album au risque que ce passage devienne encyclopédique. Seulement, si il fallait une bande-son aux têtes de cortège des manifs, Interstices en serait une très bonne. C'est une version emo de toute la rage et l'ennui exprimés sur Snapchat ou en permanence par les gamin.e.s de cités à qui on ne donne aucune tribune, c'est le "pourquoi" de ces gens vêtues de noir, dans la scène ou dans la rue, c'est pourquoi l'emo n'est pas cette égoïste complainte machiste qu'on tend à découvrir avant tout le reste. C'est Stonehenge Records qui a sorti ce disque, et ce choix prend pour moi tout son sens. Bravo et merci.

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I think you had a guess that I was going to write on this record sometime this year, right? Well yes, because he's sooooo damn cool, because he's important for me and I that I'll don't hide facts : Chaviré is the band that has definitely awakened a political conscience that I hid deep in my heart not to shock people around me (you know, those who say antifascism is terrorism, feminism is nazism, and refugees are stealing our jobs, and fortunately I don't have them anymore on my friendlist), as much with their lyrics as through the conversations I had with each of them. And it's some music that touch me, that makes me wanna live, that evokes all that I see and don't wanna see anymore around me, and who concretely proposes why bad stuff is there, and how to change all that. We can hear a lot of Daïtro's Y influences, we still hear a lot of Belle Epoque like in their demo and I thank them for that (Belle Epoque was my very local band when they were active), these backing vocals that sound like the "Stonehenge Records style" emo (the one that nobody called "screamo" back in the day), there is surely a little of their "non-emo" punk culture that I discover today with their Facebook posts or something, the entire record is much more melodic that what we knew of them so far, perhaps even more inspired by hardcore punk and indie punk than screamo, less raw on the form but still virulent on the bottom. This record is mainly inspired by the boredom of the metropolises, the imprisonment that constitute the gray walls of these gentrified neighborhoods, the paving stones that we throw and which don't even belong to us anymore, these trips which are no longer useful than to feed more Facebook photo albums than to see landscapes. I found there the fire, the subversion, all these various references, which made me love the band at first listening, but in better, from a strictly musical point of view. They already know a lot of things, even though I'm definitely better at writing, so I'm not going too far into what I think of this album at the risk that this passage becomes encyclopedic. But yeah, if a soundtrack were needed to the angriest part of the class war, Interstices would be a very good one. This is an emo version of all the rage and boredom expressed on Snapchat or permanently by the kids of cities who are given no platform to express themselves, it's the "why" of these people dressed all in black, in the scene or in the streets, that's why the emo is not that selfish, not that machist shit we tend to discover before everything else. Stonehenge Records has released this record, and this choice makes perfect sense for me. Congrats and thank you.

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FRAIL HANDS - S/T



CE. DISQUE. DÉFONCE. Y'a pas d'autres mots. C'est absolument tout ce que j'aime au niveau du screamo influencé math-rock. Frail Hands, c'est une parfaite alchimie entre Lord Snow, Mahria, et la période Dark Mountain de Loma Prieta. Ça frappe vite et fort, ça s'enchaîne sans jamais qu'on perde le fil, y'a énormément de mélodies accrocheuses délivrées avec une cadence soutenue, y'a un groove mortel, ça tient en haleine jusqu'au bout. Foncez l'écouter si vous aimez le screamo mais que vous aimez encore plus que ça vous surprenne tout le temps.

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THIS. RECORD. SLAYS. There are no other words. It's absolutely everything I like about screamo-influenced math rock. Frail Hands came out of nowhere and dropped a beast of an album, which is a perfect alchemy between Lord Snow, Mahria, and the Dark Mountain-era Loma Prieta. It hits fast and strong, there's a lot of catchy melodies delivered with a sustained cadence, there's a deadly good groove, it holds our breath to the end. Go listen to them right now if you like screamo but if you like it even more when it surprises you all the time.

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SEEYOUSPACECOWBOY - FASHION STATEMENTS OF THE SOCIALLY AWARE



Si vous traînez sur les internets du screamo, vous savez sûrement qu'un revival du "sasscore" est en cours. Vous savez, ce genre musical rempli de chaos et d’excentricité que symbolisent des groupes comme Daughters, The Blood Brothers, The Plot To Blow Up The Eiffel Tower ou encore An Albatross ? Non, ça ne vous parle toujours pas ? Alors voici de quoi vous instruire avec ce lien. En 2017, un groupe incarne parfaitement ce revival : SeeYouSpaceCowboy. On y retrouve la folie, l'intensité, l'originalité du "sasscore", avec quelques éléments plus actuels, et même de gros riffs bas-du-front. Ah, et la chanteuse est également celle de Flower Taped To Pens et René Descartes, fait des artworks superbes et tient le label Structures//Agony. "Pep Talk From A Nihilist" est l'un de mes morceaux favoris de cette année...

Et au moment où je boucle cet article, le groupe vient de sortir un nouveau single, "Atrocities From A Story Book Perspective", 1m30 de mosh en ceinture blanche.

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If you hang out on the screamo internets, you probably know that a revival of "sasscore" is in progress. You know, that musical genre filled with chaos and eccentricity that bands like DaughtersThe Blood BrothersThe Plot To Blow Up The Eiffel Tower or An Albatross? Still doesn't speak to you? So here's something to discover all this with this link. In 2017, a group perfectly embodies this revival: SeeYouSpaceCowboy. We find the madness, the intensity, the originality of "sasscore", with some more recent elements, and heavy-ass breakdowns. Ah, and the singer is also the one in Flower Taped To Pens and René Descartes, makes superb artworks and holds the label Structures // Agony. "Pep Talk From A Nihilist" is probably one of my favorite songs this year...

And when I'm finishing this article, the band has just released a new single, "Atrocities From A Story Book Perspective", 1m30 of white-belt mosh.

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MARÉE NOIRE - DEMO 2017



La démo de Marée Noire, c'est tout simplement ma démo préférée de l'année, sans discussion possible. Mais genre une ULTRA-BRANLÉE. C'est un pote sur Facebook qui l'a partagé, je connaissais rien d'eux, j'ai écouté, j'ai répété le truc des dizaines de fois depuis et ça s'arrêtera jamais. Du d-beat ravageur, entêtant, ultra vénère qui sonne juste comme un pavé balancé avec un bon élan et beaucoup de patate, c'est avec Fabrice Syndrome 81 / Trashington D.C et Nicolas Amanda Woodward / Exhaustion et un tas d'autres groupes, et c'est fichtrement COOL. 

DÉTRUIRE LA FRANCE, DÉTRUIRE ! DÉTRUIRE LA FRANCE, LA RÉDUIRE EN CENDRES !!!!

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The Marée Noire demo is simply my favorite demo of the year, without any discussion. It's an ULTRA-BANGER. I discovered the tape thanks to a friend on Facebook who shared it, I knew nothing about them, I listened, I repeated the thing dozens of times since and it will never stop. Devastating and angry as fuck D-beat that sounds just like a civil war. it's with Fabrice Syndrome 81 / Trashington D.C at vocals and Nicolas Nicolas Amanda Woodward / Exhaustion and a bunch of other bands on guitars, and yeah, it's damn COOL.

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BLEAKNESS - RUINED TAPE



Et Nicolas Marée Noire, il semble vouloir faire pas mal de musique cette année, car on le retrouve aussi chez Bleakness, un projet qui semble crée il y a quelques années déjà, mais dont le premier disque sort finalement en cette fin d'année : Ruined Tape, c'est 4 titres d'un punk hardcore triste, gris, tendu, à forte connotation post-punk, un truc idéal pour accompagner un trajet en bus pour aller au taff. Quand il pleut hein, bien entendu. Et derrière ces lignes de basse belles comme une averse, on retrouve Phab Chaviré...

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And Nicolas Marée Noire seems to want to do a lot of music this year, because you can also find him in Bleakness, a project that was actually created a few years ago, but whose first record finally comes out at the end of this year: Ruined Tape is 4 tracks of sad, gray, tense hardcore punk, with strong post-punk connotations, an ideal thing to accompany a bus ride to go to work. When it's raining, of course. And behind these bass lines, beautiful like a downpour, you'll find Phab Chaviré...
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YOTSUYA KAIDAN - TOO SAD TO TELL YOU



Le screamo est-européen a quelque chose en plus par rapport à la scène du reste du continent, à mes yeux. Un contexte social qui leur donne un peu plus de raisons et de légitimité d'en jouer, en mon sens... Yotsuya Kaidan ne déroge pas à la règle. Jusqu'ici auteurs d'un screamo aussi mélancolique que chaotique, les ukrainiens ont décidé de faire varier un peu leur musique sur Too Sad To Tell You, un EP coproduit par A Fond D'Cale Prod et Dog Knights Productions. C'est un peu plus mélodique, les vocaux restent identiques, toujours un côté "chaos" dans leurs compositions, on prend encore plus de plaisir à les écouter, et à déprimer sur leur disque... 

"it's stupid to smash against the rocks while jumping over the puddles, in the place where the waves once used to grind the rocks, (faces on our shows, I recall all of you)"

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The East-European screamo scene have something more than bands of the other parts of the continent, while being strongly influenced by early french scene. They have that social context that gives to the local bands a little more reason and legitimacy to be, in my opinion... And Yotsuya Kaidan don't deviate from the rule. So far, authors of a half melancholic / half chaotic catharsis, the Ukrainian band have decided to vary their music a little on Too Sad To Tell You, an EP co-produced by A Fond D'Cale Prod and Dog Knights Productions. It's a bit more melodic, the vocals remain the same, there's always some chaos in their compositions, then we take even more pleasure to listen to them, and to depress on their record...

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SHAKERS - S/T



J'ai reçu ce disque en cadeau avec une commande passée chez I.Corrupt Records. La cover a mal été imprimée, mais qu'importe, ça fera un collector dans le futur haha ! Les Shakers viennent d'Allemagne, et ont sorti cette année un 7" qui a en fait été enregistré en fin d'année 2015. C'est un screamo somme toute classique, mais efficace, avec des plans proches du melodic hardcore. Je les ai vu en live en cette fin d'année, ils ont de chouettes nouveaux morceaux, meilleurs encore que ceux présents sur le 7", avec une petite swedish touch qui m'a forcément énormément plu... Il me tarde de les ré-écouter ! Et de plus, ce sont de chouettes gens...

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I received this record as a gift with an order placed with I.Corrupt Records. The cover was badly printed, but I didn't care, it will be a collector item in the future haha! Shakers are from Germany, and they released this year a 7" EP which was in fact recorded at the end of 2015. It's a classic kind of screamo, but very catchy, with some melodic hardcore inspirations. I saw them live at the end of the year, they have nice new songs, better than those present on the 7 ", with a little swedish touch that I have always liked a lot ... I look forward to listen! And what's more, they are nice people ...

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SUGARTOWN CABARET - S/T

Sans qu'on s'y attende vraiment, les caennais de Sugartown Cabaret ont sorti cette année ce qui s'avère être leur ultime album. J'étais très triste en l'apprenant, j'aurais aimé les voir encore une fois, sachant que je perds la mémoire de la seule fois ou je les ai vu... Ils ont pris leur temps pour composer, ça n'a pas toujours été évident de ce que j'en sais, mais le résultat est là : une évolution subtile, naturelle, mais un son toujours reconnaissable entre mille. Avec cet excellent disque éponyme, un peu plus direct que les précédents, un peu plus "psychédélique" aussi, ils resteront encore pour longtemps l'un des meilleurs groupes de leur genre en France, inventifs, intriguants, habilement distants des postures et des étiquettes. En même temps, quand Marc Euvrie est dans le line-up, est-ce étonnant ?

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Without really letting us expect anything since a long time, Sugartown Cabaret finally released this year what turns out to be their last album ever. I was very sad when I learned it, I would've liked to see them again, knowing that I'm losing memories of the only time I saw them... They took their time to compose that eponymous album, it wasn't always easy to do from what I know, but the result is there: a subtle evolution, natural, but a sound always recognizable, very personal. With this excellent record, a little more direct than the previous ones, a little more "psychedelic" too, they will still remain for a long time one of the best bands of their style in France, inventive, intriguing, skillfully distant from postures and labels. Hey, when Marc Euvrie is in the line-up, it still surprising?

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D'AUTRES TRUCS COOL / OTHERS BANGERS :

Cloakroom - Time Well  /  Un parfait dosage entre country/blues, stoner, emo et shoegaze. Un mélange improbable sur le papier mais très réussi. Un peu comme si This Will Destroy You avaient choisi de faire du True Widow. Un de mes disques favoris cette année... Il mérite beaucoup plus que ces quelques lignes, je m'en veux.

In this record, guys in Cloakroom simply perfected their country / blues, stoner, emo and shoegaze alchemy. An unlikely mix on paper but very successful in the end. It's like This Will Destroy You playing True Widow tunes. One of my favorite records this year... He deserves a lot more words than these few lines, I hate myself.



Marée Noire - S/T  /  Ce qu'on a perdu avec Hérésie, Marée Noire le ressuscite. C'est du screamo profondément mélancolique, aérien, mais avec tout de même des riffs sombres, qui m'ont même parfois fait penser à ce que j'aimais dans le melodic hardcore anglais 2010-2012. Un chouette EP.

What we have lost with Hérésie, Marée Noire have resurrect it. It's deeply melancholic, airy screamo, but with dark, rough riffs, which sometimes even made me think of what I liked in the 2010-2012 UK melodic hardcore. A very nice EP.



Deletär - S/T  /  C'est simple : si tu as aimé le Marée Noire de rance, tu vas forcément adorer ceci. C'est dans la lignée des demo tapes de feu sorties sur la scène hardcore locale, c'est du swedish D-beat worship à fond, c'est aussi puissant et corrosif qu'une douche du vitriol sur la gueule de la société, et du coup forcément : ça tue. LOL.

It's simple: if you liked the french Marée Noire, you'll fall in love with this. It goes straight on the line of banger demo released on the local d-beat / hardcore scene this year, it's a complete and well-executed swedish D-beat worship, it's as powerful and corrosive as a vitriolic shower on the face of society, and yeah, that's a killer tape. LOL.


● Années Zéro - Demo  /  Globalement la même chose que le texte plus haut, mais avec un son légèrement plus catchy avec du phaser sur la basse et de la réverb sur la voix tout partout. Ça casse toujours des têtes et les ricains peuvent être jaloux de ce groupe.

Overall the same thing as the text above, but with a slightly more catchy sound with phaser on bass and reverb all over the vocals. It's always a banger and US punx can easily be jealous of not having this band as a local one.




Foxtails - III  /  Une petite perle screamo, avec une grosse influence jazz, quelques cassures chaotiques, et évidemment ces éternelles mélodies déchirantes. Et avec une petite pique aux internets américains de la scène emo sur la tracklist, la petite nécessité qui fait plaisir dans une période où les mots adressés sont toujours trop piquants (trop edgy diront certain.e.s) dans ces milieux, voire oppressifs.

A very underground screamo gem, with a big jazz influence, some chaotic breaks, and obviously these eternal heart-wrenching melodies. And with a special little word for the American internets of the emo scene in the tracklist, that little necessity that pleases in a period where the words addressed to other people are always too sharp (some will say "too edgy") in these circles, and even oppressive.



Lysistrata - The Thread  /  J'ai mis du temps avant de comprendre la hype, en vrai c'est que j'avais pas envie d'écouter un énième groupe pop-rock issu de chez Rock en Seine et sponsorisé par Ricard et la SNCF, puis je me suis rappelé que Throw Me Off The Bridge est aussi passé par un concours Ricard. Mais en fait, c'est comme Ropoporose : je pense qu'ils sonnent comme des groupes d'emo et de noise malgré eux (ou parce qu'ils jouent du At The Drive-In et du Sonic Youth mieux que les autres), et c'est fabuleux. Une magnifique découverte. Ça m'évoque pas mal La Dispute et Hot Cross au chant, musicalement c'est très riche, ça sonne comme une version emo d'And So I Watch You From Afar. J'aime de plus en plus à chaque écoute. C'est beauuuuu.

It took me a long time to understand the hype around this band in France, in fact it was mostly the fact that I didn't want to listen to another cringey pop-rock "sensation" from fucking Rock-en-Seine festival and sponsored by Ricard and the SNCF, then I remembered that Throw Me Off The Bridge has also gone through a Ricard contest and didn't became a horrible FM pop-folk artist like Ed Sheeran or something. But in fact, it's like Ropoporose: I think they accidentally sound like emo and noise rock bands (or maybe because they play At The Drive-In and Sonic Youth riffs better than others), and it's fabulous. A magnificent discovery. They remind me a lot of The Dispute and Hot Cross at vocals, it's musically very rich, it sounds like an emo version of And So I Watch You From Afar. I like more and more each time I listen. It's beautiful. And hey, they 100% don't give a fuck about all the capitalist brands that give them a stupid ass fake attention, they play big stages for beautiful people and that's all that matters for them.


Ropoporose - Kernel, Foreign Moons  /  Bah du coup, vu que j'en parle juste avant, faut quand même que je développe en quoi ce deuxième album de Ropoporose est si cool. C'est une douzaine de titres tout en douceur et en énergie, un math-rock chaleureux et entraînant, aiguisé par des guitares généreuses, noisy comme il faut. La sacro-sainte scène math-pop japonaise semble enfin avoir trouvé de la concurrence avec ce duo.

Well, because I'm talking about it just before, l have to develop why this second Ropoporose album is so cool. It's a dozen tracks all in softness and energy, a warm and lively math-rock, honed by generous guitars, just a little noisy as it needs to be. The sacrosanct Japanese math-pop scene finally seems to have found some competition with this duo.



Trachimbrod - Leda  /  Il fallait forcément qu'un groupe suédois figure dans mes crushs de l'année. Trachimbrod a sorti cette année un disque très attendu, nommé Leda, et qui valait clairement l'attente... Un très beau disque de screamo quasi-pop, avec des couplets-refrains-couplets, des mélodies efficaces et accrocheuses, un ensemble aussi cathartique que relaxant. Les guitares sont toujours nourries au shoegaze, ce qui permet de mettre en avant le côté chaleureux qui prédomine sur cet album. Si vous aimez le screamo suédois en règle générale, il faut absolument écouter ce disque, et tout simplement se laisser emporter.

It was necessary that a Swedish group figure in my crushes of the year. Trachimbrod has released this year a highly anticipated LP, named Leda, and was clearly worth the wait... A very nice album of what we can probably call pop-screamo (still not a phase, 100% supporting it but PLEASE DON'T THINK OF ANY SCENE RECORD PLEASE THANK YOU), with verse-chorus-verses, catchy and sugar-ish melodies, a cathartic and relaxing blend. The guitars are always fed with shoegaze, which allows to put forward the warm feelings that prevails on this album. If you like Swedish screamo, you absolutely have to listen to this record, and just get carried away.



Bisous.  

dimanche 8 octobre 2017

Massa Nera ont sorti un disque tellement cool qu'il fallait que le blog rescussite pour eux.




● Ça fait des mois que je ne poste plus sur le blog, que je n'arrive plus à écrire. À chaque fois que je tente, c'est le syndrome de la feuille blanche, où j'efface tout parce que je trouve que ça rend pas bien, que ça sonne creux... Peut-être que je tendais à trop intellectualiser mon contenu, à écrire un truc trop conséquent, ou je sais pas. Au final, c'est surtout une grosse procrastination, combinée à quelques peurs et doutes, qui fait que depuis le printemps dernier, c'est le néant par ici, mais tout ça, c'est terminé : je suis de retour, j'en suis content, et j'ai mille choses à vous raconter, mais on va pas se précipiter (enfin on va essayer) et y aller doucement. 

Cette semaine, j'ai découvert le nouvel album de Massa Nera, Los Pensamientos De Una Cara Palida, et j'ai été agréablement surpris par les américains. Ils avaient fait du bruit l'an dernier, avec l'EP will it be enough for you to keep going?. Et avec leur premier LP, le groupe garde les grandes lignes de la musique éthérée et mélodique qu'il dévoilait sur l'EP : des riffs plutôt lumineux qui se développent sur la longueur, des explosions et envolées qui garantissent les frissons, un background très "euro screamo", italien et français surtout, et quelques lignes de chant en espagnol. Mais à cela s'ajoute une atmosphère plus sombre, ça évoque City Of Caterpillar par moments. Les morceaux sont plus longs, le climat est plus pesant, mais on reste toujours sur quelque chose de profondément sensible et mélodique. 

Plus l'on plonge dans ce disque, plus l'on y découvre des détails accrocheurs, parfois déroutants, et parfois géniaux au premier abord: le groove de batterie de la fin aérienne et hypnotique de "Carrying A Coffin", le break jazzy de "Provisional Euphoria", la bombe quasi neo-crust "One.Two.Zero", l'exceptionnel final qu'est l'entièreté de "Waltz! (La Guerra)"... Un disque très riche, haletant, intriguant, qui se dévoile au fur et à mesure des écoutes, et qui passera tout seul en repeat dans votre casque, que vous le vouliez ou non. Je parle en connaissances de cause... J'ai également eu pas mal de fois l'impression d'entendre du Young Mountain sur ce disque, notamment dans le chant, et aussi du Daïtro période Laissez Vivre Les Squelettes dans certains riffs. Il regorge d'ambiances contrastées, d'instants de catharsis foudroyants, plein de petites choses qui capturent notre attention pour ne plus la lâcher.

C'est un très chouette disque, dans l'air du temps, qui en prend le négatif et le poisseux pour en faire un exutoire puissant. C'est sorti chez Zegema Beach Records, Middle-Man Records, Ancient Injury Records, et Dingleberry Records. Et, à ce stade de ce petit papier, je bloque un peu pour dire quelque chose d'autre... Alors, faites-moi confiance. Je prends plaisir à vous recommander ce disque, il a su me toucher, aiguiser ma curiosité et mes sens, me faire réfléchir, et même rêver.

Bisous.




You can read the english translation by clicking on "plus d'infos" ! :)

jeudi 22 juin 2017

"Ça sent la merde dans l'isoloir" : retour sur l'emocrust de rance.



● Cette année, on a encore dû faire façe à une vaste mascarade électorale: deux tours de manège plus vertigineux que jamais, se déroulant dans cette tour de la terreur qu'est le vieux système démocrasseux français. Un édifice brinquebalant, aux murs fissurés, pourris, qui continuent de parquer en son mal-sein des millions de personnes soumises au capital, à l'oligarchie, aux peurs, aux haines. Des personnes qu'on embobine, qu'on force à former l'affront républicain, pour absolument devoir contrer la verrue frontiste qui oui, en est une, mais qu'on peut combattre d'une manière bien moins républicaine. Ouais, je préfère appartenir à une génération ingouvernable que générer un gouvernement. Cette année, nous avons eu le choix entre un parfait roquet du capitalisme dans son état le plus sauvage, et la sorcière des bas-fonds du racisme rance, qui joue avec les colères et les peurs de la classe ouvrière, et fait fantasmer les nazillon.ne.s, les gudard.e.s et les eurosceptiques du continent. 

Mais il y avait un 3ème choix. Celui de l'insoumission. La vraie, pas celle proposée par un machiste opportuniste et arrogant. Mais s'insurger, en (f)rance, c'est forcément être un casseur - une casseuse, un.e « islamo-gauchiste, un.e utopiste ». Faire péter des vitres de grandes enseignes riches à millions, les mêmes qui oppressent leurs employé.e.s et qui réclament à Macron de pouvoir les précariser encore plus, entretenir un rapport de force avec une police de plus en plus violente et légitimée dans ses actes… C'est vu comme un extrême, comme une honte, un obstacle à la sécurité des français. Permettez-moi de placer un petit "lol" à ces suppositions lâches.

Ce climat nauséabond, qui pue la gazeuse et la corruption, pas grand monde se charge de cracher dessus, chez nous, à part via de faibles actions citoyennes encadrées par ces associations lâches sous la complicité et la domination de l'autorité, ou via des chansonnettes disponibles dans le supermarché le plus proche de chez toi. Heureusement, un petit miracle commence à se produire. Vous avez en têtes les textes du screamo français des débuts de Stonehenge Records à la fin de Belle Epoque ? De ces formidables idées et engagements pour changer la politique, les sociétés, abolir le sexisme, le racisme ? Eh bien, lorsque Belle Epoque a disparu, notre scène emo n'a pas vraiment repris le flambeau de l'insurrection et de l'altermondialisme, laissant la flamme se tarir. Il a fallu attendre 8 à 10 ans plus tard pour qu'entre autres Jarod et Chaviré se charge de nourrir le feu. Et en parallèle, une relève à Farewell, Bökanövsky, Who Needs Maps... S'est formée. Oui, à ce petit microcosme encore un peu plus underground et anarchiste que le screamo, il semblerait que certains veulent lui redonner grâce, à un moment où c'est plus essentiel que jamais : messieurs dames, veuillez accueillir sur les cendres du système : Potence, Jeanne et Geraniüm.

Ce qui est chouette avec ces groupes, c'est qu'on y retrouve des "anciens" comme des kids. Et leurs compositions, forcément marquées par l'air du temps, restent également imprégnées de luttes et de combats menés depuis une vingtaine d'années dans la scène emo/hardcore française, Ce qui rend l'ensemble encore plus percutant, nécessaire, et alerte. Chez Potence, c'est ni plus ni moins qu'Aurélien Daïtro au chant. Leur truc, c'est de balancer un crust punk virulent, frontal, avec du grain, de la colère, marqué par un ton triste, des interludes instrumentales et un chant plaintif et écorché qui évoque fortement le screamo, et forcément Daïtro. Potence n'a pas vraiment envie de se marrer, encore moins de vieillir. L'Amour Au Temps De La Peste, l'album sorti sur Bandcamp en Mars dernier, et disponible depuis Mai sur un disque d’un chouette blanc naturel avec deux screenprinted covers au choix, existe déjà depuis l'an dernier... Vous vous rappelez de ma double malchance au Miss The Stars Fest 2016 : les avoir loupés et avoir loupé leur tape ? Bah voilà. L'album était disponible sur cette belle cassette rouge, ainsi que leur merch trop cool, et je suis totalement passé à côté de tout ça. Et ce disque, il fout une mandale énorme, objectivement. Il aurait pu être composé par des gens de mon âge révolté.e.s par ce que le vieux monde leur laisse à subir et à déconstruire, mais il s'agit ici de nos aînés (pas de grand-chose ceci dit, il est vrai), qui ont gardé les idéaux de leur jeunesse. Car dans nos sociétés, après 30 ans, l'éveil et la conscience prennent trop vite un coup dans la tronche...

L'Amour Au Temps De La Peste nous laisse rarement le temps de souffler. Il frappe fort, sec, même si le ton général est plutôt cool avec nos cœurs, il l'est beaucoup moins avec les codes établis, le confort moderne et nos choix de vies, un ensemble dans lequel on est encore beaucoup trop à se complaire. Il questionne sur les choix politiques de nos con-citoyen.ne.s, il te rappelle que depuis fort longtemps, « Ton dieu ne t’entend pas, ton dieu est mort », et il fait le constat de notre propre échec, de notre propre lâcheté : « La stratégie du pire porte enfin ses fruits. Nous voilà sidérés par la violence des monstres que nous avons engendrés. A combattre des monstres, on en devient un soi-même… ». Pendant une bonne demi-heure, on se prend un flot continu de rage, une colère viscérale s'exprimant sans fléchir au travers d'un crust punk qui prend de la densité dans des rythmes catchy et cogneurs, des interludes tendues mais aériennes, plutôt que dans des éternels toukatougouda lancés à toute vitesse, qui sont bien évidemment présents, mais subtilement dosés, pour que les morceaux gagnent en originalité, en intensité, que l'auditeur trouve une accroche, une "beauté" dans ce chaos, dans ces brûlots situationnistes, qu'il soit réceptif aux passages scandés plutôt qu'hurlés. C'est là toute la puissance de ce fameux "emo crust" dans lequel Potence s'illustre à merveille : arriver à glisser une sensibilité accrue, une décharge émotionnelle forte, dans un climat très noir, gras, et sans compromis.



Geraniüm sait également y faire, dans ce registre. Mais eux, ils le font avec un peu plus de metal à l'intérieur, et depuis déjà pas mal de temps. Leur première release date de 2011, un split avec les crust metalleux de Human Compost. Je suis à chaque fois impressionné par leur album éponyme, leur "crust de salon" (le meilleur terme trouvé pour décrire avec ironie la scène neo-crust), un disque aussi sombre qu'entraînant et riche, qui a été pour moi l'un de mes premiers contacts avec le crust punk en général, et qui n'a d'abord pas été un coup de cœur, d'ailleurs... Mais les choses ont changé, et j'ai appris que le growl pouvait être utilisé dans d'autres circonstances que pour des démonstrations de force et de virilisme. Ainsi, après le split avec Finisterre et leur morceau coup-de-poing contre une attitude assez pesante dans le punx qui consiste à poser avec des t-shirts de groupes anarchistes, antifa, RABM... En agissant en totale opposition avec les valeurs de ceux-ci, ils reviennent partager une galette avec Link, avec deux morceaux, "Haters Hate" and "Murder Kings", où des influences black metal viennent largement ponctuer la noirceur et l'agressivité de leur musique... Est-ce parce que Thibault de Paramnesia et de Jeanne a rejoint le groupe à la basse ? Quoiqu’il en soit, Geraniüm prend encore de la masse et une dose de ténèbres en plus, en gardant un esprit frontal et virulent. Je ne les ai encore jamais vu, et il me tarde de le faire un jour...



Et puis il y a Jeanne. Cette surprise beaucoup trop underrated. Cette pépite cachée du screamo français, un groupe actif depuis 3 ans maintenant, qui flirte avec le crust et l'emoviolence. Ça sent fort le screamo US, le désespoir, les émotions hurlées la main dans le dos, sur le bout du fil, un fin de set écroulé au sol. Je pense pouvoir dire sans trop abuser que je suis fan de leur musique. C'est exactement ce qui me parle en ce moment, et c'est accessoirement un groupe du genre dans lequel j’aimerais gueuler (je prends vos candidatures :3). Jeanne ont sorti récemment un disque éponyme bluffant, dans la droite lignée de leur démo, avec un petit voile de secret qui le recouvre : ils ont choisi de ne pas partager les paroles du disque et de ne pas le sortir en physique, pour des raisons inhérentes au line-up qui a enregistré cet album. Et j'avoue que c'est vraiment frustrant... En fait, ils me rappellent un peu ce que faisait Ravin, mais en plus sombre encore. Cet enchaînement de mélodies poignantes et virulentes en même temps, ces riffs en clean et ces arpèges nous guidant avec tendresse et désarroi vers ces explosions rythmiques, ce chaos cathartique.... C'est brut, c'est spontané, c'est piqué à vif, bref c'est le skramz. Je pense que ce S/T va vraiment faire partie d'un de mes albums de l'année. Merci beaucoup les petits gars.



Cette petite scène me donne de l’espoir quant à la vigueur du feu du screamo en France. Que ce soit pour sa valeur émotionnelle, son engagement politique, ou juste l’envie d’en jouer avec force et passion, il prouve que ce que tente tous les groupes récents n’est en rien quelque chose de vain. Il faut tenir bon, il faut garder ce feu aussi nourri qu’il en a ainsi l’air.

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