mercredi 5 septembre 2018

MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW #7



● J'ai eu vraiment trop la flemme d'écrire des MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW jusqu'à maintenant. Alors que j'en ai tellement envie ! Mais j'arrive jamais à trouver le temps, j'arrive plus trop à me caler des moments pour écrire au taff, j'ai perdu le fil, et je procrastine trop. Ça me fait chier, mais me forcer serait pire, mais en même temps, je ne veux pas que vous passiez à côté de ce qui m'a fait vibrer cette année, jusqu'à maintenant. Alors pour l'instant, je fais selon ce que je suis en mesure de faire et mes sursauts de motivation, et cet article se rapproche un peu du bail : voici ma sélection des disques emo/screamo sortis en cette première moitié de 2018 à ne pas manquer, et non-exhaustive car d'autres qui ne sont pas présents sur cette liste ont déjà été évoqués sur mon blog. Prochaine édition avant l'année prochaine ! :D

Let's be honest : I was really too lazy to write MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW stuff until now, even If i wanted to write them so much! But I never found the time for it, I couldn't find time to write at work, and I procrastinate(d) too much. It pisses me off, but forcing me to write would be worse, but at the same time, I don't want you to miss out on all the sick stuff released this year, until now. So for the moment, I'm doing what I'm able to do with the motivation I have at the moment : here is my selection of emo / screamo records released in the first half and summer of 2018 not to miss, an non-exhaustive list because others who are not present on this list have already been mentioned on my blog, and others will follow. Next edition before next year, I swear! :D

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CASSUS - SEPARATION ANXIETY

Avec l'énorme Separation Anxiety, Cassus confirme qu'il est toujours l'un des meilleurs groupes screamo du moment, et reste sur ses fondamentaux : une décharge de rythmes saccadés, rapides, dissonants mais toujours de tristes mais accrocheuses mélodies, dans la droite lignée de groupes comme Orchid ou Ampere, en gardant ce skill et cette virtuosité proche du math-rock que l'on observe pas mal dans la scène anglaise. On pensera à Maths, on pensera aux emo-friendly bands de chez Holy Roar Records… 

Lyricalement, ça traite un peu plus de l'aspect mental, psychologique, que du politique, qui reste cependant fortement présent (et en prenant en compte que nos sociétés capitalistes contribuent grandement à faire grossir les malaises mentaux et sociétaux qui nous dévorent), par exemple à travers "Getting Older Younger" qui dénonce la proéminence des marques et leur importance dans la sociabilisation des jeunes rien qu'à l'école, entre eux, cette mise en compétition subie à l'âge adulte déjà inculquée dans les cours de récré, provoquée et motivé par ces marques, et le système qu'elles nourrissent et développent : créer le besoin par la frustration, la honte, l'obligation, la norme. 

Il y a toujours un chouette zine illustré fourni avec le LP, cette fois-ci moins dans un aspect fanzine traditionnel, illustré par une seule ligne artistique : de l'abstrait et des couleurs. Je trouve ça chouette que ce disque soit ainsi bien distinct de This Is Dead Art […], sans pour autant que ce soit une rupture, mais plutôt une suite. J'aime particulièrement "Being Sick On A Merry-Go-Round" et sa petite intro douce et groovy, un morceau qui se différencie du disque, tout en restant dans son mood général. - "We say how sweet the sound as empty messages play loud, what do you care about? Can't think as these pictures race round".

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With Separation Anxiety, which on my screamo favs of the year so far, Cassus confirms that he is still one of the best screamo bands of the moment, and remains on his fundamentals: a discharge of jerky rhythms, fast, dissonant but always sad but catchy melodies, in the right vein of bands like Orchid or Ampere, keeping this skill and virtuosity close to math-rock that we see quite a lot in the English scene. They remind me of Maths, of  the emo-friendly bands from Holy Roar Records...

Lyrically, it deals a little more with the mental and psychological aspect of life than politics, which nevertheless remains strongly present (and taking into account that our capitalist societies greatly contributes to swelling the mental and societal malaise that devour us), like in "Getting Older Younger" which denounces the prominence of brands and their importance in the socialization of young people at school... This competition that we experience in adulthood, actually inculcated in the playgrounds provoked and motivated by these brands, and the system they nurture and develop: the need created through frustration, shame, obligations, norms.

There is always a beautiful illustrated zine with the LP, this time less under a traditional "punk fanzine" aspect, but illustrated by a single artistic line: abstract and colors. I find it good that this record is made well distinct from This Is Dead Art [...], without it being a pause, but rather a sequel. I particularly like "Being Sick On A Merry-Go-Round" and his sweet and groovy intro, a piece that differs from the disc while remaining in its general mood. - "We say how sweet the sound as empty messages play loud, what do you care about? Can't think as these pictures race round".

 

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RESPIRE - DÉNOUEMENT

Respire ont réussi à refaire avec Dénouement un disque aussi atypique et grandiose que Gravity & Grace. C'est souvent catégorisé screamo, mais il n'en est pas vraiment question dans les faits : c'est avant tout du post-black metal, fortement influencé par l'indie rock, le post-rock, mais effectivement : beaucoup par le screamo. Cette dernière influence se retrouve surtout dans le fort potentiel cathartique des morceaux, dans le mood profondément triste, la spontanéité du chant… On retrouve les cuivres qui ont surpris tout le monde sur le premier disque (oui effectivement, Respire aime American Football), ainsi que les parties orchestrales rappelant pas mal Yndi Halda ou Youth Pictures Of Florence Hendelson, le tout subtilement dosé, avec un ensemble sonnant plus triste encore que le premier album, et même quelques phases n'ayant rien à envier au sludge, comme le final écrasant de "Catacombs". D'autant plus que l'album tourne autour du thème de l'addiction et de la dépression, en résulte des textes très personnels, illustrés par un chant forcément profondément emprunt de ces paroles sombres. Si vous avez aimé le morceau "Eternal Nothing", vous allez adorer Dénouement, qui fera à coup sûr partie de mon top album dans la catégorie post-…

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With Dénouement, Respire have managed to make a record as atypical and grandiose as Gravity & Grace. It's often categorized screamo, but it's not really the case: it's primarily post-black metal, heavily influenced by indie rock, post-rock, AND: a lot by screamo. This last influence is mainly based in the strong cathartic potential of the songs, in the deeply sad mood, the spontaneity of the song... We find again these brasses that surprised everyone on the first record (yes indeed, Respire members listen to American Football), as well than the orchestral parts reminiscent of Yndi Halda or Youth Pictures Of Florence Hendelson, all subtly dosed, and sounding even sadder than the first album, with some parts that would have nothing to envy to sludge metal, as shows the crushing breakdown from "Catacombs". This song, as well as the whole album, revolves around the theme of addiction and depression, resulting in very personal texts, illustrated by a song inevitably deeply borrowed from these dark words. If you liked the song "Eternal Nothing", you'll love Dénouement for sure, which will surely be part of my top album in his category.




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CARSON WELLS - NO RELIC

J'ai pas écrit grand chose sur eux, mais vraiment, ce disque est superbe. Les écossais de Carson Wells ont enregistré avec no relic un disque aussi beau que son artwork signée Andy Hemming. Le tempo se ralentit, mais c'est voulu : c'est un disque de post-hardcore moody, planant, mais en même temps plein de cette tension et de ces guitares qui ressemblent à des étincelles qui crépitent de partout. Ils arrivent à synthétiser leur musique et à l'allonger tout en gardant son intensité, et c'est très fort. Ça ressemble un tout petit plus à du Self Defense Family, en somme. Ce disque est à l'image des personnes qui l'ont composé : plus mature, avec une approche plus "adulte" de la vie, tout en conservant cette insouciance, cette fragilité, cette passion qui les caractérise.

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Well, it looks like I didn't write much about them, but really, this record is superb. The scottish people in Carson Wells recorded with no relic a record as beautiful as his artwork, signed by Andy Hemming. The tempo is slowing down compared to all their previous releases (the single "Same Grave" released last year teased us about this change tho), but it's wanted: it's a really moody and hovering kind of post-hardcore, but at the same time full of this permanent tension and these guitars that look like sparks that crackle everywhere. They manage to synthesize all the strength of their music and to lengthen it while keeping its intensity, and it's very strong. To resume, it sounds a little more like Self Defense Family minus their current post-punk inspirations. This record is in the image of people who have composed it: more mature, with a more "adult" approach to life, while maintaining the carelessness, fragility, passion that characterizes them since the beginning. Thank you all for this gem.




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KID FERAL - LIVE AND LET'S DIE!

Une fois encore, la scène suédoise propose un disque screamo d'une grande qualité, d'autant plus que celui-ci a une certaine résonance à notre époque. Kid, Feral, c'est un groupe originaire de Skövde, une toute petite ville où il n'y a aucun autre groupe de punk hardcore qu'eux. Et au travers de leur groupe, les suédois expriment leurs frustrations, exorcisent l'ennui, se confient et s'éclatent sans tabou, donnant un disque plein de vie et d'urgence, aussi tendu qu'il est amusant. C'est profondément marqué par cet aspect ultra-mélodique qui définit à lui seul le screamo suédois, mais Kid, Feral apporte sa personnalité débridée, où les limites n'existent pas. C'est un peu la version rock'n'roll du screamo, comme une version 2018 de At The Drive-In... Un bonheur à vivre et à ressentir.

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Once again, the Swedish scene offers a screamo record of great quality, especially since it has a certain resonance in our time. They were the last band to play the big stages at Fluff Fest this year, and it was one of the craziest screamo shows I saw until now. Kid, Feral is a band from Skövde, a tiny town where there is no other hardcore punk band than them. And through Kid, Feral, the Swedish cool persons express their frustrations, exorcise boredom, confide and have fun without taboos, giving an album full of life and urgency, as tense as fun. It's deeply marked by this super-melodic aspect which alone defines the Swedish screamo, but Kid, Feral brings their unbridled personality, where the limits don't exist, without leaving their music into nonsense, it's a little rock'n'roll-esque at times but without sounding like Every Time I Die or stuff (yes, they also don't have breakdowns in their songs), maybe as if At The Drive-In went back to their crazier roots and also went heavier...






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Улыбайся Ветру (SMILE TO THE WIND) - Иллюзии (ILLUSIONS)


Voilà l'un des AOTY du screamo, à n'en point douter. Une véritable étoile filante, à l'image de ce que j'adore chez Ravin, de ce qui est frappant et éprouvant chez Ampere, et de ce qui est bluffant et hypnotisant chez Kidcrash : une cascade de riffs, de progressions et de catharsis en même pas 20 minutes, une explosion de virtuosité et de spontanéité. Tout est profondément accrocheur, n'importe quel fan de screamo aimerait se perdre dans ces saccades aussi écorchées que mélodieuses. Illusions est impressionnant à plusieurs titres, et se fait vraiment l'écho de cette screamo russe riche de groupes immensément bons n'hésitant pas à faire perpétuer une scène qui prend tout son sens dans une Russie où il est moralement dangereux, presque illégal, de faire du screamo aujourd'hui, tels que факел (dont le violoniste est très récemment brutalement décédé à l'âge de 23 ans...), Berth, your ad could be here, Materic... Et le groupe qui suit...

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This is one of the screamo AOTYs, no doubt. A real shooting star, like what I love in Ravin sound, what is striking in Ampere, and what is bluffing and mesmerizing in Kidcrash: a cascade of riffs, progressions and catharsis in less than 20 minutes, an explosion of virtuosity and spontaneity. Everything is deeply catchy, any fan of screamo would like to get lost in these scorched but melodious saccades. Illusions is impressive in many ways, and is really echoing this Russian screamo rich of immensely good bands which aren't hesitate to perpetuate a scene that makes sense in a country where it is morally dangerous, almost illegal, to play screamo today (Russian government really wanted to make illegal the "scene" part of emo) such as факел (whose violinist brutally died at 23 this year...), Berth, your ad could be here, Materic... And the band below.



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MINARET - XX

...Et c'est tout simplement une claque, et un peu inattendue. Un pamphlet violent, sombre, impitoyable contre le régime russe post-soviétique, le rêve tsariste de Poutine, son ultra-nationalisme guerrier et meurtrier... Leur musique est aussi noire et violente que la colère qui les rongent contre ce qu'ils dénoncent, eux et toutes les personnes que la Russie oppresse. Un mélange détonnant entre du crust et un screamo chaotique, gras, grinçant, parfois soutenu par des interludes sous forme de samples de chants militaires. Rien de martial ou d'ambigu, juste un brûlot contre les traditions et les règles locales. Imaginez une version encore plus sombre de Portrayal Of Guilt, du screamo de chez React With Protest Records...

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And it's just a banger. A violent, dark, ruthless pamphlet against the post-Soviet Russian system, the Putin's Tsarist dream, his deadly ultra-nationalism... Their music is as black and violent as the anger that gnaws them against what they denounce, them and all the other people that Russia oppresses. An explosive mix between crust and a greasy and chaotic screamo, with interludes in the form of samples of military songs. Nothing martial or ambiguous, just some kind of troll and a real molotov cocktail thrown against local traditions and rules. Imagine an even darker version of Portrayal Of Guilt, of "React With Protest records"-screamo, and there you go.



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ENTZAUBERUNG - DROPS

Quand j'étais petit-e, on m'appelait "Monsieur Météo" : j'adorais donner le temps aux gens, la météorologie me fascinait, même si j'avais une peur panique des orages. Aujourd'hui, ça m'intrigue encore, et j'adore les orages, j'adore sa fugacité, son intensité, la manière qu'elle a de subitement changer le temps, les températures, les humeurs. Ce disque d'Entzauberung, le deuxième de ce projet solo parisien, lie deux de mes obsessions : le ciel et le screamo. Drops est un album de screamo aux frontières de l'emoviolence, influencé par les groupes classiques de la scène, mais avec un background black metal, notamment Deathspell Omega ou Darkspace, même si cela ne s'entend pas (du moins de mon oreille), au vu de l'aspect finalement très mélodique de la musique d'Entzauberung. Les textes tournent tous autour de la thématique des nuages, et de ce thème relativement simple(t), il arrive tout de même à en dégager quelque chose d'assez profond : "Chaque chanson porte le nom d'un type de nuage. Pour se rappeler que les nuages offrent un magnifique spectacle, universel et gratuit, partout dans le monde. Pour se rappeler que pour s'émerveiller il suffit de lever les yeux au ciel. Et que ça ne coûte rien, juste un peu de temps de contemplation" - L., par mail. 

"Cumulonimbus capillatus", en poussant un peu l'analyse des paroles, peut être interprété comme une volonté de s'émanciper, de fuir, cette société qui ne prend plus le temps ne serait-ce que de chercher un peu du regard pour trouver les millions d'occasions de voir du beau en elle, ni d'apprécier les "cent mille nuances onduler", lui préférant "le temps, l'argent"... C'est mon point de vue, c'est peut être un peu plus abstrait et moins pointu que cela. Puis il y a "Fumulus", qui parle plus directement du gris et de l'ennui qui nous entoure. 

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When I was a kid, people called me "Mr. Weather": I loved to give people the weather of the day, meteorology fascinated me, even if I was terribly afraid of storms. Today, it still intrigues me, but in the opposite way, I love them, I love its fleetingness, its intensity, the way it suddenly change time, temperatures, and even people's moods. This Entzauberung LP, the second of this Paris-based solo project, links two of my obsessions: sky and skramz. Drops is flirting with emoviolence, influenced by the classic bands of the scene, but with a black metal background, including Deathspell Omega or Darkspace, even if you can't really heard it (at least in my ears), in view of the finally very melodic aspect of Entzauberung's music. The texts all revolve around the theme of clouds, and this relatively simple theme still manages to reveal something deep enough: "Each song is named after a type of cloud. To remember us that the clouds offers a magnificent spectacle, universal and free, all around the world. To remember us that to be marveled, you just need to raise your eyes to the sky. And that it costs nothing, just a little time of contemplation" - L., by mail.

"Cumulonimbus capillatus", by pushing a little in the analysis of words, can be interpreted as a desire to emancipate themselves, to flee this society that no longer takes the time to even look a little around to find the millions of opportunities to see beauty in her, nor to appreciate the "hundred thousand nuances waving", preferring "time, money" ... That's my point of view, it may be a little more abstract and less pointed than that. Then there's "Fumulus", which speaks more directly of the gray and the boredom that surrounds us.





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PETRUSHKA - RESOLVED EQUATION

Avec ce groupe, on tient potentiellement la forme ultime d'un groupe d'ecossemo, un terme à prendre au même degré que skramz, qui caractérise la scène emo écossaise, crée au sein de cette scène et utilisé volontiers par les protagonistes de ce si doux son. L'ecossemo, c'est beaucoup de post-hardcore, beaucoup de douceur, de mélancolie, de mélodies lumineuses, et avec pas mal de slowcore dedans. Composé de membres de Carson Wells et de Human Hands (ah bah oui je déconnais pas en parlant de "forme ultime d'ecossemo"), ce disque préfigurait sans faire exprès l'orientation musicale de no relic de Carson Wells, tout en gardant son univers propre : un côté plus aérien soutenu par une légère réverb, un chant constamment déclamé, beaucoup de similitudes avec l'emo écorché et aux guitares Neil Young-esque de Human Hands. En vrai, pour que ce groupe soit absolument parfait, il aurait fallu un peu de ces explosions rythmiques et ces saccades qu'on retrouve sur Thread A Northern Path ou chez Kaddish...

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With this band, we potentially have the ultimate form of an ecossemo band, a term to be taken to the same degree as skramz, which characterizes the Scottish emo scene, created within this scene and used willingly by the protagonists of this sweet sound. The ecossemo is basically lots of post-hardcore, a lot of sweetness, melancholy, bright melodies, and with a hint of slowcore in it. Composed of members of Carson Wells and Human Hands (I mean, I don't lie when I'm talking about an "ultimate form of ecossemo"), this record prefigured without intention the musical orientation of no relic by Carson Wells, while keeping his own universe: a more airy side thanks to that slight reverb, constantly declaimed vocals, many similarities with the scorched, Neil Young-esque emo of Human Hands. In fact, to be absolutely perfect, this band would have needed a little of these rhythmic explosions and these jerks that we find on Thread A Northern Path or Kaddish...



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PUNCH ON! - I HAVE NO HISTORY BUT THE LENGTH OF MY BONES

Dans la continuité de ce qui semble pas mal revenir actuellement dans la scène screamo, le duo anglais Punch On! propose avec leur premier album I Have No History But The Length Of My Bones une musique assez percutante, qui sait se faire aérienne quand il le faut pour se donner de la densité sans passer par la case "breakdowns et dissonances à gogo", rappelant par instant les idées de Majority Rule, mais j'y entends aussi un peu de hardcore mélodique à l'anglaise, ce mood assez atypique que produit très bien Grappler par exemple, je vous conseille d'aller (ré-)écouter ce groupe pour vous en faire une idée précise car c'est un peu dur de mettre des mots dessus, en vrai...

Le côté screamo se ressent fortement dans la spontanéité d’exécution, le côté un peu cru du songwriting et de la production. J'ai beaucoup aimé le mélange concret des 2 univers, je cherchais souvent un véritable crossover des 2 styles, et Punch On! semble taper dans le mille. Et en plus, ils ont du merch assez exceptionnel : des patchs à coudre avec des flammes en guise de pattern...

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In the continuity of what seems to come back now in screamo scene, the English duo Punch On! proposes with their first album I Have No History But The Length Of My Bones a pretty percussive music, which knows how to be aerial when it's necessary, to gain density without dropping breakdowns and dissonances everywhere, recalling some of Majority Rule ideas, but I also hear a bit of English melodic hardcore, this atypical mood that Grappler produced very well for example, I advise you to go (re)listen to this band to make you a precise idea, because it's a little hard to put words on it to be honest...

The screamo side is strongly present in the spontaneity of the whole, the raw side of songwriting and production. I really liked the concrete mix of the 2 universes, I often looked for a true crossover of these 2 music genres, and Punch On! seems to hit the nail. And besides, they have some quite incredible merch: patches with flames as pattern...


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FIDDLEHEAD - SPRINGTIME AND BLIND

Il m'était impossible de ne pas évoquer ce disque. Ce groupe existe depuis déjà 4 ans, ils ont sorti en Octobre 2014 un superbe EP nommé Out Of The Bloom dans une assez grande confidentialité, et pourtant c'est quand même Lockin' Out Records qui l'a sorti, mais leur popularité a littéralement explosé avec leur premier LP, Springtime And Blind. Chacun de leurs concerts sont quasi sold-out, leur merch l'est tout le temps, et leur popularité grimpe sans cesse. Il faut dire qu'un relais comme Run For Cover Records est assez précieux. Mais c'est tout de même marrant que la hype ne prenne que maintenant, car dans ce groupe, il y a le bassiste de Youth Funeral, le guitariste de Basement, et le batteur de Have Heart, ainsi que l'illustre Pat Flynn, surtout connu pour être le chanteur du culte groupe melodic hardcore, mais qui collectionne les chouettes side-projects. Et ce premier disque est essentiellement influencé par la mort du père de Pat, un événement qui l'a profondément bouleversé. C'est frappant à l'écoute des morceaux, de toute cette passion et ces émotions qui en découlent, au travers de textes simples mais qui décrivent avec précision la solitude que ressent Pat, il parait vraiment déboussolé par cette perte. Et forcément, cela touche chaque personne qui vient à devoir endurer la perte d'un père (lorsque la relation parent - enfant est au beau fixe...). Ces morceaux sont ultra efficaces, ils se mémorisent facilement, les mélodies sont irrésistibles, ils nous parcourent l'échine et nous donnent les frissons presque instantanément. Leur musique me rappellent Title Fight période Floral Green, tout ce qu'on aime en termes de post-hardcore moody et chaleureux chez Dischord Records, pensez à Lungfish entre autres... D'ailleurs, même en étant étranger-e à cette scène 90's post-HxC et que vous êtes juste fans de Basement, il me semble que la sève musicale de ce qui compose Colourmeinkindness nourrit aussi Springtime And Blind et que vous ressentirez cela...

Cette honnêteté, cette simplicité, donnent un disque avec des éléments qui ressemble à plein de trucs en soi mais qui mis bout-à-bout, forment un ensemble bien atypique, qu'on reconnaît entre mille, un album poignant sans abuser sur le terme : vous en serez convaincu-e rien qu'en écoutant les mots empreins d'amour de Pat. J'aimerais avoir la chance de vivre un tel amour, une telle relation, avec mon père...

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It was impossible for me not to mention this record. This group has existed for 4 years, they released in October 2014 a great EP called Out Of The Bloom in a fairly great confidentiality, even if it's Lockin' Out Records who released it, but their popularity has literally exploded with their first LP, Springtime And Blind. Each of their shows are almost sold-out, their merch is sold out all the time as well, and their popularity keeps climbing. It must be said that a relay like Run For Cover Records is quite valuable. But it's weird for me that the hype takes only now, because in this band, there's the bassist of Youth Funeral, guitarist of Basement, and the drummer of Have Heart, as well as the illustrious Pat Flynn, best known for being the singer of the almighty melodic hardcore band which is collecting the cool side-projects. And this first full-length is essentially influenced by the death of Pat's father, an event that deeply upset him. It's a striking experience to listen to these songs, all the passion and emotions that flow from them, through simple texts that accurately describe the loneliness felt by Pat, he seems really disoriented by this loss. And inevitably, it affects every person who has to endure the loss of a father (when the parent / child relationship is good...). These songs are super catchy, they are easy to memorize, the melodies are irresistible, they scour our spine and give us chills almost instantly. Their music reminds me of Floral Green-era Title Fight, all we like in terms of moody and warm post-hardcore à-la Dischord Records, specifically Lungfish... By the way, even being stranger to this 90's post-HxC scene and just being a Basement fan, it seems to me that the musical sap of what makes Colourmeinkindness also feeds Springtime And Blind and that you'll feel that...

This honesty, this simplicity, give an album with elements that looks like a lot of stuff in itself but put end-to-end, form a very atypical set that we'll recognize among a thousand, a strong album without abusing the term. You'll be convinced just by listening to Pat's words, full of love and despair. I would love to have the chance to live that kind of relationship with my father...


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E U X - ET LES AUTRES

Ah bah, quand on tease un disque en le comparant entres autres à Daïtro, Birds In Row, Time To Burn et Mihai Edrisch, il m'en faut pas beaucoup plus pour me rendre impatient-e. D'autant plus quand on se présente comme un groupe de screamo parisien. E U X est apparu sur les internets tout d'abord avec beaucoup de discrétion, ce duo n'ayant pas un skramz network très étendu... Jusqu'à ce que je tombe sur la publication d'un ami qui parlait de leur musique, leurs influs... Et le plus frustrant, c'est que sur leur page Bandcamp, il n'y a aucun morceau entier en écoute, mais des extraits de près d'une minute de chaque morceau. Un teasing cruel, mais qui visiblement laisse tout le monde sur le cul, moi avec : effectivement, on retrouve une grosse influence Daïtro dans le chant, du Birds In Row dans les compos et aussi ce truc très français early 2000's de faire du screamo mais avec des influs noise rock et post-metal.

Ah oui parce que devinez quoi ? J'ai eu l'énorme chance de pouvoir écouter Et les autres en entier, et il est plutôt à la hauteur de la hype. Les passages instrumentaux sont plus nombreux que les passages hurlés, l'intensité du chant est constante et ne fléchit jamais, les compos sont pleines de petites surprises ça et là. Les textes abordent le sujet du deuil, du manque, mais aussi du courage, un courage exprimé avec une remarquable force. J'ai hâte que vous puissiez tou-te-s découvrir ce disque, qui devrait sortir, au moins au format numérique, avant Décembre comme initialement prévu... :)

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Oh, when you tease a record comparing it to Daïtro, Birds In Row, Time To Burn and Mihai Edrisch, you don't need much more to make me impatient. Especially when you present yourself as a Parisian screamo band. E U X appeared on the internets first of all with a lot of discretion, this duo not having lots of skramz connections... Until I came across the publication of a friend who spoke about their music, their influences... And the most frustrating thing is that on their Bandcamp page, there is no entire songs, but extracts of almost a minute from each tracks. A cruel teasing, but that already leaves everyone speechless, me included: the Daïtro influence is really perceptible in the vocals, the Birds In Row ones in the compositions and also this very frenchy early-2000's thing to make screamo but with noise rock and post-metal influences.

Ah yes, because guess what? I had the enormous chance to be able to listen to Et les autres in full, and it's rather at the height of the hype. There's more instrumental passages than shouted ones, the intensity of the vocals is constant and never falters, the compositions are full of small surprises here and there. The texts address the subject of mourning, lack, but also courage, expressed with remarkable strength. I can't wait for you to discover this record, which should be released, at least in digital format, before December, as it was originally planned...



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ALTRAÜMA - MANUAL DE SUPERVIVENCIA

Ça fait super longtemps que je devais vous parler de Altraüma, j'avais commencé à écrire sur eux, puis j'ai jamais terminé... Je me déteste quand les choses se passent ainsi haha ! Mais j'ai l'occasion de me rattraper et d'enfin vous parler de ce jeune groupe espagnol, que j'ai eu la chance de rencontrer en vrai au Fluff Fest cette année, et ce sont des personnes adorables, qui m'ont fait rougir en m'évoquant l'intérêt qu'ils portent à mon blog ! :')

Sur Manual De Supervivencia, j'entends plein de choses qui me rappellent l'emo/screamo early 90's, que ce soit dans les riffs comme dans les intentions ("Cincuenta focas y nadie va a cazarlas" en est un chouette exemple), avec ce petit quelque chose de post-punk qui donne du relief et de l'air à ces compositions chargées en émotions brutes, on est pas dans la surenchère d'ambiances ou de technicité, ça va droit à l'essentiel, même si quelques parties de guitares en finger-picking viennent apporter une petite touche de légèreté. J'entends une vibe Rites Of Spring sur "La voluntad de sobrevivir decide", et on arrive même à vouloir danser sur "Mermelada del cubo de basuras" et son beat de batterie presque disco, et je trouve ça hyper cool. On apprécie pleinement ce disque après plusieurs écoutes, après avoir décelé tout les petits détails qui le parsème. Il m'a semblé très consistant, il dure 35 minutes mais paraît en durer plus encore... Ce qui n'est pas de trop : on se laisse plutôt facilement convaincre, dès lors que les mélodies et les rythmes de ce disque nous parlent.

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I needed to tell you about Altraüma since a very long time: actually I started to write about them, then never finished... I hate myself when things go that way haha! But I now have the opportunity to repent, and finally share my thoughts about this young Spanish band, that I had the chance to meet in real life at Fluff this year, they are adorable people, which makes me blush, by evoking the interest they have in my blog! :')

On Manual De Supervivencia, I hear many elements that remind me of early 90's emo / screamo, whether in riffs as in intentions ("Cincuenta focas y nadie va a cazarlas" is a nice synthesis of that), with this little post-punk vibe that gives relief and air to these compositions loaded with raw emotions, we are not surrounded by huge atmospheres or technicality, it goes straight to the point, even if some finger-picking guitar parts bring a touch of lightness to the whole. I  also hear a Rites Of Spring vibe on "The voluntad de sobrevivir decides", and we can even manage to dance on "Mermelada del cubo de basuras" and its almost disco drum beat, and I find it super cool. We fully appreciate this record after several plays, after discovering all the little details that sprinkles it. It seems very consistent, it lasts 35 minutes but seems to last more... What is not too much: you'll be rather easily convinced if the melodies and rhythms of this record speak to y'all.


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BEWILDER - EVERYTHING UP TO NOW

On a tou-te-s ce moment en solitaire où l'on revient sur le roster de Count Your Lucky Stars Records, où l'on se remet à dodeliner sur ce qui nous faisait vibrer (et pleurer) y'a 5, voire 10 ans, ces fameux groupes de midwest emo comme Joie De Vivre ou Empire! Empire! (I Was A Lonely Estate)... Eh bien ce genre de son, il survit (heureusement) aujourd'hui, et Bewilder en est l'une des incarnations. Mais leur truc à eux, c'est d'y ajouter des influences shoegaze (des vraies, pas juste du gros fuzz pour dire qu'on aime les années 90 et s'assurer une place chez Run For Cover), et ça rend le truc encore plus envoûtant, plus beau et encore plus triste aussi. Everything Up To Know parle de grandir, de vieillir, de tout le lot de solitude, de désillusions que cela apporte, et de la nostalgie de l'enfance.  Des trucs d'emos qui prennent de l'âge, bah ça tombe dans le mille perso car j'ai eu 26 ans une quinzaine de jours après avoir fini cet article, même si ça me fait moins peur désormais, en vrai. 

Ces 6 titres sont chouettes, mais ça s'écoute pas à la légère, réservez-le pour un certain mood, genre quand il fait super beau et que vous êtes seul-e avec vous-même, ou si vous êtes chez vous à chiller et que vous êtes nostalgique. C'est sorti au format cassette chez strictly no capital letters, un label qui sait trouver des petites perles d'emo tout doux qui nous font tout le temps pleurer.

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We all have this moment alone when we go back on the Count Your Lucky Stars Records roster, where we start to nod on what touches us (and made us cry) like 5 or 10 years ago, these famous midwest emo bands like Joie De Vivre or Empire! Empire! (I Was A Lonely Estate)... Well, that kind of sound thankfully survived to the war against emotive twinkly music on the skramzternets, and to some labels that made midwest emo kind of a bigger deal (and which fed the fire against the twinklz), and Bewilder is one of the incarnations of this underground resistance. Their secret recipe is to add shoegaze influences (real ones, not just some big fuzz to say "yeah we love the 90s and make sure to get signed by Run For Cover man") to their intimate, warm and ver delicate sound, what makes their sound even more captivating, more beautiful, and even sadder. Everything Up To Know talks about growing up, getting older, the whole lot of loneliness and disillusionment it brings, and the nostalgia for childhood. Basically grown-ups-emos stuff, but you know, it hits me right in the feels because I had 26 a month after finishing this article, even if it's less scary for me now to get older. 

These 6 songs are great, but it's not something to listen like easy-listening stuff, keep them for a certain mood, like when it's really nice outside and you're alone with yourself, or if you're at home chilling and that you are nostalgic. It came out in cassette format through strictly no capital letters, a label that knows how to find sweet little emo game that make us cry all the time and make skramz elitists lie about the twinkle thing.

dimanche 19 août 2018

Avec "We Already Lost The World", Birds in Row se surpasse encore et joue enfin du blues.



 C'est toujours une occasion un peu spéciale, d'écrire sur un disque de Birds In Row, pour peu que l'on soit intéressé-e, ou carrément passionné-e par le groupe. À titre personnel, c'est en tout cas un réel plaisir, beaucoup d'entre vous savent à quel point ce groupe m'a marqué et continue de le faire, et pour celleux qui ne le savent pas, je suis tout simplement entrain de vous parler d'un de mes groupes favoris... Depuis le tout début, depuis Rise Of The Phoenix, les lavallois ne cesse de maintenir vivante cette flamme nourrie par tant de sentiments de rage, de frustrations, de catharsis, de souvenirs exorcisés, la même qui anime tout un pan de la génération actuelle des hardcore kids français-es. Chacune de leurs sorties est toujours reçue avec beaucoup d'enthousiasme et suscite beaucoup d'impatience, et ce d'ailleurs bien au-delà de la (f)rance : c'est jusqu'à présent le seul groupe français signé chez Deathwish Inc., le label des mentors musicaux de Birds In Row que sont, entre autres, Converge et Modern Life Is War. Et nous, les enfants de l'emo/hardcore français, une scène redevenue un peu isolée et pârfois egocentrée, on a l'impression de s'identifier un peu à ces personnes, qui viennent d'une ville à priori un peu fatiguée et fatiguante, où pas grand chose ne se passe pour la jeunesse et pour ce qui sort du cadre "normie" de la société, hormis via ce microcosme qui pourtant compte tellement dans le paysage du hardcore français , où gravit(ai)ent As We Draw, Throw Me Off The Bridge, The Brutal Deceiver, WAITC, Discorde et Throatruiner Records, et qui via le biais de la musique, s'en échappent et parviennent à voyager, ou plutôt à fuir sur la route, en nous embarquant avec eux au passage avec leurs textes, avec leurs lives... Tout cela simplement pour vivre un peu plus fort et un peu mieux, sans passer par le schéma classique de "réussir sa vie" et sans sans se perdre dans le tourbillon de l'ennui, d'une routine assassine.

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis You, Me, And The Violence, leur premier album qui les aura révélé à la face de la scène hardcore, et encore plus depuis Cottbus, leur disque-phare pour les plus initié-e-s... Et pourtant, ces disques n'ont pas pris une seule ride. À chaque écoute, c'est la même claque, la même dose de passion et d'urgence qui explose à la figure, des rafales qui viennent nous couper le souffle, les années qui passent ne les rendant au final que plus forts et cohérent encore, tant sur le discours que sur la musique (on pensera par exemple à "Die, Testosterone, Die!" sur Rise Of The Phoenix...). Et ce chemin, il fût parsemé d’embûches, et pour être tout à fait précis-e sans rentrer dans les détails, le groupe a bien failli splitter sur la route (vous vous souvenez de ce post éphémère sur la page Facebook du groupe ?)... Mais le line-up a évolué en conséquence, et il semblerait que ces évènements les ont aidé et amené à aller toujours plus loin dans ce qui ressemble à un absolu musical, donnant entre autres ces énormes dymanites musicales que sont Personal War et le split avec WAITC. Des disques composés dans la douleur, le besoin de se vider de certains poids, mais qui n'ont curieusement pas reçus tout le background qu'on aurait pu attendre de ces morceaux. D'ailleurs, j'ai toujours pensé que Personal War était un album, mais au final il semble être considéré comme un EP...




We Already Lost The World a été composé et enregistré assez rapidement, me semble-t'il, au studio tout neuf de Amaury Sauvé, "The Apiary". Amaury est d'ailleurs toujours à la production sur ce disque. Pourquoi changer alors que ça marche si bien jusque là ? Puis, Amaury et les Birds In Row se connaissent tellement bien, sous plusieurs points, que ça facilite forcément le boulot ensemble. Ainsi, on pouvait se douter que cette release n'allait pas nous dérouter, même si naturellement, on pouvait deviner légitimement une évolution. Pendant un an, ils ont teasé cet album en jouant d'abord "Love Is Political" sur chacun de leurs lives. Et ce morceau a globalement reçu un très bon accueil. Ça ne sonnait pas encore trop éloigné de ce qu'ils ont composé jusque là, hormis cette ligne de basse super groovy qui ponctue le morceau. Mais "15-38", le second morceau annonçant l'album, a surpris tout le monde : du chant clair, un tempo beaucoup plus posé, des chœurs... Mais ce morceau sonne vraiment naturel, venant de Birds In Row. Est-ce surprenant de les entendre jouer quelque chose qui ressemble à du blues, quand on sait que Bart et Quentin en sont de bons auditeurs, et alors que cette influence se laissant très facilement deviner auparavant sur des titres comme "Last Last Chance" ? We Already Lost The World, c'est du grand Birds In Row avec une certaine retenue, un songwriting plus poussé, mais avec la même intensité, la même fougue. Avec peut-être des influences plus assumées ?

Certains parlent de post-punk pour décrire ce disque sur les différentes distros, personnellement je n'ai pas l'impression d'en entendre, j'ai plus l'impression d'y retrouver des idées héritées d'une frange plus large du punk hardcore, du post-rock, et même du screamo de manière très concrète (les géniales "Fossils" et "I Don't Dance"...), qui ne sont pas sans rappeler quelques sons de Loma Prieta voire d'Ampere. Birds In Row est souvent catégorisé en tant que groupe de screamo, mais dans les faits leur musique va bien au-delà de cela. En fait, c'est dur de les catégoriser, un peu plus encore aujourd'hui, et c'est plutôt cool. Ceci dit, je ne dirais pas non à quelques petites influs late Ceremony par-ci par-là dans le futur, ça leur irait plutôt bien !

Au niveau des paroles, on est toujours face à une balance entre la douleur, l'amour, nos routines, les barrières que l'on se pose parfois face à nous-même, et l'aspect plus politique de notre quotidien, alors que l'amour de chacun-e peut être une barrière solide contre ces politicien-ne-s, ces lois, ces normes sociétales et ces lobbys qui oppressent toujours plus de personnes dans notre monde. D'où le raisonnement de "Love Is Political" : "Love is defiance / defiance is necessary / love is disobedience / love is political". Même si ce raisonnement peut aussi prêter à débat, car l'amour n'est pas forcément une solution pour faire réfléchir un-e facho qui se pointe en face de toi pour te faire la peau si tu es racisé-e, antifasciste ou que tu es LGBTQIA+... L'amour est une clé, mais ce n'est pas l'absolu. Mais je suis tout à fait d'accord sur le fait que dans nos sociétés de plus en plus populistes, égocentriques et où la peur de l'autre est criante, l'amour est en effet une défiance. Bah ouais, on se fait bien moquer facilement quand on se situe politiquement à gauche en ce moment...


Miss The Stars Fest, Berlin, à la fin du set de Birds In Row, Mai 2018.

Dès le premier morceau, on se prend des punchlines relatable en plein dans le coeur, avec "We Count So We Don't Have To Listen", qui nous plonge relativement bien dans le mood du disque, dans ce qu'il nous réserve ensuite. L'un des énormes moments "frissons" de ce disque réside définitivement dans "We Vs. Us", un titre qui commence tout en délicatesse, avec ce fort accent bluesy que j'attendais tant sur un disque de BiR, avant de lentement monter en adrénaline, et cette explosion finale qui fera partie des nombreuses parties sing-along qui ponctueront les futurs concerts du groupe, avec son anthémique "I'm just sick of them all, and we can't be more". L'enchaînement avec "Remember Us Better Than We Are" est assez incroyable, avec ce même type de montée d'adrénaline, où Bart et Quentin hurlent plus fort que jamais. Mais genre, comment est-ce possible d'aller plus loin encore que ce qu'ils ont fait jusque là ?

"I Don't Dance", avec son superbe clip où un danseur et une danseuse mettent magistralement en scène les paroles du morceau, nous renvoie aux influences screamo du groupe, un peu aussi à ce qu'ils proposaient avec "O'Dear", à en juger les petites saccades et ce catharsis qui ne fait que s'amplifier à partir de 1:30. Des influs screamo qu'on va retrouver à fond sur le dernier titre du disque, l'époustouflant et presque éprouvant "Fossils", qui se scinde en deux entre un skramz virulent et soudainement, une accalmie beaucoup plus planante et posée...




- "Always lost at sea, bottles drifting in waters.
Love's still love when lone men sing.
It clings to hearts that drugs can't ease.
I'll wait. It's not the partner, it's the dance I fear."

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Le vrai tube de ce disque, c'est tout de même "15-38", celui qui raconte le mieux et de la manière la plus "accessible" cet album, avec toute la finesse qu'a ajouté le groupe à la puissance rugueuse de sa musique, tout en y dévoilant subtilement cette sève virulente. En le découvrant pour la toute première fois, je dois admettre que j'étais un chouïa douteux. Je ne savais pas si j'allais vraiment accrocher à un disque qui sonnerait entièrement comme ce morceau. Mais au final il n'en est rien, il s'agit juste d'une accalmie dans la tourmente, qui y a au final toute sa place, et j'adore ce morceau.



Hey, et n'y aurait-il pas un petit feeling des groupes de la "Wave" sur le titre "Morning" ? Ce côté narratif dans le chant qui ressemble fort à celui de Jeremy Touché Amoré ou Jordan La Dispute ? Même dans la construction du morceau, même si rien que sur les 30 premières secondes c'est quand même vachement plus technique, je trouve que ce côté mélodieux et groovy leur ressemble pas mal, notamment le La Dispute période Somewhere At The Bottom [...]...

Voilà, encore une sortie de ce groupe qui, pour être tout-à-fait clair-e, en a mis plus d'un-e et moi inclus-e sur le cul. Encore plein de titres qui touchent en plein coeur, que ce soit par les propos que par la simple décharge émotionnelle surpuissante que contient chaque morceau. Récemment, le groupe a (enfin) fait un Audiotree Live Session pour 6 morceaux (j'ai d'ailleurs réussi à voir le direct sur mon tel dans un bus Paris > Prague qui me broyait les fesses mais m'emmenait au Fluff Fest), et n'ayant encore jamais vu le groupe jouer 4 des 6 morceaux interprétés, je peux confirmer qu'ils ont réussi à les interpréter avec ENCORE PLUS de passion et de force que les morceaux studios. C'était vraiment trop beau, à l'exception de l'écho un peu chelou qui a gâché la fin de "15-38" hahaha. Je pense vraiment que la NASA devrait songer à donner à un astre solaire en phase de supernova le nom de ce groupe...

Ah ouais, et merci à tout les trois, du fond du coeur, encore une fois. 

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mardi 10 juillet 2018

[REPORT] • Respire x LOVE/LUST x Yotsuya Kaidan x Untitled With Drums @ Montreuil, La Comédia Michelet, 27/06/2018


Artwork par Ny Omena.


La chaleur commençait à devenir écrasante, sous ce soleil de plomb, en banlieue parisienne, en cette fin Juin, pourtant très attendue après ces mois de mauvais temps. Aller voir des concerts dans cette situation peut relever du défi, mais c'est quand même vachement agréable de s'y pointer dans une ambiance "vacances" et avec son plus beau short. La plupart des shorts étaient noirs ce soir, pour concorder avec l'ambiance musicale de ce concert : du black metal et du screamo étaient au programme à La Comédia Michelet (Montreuil), un bar-concert aux idéaux punk DIY parmi les derniers du genre en banlieue parisienne, là où la gentrification et la soit-disante "sécurité" n'ont pas encore eu raison de ces lieux où la culture alternative brille encore de mille feux. Respire, LOVE/LUST, Yotsuya Kaidan et Untitled With Drums constituaient le line-up riche et varié de cette soirée, des noms que bien peu de gens connaissent à Paris, mais une trentaine de personnes se sont quand même déplacées par curiosité, où parce qu'effectivement, elles connaissaient les groupes... En effet, le screamo n'est pas totalement mort à Paris, et on sait tou-te-s la détermination des fans de BM pour chercher à découvrir des groupes underground et dénicher des perles : je pense que cette soirée ne les aura pas déçu-e-s.

C'est le groupe de Clermont-Ferrand, Untitled With Drums, qui a ouvert la soirée, quasi dans les temps. Ils ne proposent pas de blast beats et de déluge sonore, mais plutôt quelque chose de beaucoup plus traînant et... Moite ? C'était raccord avec le temps. Il y avait un quelque chose de "stoner" dans leur musique, ce côté "musique du désert", tout en ne sonnant pas comme un truc à écouter en Mustang sur la Route 66 mais bien comme quelque chose de profondément hypnotisant. Ça m'a un peu rappelé Cloakroom, dans l'idée. Beaucoup de nouveaux morceaux ont été joués, et on fait forte impression devant une audience qui découvrait dans son ensemble le groupe français. Ça jouait fort, avec attention, sans trop d'interactions et sont plutôt concentrés sur scène. Une manière de nous mettre dans le bain, avec la même chaleur que dehors, à peu de choses près...


Le contraste avec le groupe suivant, Yotsuya Kaidan, était quelque peu violent. D'entrée de jeu, le chanteur a pris possession de la petite "fosse" (soit les 2 mètres à tout casser qui sépare la scène du mur d'en face), s'accaparant tout l'espace, aux risques et périls des personnes qui tentaient de filmer un morceau de leur set. Ils nous présentaient plusieurs titres de leur nouvel album, Baby Comet, à l'univers musical plus riche que leurs précédentes releases profondément ancrées dans le screamo. Il y a plus de chant, plus de mélodies, plus d'idées dans leurs compos. Les ukrainiens ont sacrément bien défendus leurs morceaux, les jouant quasi sans interruption sauf celle "de rigueur" pour se présenter et dire qu'ils ont du merch, C'était assez captivant, mais assez frustrant aussi car on pouvait avoir l'impression que l'espace du chanteur était SON espace, et pourtant il nous encourageait à nous approcher d'eux... Mais au final, on a tou-te-s été conquis-es par leur prestation puissante, rapide et furieuse, à l'image de beaucoup de groupes d'emo de l'Europe de l'Est, une scène qui prend tout son sens vu le climat social dans les pays post-soviétiques.



C'est LOVE/LUST qui allait leur succéder, pour lancer la partie black metal de la soirée. Ils viennent d'Allemagne, et incarnent ce renouveau de la scène RABM, soit "Red and Anarchist Black Metal", et qui connaît un regain d'activité depuis quelques années, et en réaction à la montée en flèche des populismes et du fascisme dans le metal. De plus en plus de métalleux.euses politisent leur musique à gauche, où se revendiquent comme tel, pour bien faire la distinction avec ce gros pan de la scène black metal où le nationalisme et les références guerrières, nazies, ou aux génocides sont monnaie courante. LOVE/LUST affiche clairement ses idéaux sur de chouettes stickers présents au merch, avec des logos prônant l'anarchie et l'égalité, ainsi qu'un évident "FUCK NSBM". Pendant trois-quarts d'heure, on a fait face à un bloc monolithique d'un blackgaze écrasant, éthéré mais noir, soutenu par d'épaisses couches de fumée, sans pause et sans prise de paroles, et ce malgré quelques problèmes techniques qu'a rencontré l'un de leurs guitaristes. On entendait pas bien le chant, et c'est dommage car il fait partie intégrante de leur univers et joue beaucoup dans la puissance de leur musique.



Ce fût une parfaite entrée en matière pour le clou du spectacle : les canadien-ne-s de Respire. Venu-e-s de Toronto, Respire joue ce que j'ai coutume d'appeler "une interprétation black metal d'un thème pour un film de Hayao Miyazaki". C'est très orchestral, profondément cimématographique, avec une grande sensibilité. Mais ils s'inspirent également de pointures de l'indie-rock, tels que Broken Social Scene ou American Football, du post-rock de Yndi Halda, ou du screamo de City Of Caterpillar. Ce melting-pot d'iinfluences forment une entité magnifique grâce à ces musicien-ne-s qui maîtrisent parfaitement leur sujet, qui éblouissent aussi bien les emopunx que les auditeurs de black metal depuis la sortie de leur premier album, Gravity & Grace. Iels venaient présenter à Montreuil les morceaux de leur 2ème album alors fraîchement sorti, Dénouement, composé dans la douleur et le tourment, tournant autour de l'addiction, de la dépression, de la solitude.

Des sujets très sensibles, exprimés avec passion dans leur musique, ce qu'on a clairement ressenti lors de leur prestation pleine de bienveillance et de chaleur humaine, comme en dehors : les personnes qui constituent Respire sont toutes très accessibles et n'hésitent pas à partager du temps avec les personnes venues les voir jouer. C'est chouette d'avoir ce rapport humain quelque peu naturel, de faire sauter ces barrières "spectateur.trice/artiste" encore trop souvent posées. Et sans grande surprise, on a passé un très bon moment durant leur set, où leur musique (se) vit plus encore que sur disque, aussi bien pour le groupe que pour nous, en l'écoutant au casque. Et pour l'occasion de leur tournée européenne, un trompettiste s'est joint à elleux, ce qui rendait ce live d'autant plus atypique.



Ce genre de concert est précieux. Il remet en question notre rapport à la musique, le sens qu'on lui donne. On s'y sentait bien, on pouvait très facilement s'y sentir safe. Il en faudrait tout le temps, en fait. Des soirées où il n'est pas juste question de jouer de la musique, mais de la vivre intensément. Ce sentiment-là, je l'ai souvent aux concerts qu'organisent El Mariachi. Vivement le prochain. Et vive La Comédia !