jeudi 25 février 2016

Les nouvelles de la (f)rance.



L'été dernier, à défaut d'avoir pu partir en vacances de la vie, je vous avais parlé de quelques groupes qui commençaient à apporter un souffle nouveau à l'emo jeu français: les crusts à chat de Potence, les sudistes à fleur de peau de Ravin, la rage flamboyante de Another Five Minutes, et la bamboule skramz de Cyclamen (bamboule car Florian est un grand farceur derrière le musicien torturé qu'il est). Ce qui formait un carré gagnant, en plus de la démo de Chaviré qui continue aujourd'hui de buzzer dans la screamosphère, d'autant plus avec les deux morceaux qui s'y sont ajoutés récemment. La petite piqûre de rappel se passe par ici.

Sauf que je n'ai pas été aussi curieux qu'il aurait fallu et que j'ai toujours été (qu'est-ce que j'ai pu me faire engueuler en primaire à cause de ça), et je suis passé à côté de quelques autres petites saveurs que vous ne trouverez pas sur Facebook. Ça se passe plutôt sur des blogspots relayés sur quelques chroniques elles-même publiées des blogspots, ou bien sur des pages bandcamp de tout petits labels. Retrouvant cet élan de curiosité enfantine qui commençait à me faire défaut, j'ai farfouillé les internets (et quelques events FB de concerts, je le concède) histoire de trouver ce qui se fait de bon sur la scène et que j'aurais pu louper. Eh bien il s'en passe, des choses. On a peut-être perdu Bâton Rouge et Sed Non Satiata, mais la relève est bel et bien présente.


JEANNE - DEMO

Jeanne nous vient de Strasbourg, et tu ne les trouveras nulle part ailleurs sur les Internets que sur Bandcamp. Leur démo 5 titres sortie en Décembre 2014 m'évoque ce que je ressens en écoutant RAVIN : l'impression d'être à cheval sur une étoile filante, de voir la vie défiler à toute vitesse, enfourchant divers vœux naïfs et perdant le contrôle de ceux-ci, puis s'écraser, au mieux disparaître. Mais ici, le ton est plus violent que chez les sudistes, bien que constamment nourri de mélodies salvatrices. Quelques growls et accélérations rythmiques font penser à du crust, d'autres plans nous ramènent à la crudité et la spontanéité d'un Saetia, entre autres. Ne laissons pas cette démo tomber dans l'oubli, ce serait fort dommage.






HEAVY HEART - DISCOVERIES

Heavy Heart est le dernier-né d'une scène indie-pop punk florissante en France depuis bien des années, et le nouveau rejeton se débrouille déjà super bien sur son premier disque. C'est chaleureux musicalement, mélancolique lyricalement, on sent leur background emo et ça fait du bien dans le petit cœur. 7 titres simples, doux et entraînants, joués avec le cœur, qu'on a envie de chanter en sing-along, qu'on écoute ça chez soi ou dans son train. Un petit motivant quotidien, un de ces disques qui te fait dire "hey, je suis pas seul dans mes galères, c'est cool !", et que t'écoute en te vidant la tête, avec un petit bout de soleil qui brille dans un coin de ton esprit quand il fait trop moche. Si tu aimes Banner Pilot et l'emo-indie, ceci est pour toi. 






LA CRÈVE - S/T

Du punk, du punk, et du punk, même si il est clairement orienté vers l'émotionnel et la réflexion sur soi, la vie, les gens, la société. Ça m'évoque Anomie, en une version moins violente. Et c'est frustrant, car sur leur site web, il y a des paroles de chansons qui ne semblent pas être sorties... Un brûlot au contenu lyrical plein de doutes, de questionnements, de souvenirs, de vécu... Une vie balancée avec l'urgence de devoir tout balancer au plus vite, pour ne pas perdre le fil, ne pas perdre le temps, tout dire, avant qu'on crève.


Aucun streaming disponible, mais tu peux télécharger le S/T et l'acheter en CD ou en cassette avec de jolies pochettes sérigraphiées par ici.



LAÏKA - DEMO 2016

Voici mesdames et messieurs l'instant copain de cet article : Laïka, c'est le groupe où l'un de mes bons potes, Kevin, se plaint et joue de la guitare. C'est délibérément influencé par la scène screamo française, un peu trop même. Mais les bases sont là, ça joue avec fierté et passion, et le titre "Amanda" est un peu la quintessence de ce qu'ils ont composé jusqu'à aujourd'hui. Nous voilà ainsi avec un petit groupe prometteur, qui avec la prochaine release corrigera je l'espère ses défauts de jeunesse, comme ce riff trop répétitif sur "Une course à la vie". Si vous aimez le screamo doux/amer teinté de spoken word et de soubresauts soudains, ça vaut qu'on y tende l'oreille.






FALL OF MESSIAH - EMPTY COLORS

Avec bien du retard, je vous avais présenté les français en vous racontant leur discographie avec amour (à relire par ici). Eh bien les revoilà pour mon plus grand plaisir avec leur nouveau disque, Empty Colors, sorti chez Holy Roar Records et Voice Of The Unheard, excusez du peu. Les garçons se sont définitivement laissés aller au post-rock musclé et cathartique à la Caspian ou à la If These Trees Could Talk, en n'oubliant pas leurs racines screamo en glissant quelques cris de temps à autres. Un peu plus conventionnel certes, mais émotionnellement très fort, et musicalement enivrant. Oui oui je m'emporte, j'assume, na. Toujours des soundscapes solides qu'il sera évident d'écouter en boucle, et qui rythmeront vos trajets quotidiens et les rendront moins lourds à supporter.





À LA DÉRIVE - LES ÉTATS STATIONNAIRES

OK, imagine que Bâton Rouge ait choisi de ressembler encore plus à Hot Snakes et qu'il ne se soit pas tout à fait détaché de Daïtro : vous obtenez À La Dérive, un excellent groupe emo-punk fondé par deux ex-Aghast, qui ont visiblement conservé le goût du riff et de la colère, pour proposer 7 titres explosifs et catchy au possible, sans pour autant être de simples machines à headbang, car il est également question de textes forts, relatant l'ennui qu'on vit chaque jour qui passe, le poids du travail, la nécessité de se battre, de prendre ce qui nous est dû, de retrouver le contrôle de nos cerveaux. Vraiment, achetez ce disque, c'est le meilleur investissement que tu pourras faire au moment où tu liras ces lignes, et c'est nécéssaire pour ton esprit et tes oreilles. "DEBOUT LES MORTS !".






JAROD - DEMO

Ce groupe se décrit comme du "hardcore mignon" et revendique fièrement cette appellation, tant pis pour toi si tu a une vision viriliste du noyau-dur jeu. C'est du screamo gentil d'un point de vue musical certes, mais rempli de rage, de revendication sociales et humaines, quelquefois d'abstractions, et d'émotions. C'est quelque part entre Amanda Woodward et leurs influences américaines que sont entre autres State Faults (parfaitement de quoi me rendre dingue) et le hardcore mélodique de Defeater. Le truc mignon existe sûrement en ces mélodies distillées au milieu des spoken words et des confessions de Mélanie, pleins de force, de tristesse et de vie. Un nouvel EP arrive bientôt, et j'ai plutôt très hâte de découvrir ces nouveaux morceaux.






BONUS : LES 2 MINUTES DE LA HAINE

Oui oui, ce petit objet textile représentant Bambi et que je possède fièrement grâce à une dudette adorable est bien un patch à l'effigie d'un groupe de punk hardcore. Mais c'est plutôt le boulot de Jarod de faire des patchs à l'effigie de trucs aussi mignons, non ? Surtout que ce groupe au nom génial, Les 2 Minutes De La Haine (qui m'a d'abord fait penser que j'aurais eu affaire à du screamo façon Orchid ou Ampere), délivre un screamo noir et plombant, influencé par le sludge et le post-rock, loin d'être sympathique et lumineux, à l'image de sa page bandcamp quasi-entièrement noire, ce qui est quasi-extrêmement pénible. Pense à Gantz, à Le Pré Ou Je Suis Mort, ou à ce que faisait Pianos Become The Teeth jusqu'à Old Pride pour avoir une idée de l'univers sonore du groupe. Catharsis, souffrance, peine, et en vrai, j'en suis sûr, beaucoup d'amour dans le cœur de ces musiciens. Mais alors, pourquoi un bonus rien que pour eux ? Parce que le truc le plus récent qu'il aient sorti se résume en un seul morceau, "Le Thé Du Tigre", sorti en Octobre 2015, et qu'il serait naze de simplement se tenir à celui-ci pour parler des tarbais. Ayant des influences diverses et variées tels que Daïtro et Swagg Man, ils ont sorti en Octobre 2014 Somnolences, un album 8 titres brumeux, écrasant, balançant même à l'occasion du gros RIFF))), mais qui laisse entrevoir de temps à autre la lumière grâce à ces quelques respirations mélodiques qui fleurent bon le screamo français 2003-2006. Je ne sais en revanche pas si ce disque a rapporté suffisamment de money aux bros pour se faire tatouey. S'en est suivi un split avec eaglehaslanded en Avril 2015, dans la même lignée que l'album. Un groupe constant musicalement, balançant des soundscapes abruptes, massives, et touchantes. À ne pas louper si vous aimez ce qu'on a coutume d'appeler post-hardcore quand on évoque nos groupes de screamo sludgy favoris. D'autant plus qu'à la lecture des paroles de l'excellent "en rose (l'éléphant blanc)", tu te fais surprendre par un gracieux "POSEY !" qui ruine l'intention de cette ligne, qui rappelle leur modèle de vie et d'écriture, et qui fait beaucoup rire en écoutant le morceau. Mais je te rassure, ça retrouve bien vit son efficacité. Conseil dress-code : lorsque ils passeront près de chez toi, vas les voir avec tes meilleurs chromes par-dessus ton t-shirt de ton groupe de néo-crust préféré, tu seras assurément le plus swaggey et tu pourras les faire ragey.










Bisous.

YOU CAN READ THE ENGLISH TRANSLATION BY CLICKING ON "plus infos" ! :)



Last summer, because I haven't been able to go on vacation from life, I told you few words about bands who started to bring a new life to the emo French game: Potence a.k.a the crust for cats, the flayed screamo of RAVIN, the flaming rage of Another Five Minutes, and the "yolo" skramz of Cyclamen ("yolo" because Florian, the frontman, is a great joker behind the tortured musician he is). A whole which formed a winning square, in addition to the demo of Chaviré that continues to make a buzz in the screamosphere, especially with the two great pieces they have recthly added to the 5 other songs. You can check all these gems right here.

Except I wasn't as curious that I should be and that I've always been, and I missed some other really good stuff you will not find (or with a strong difficulty) on Facebook. You'll find them rather on blogspots relayed on some reviews who are themselves published on some blogspots, or on Bandcamp pages of tiny record labels, or on their own Bandcamp pages. By regaining a momentum of childlike curiosity that was beginning to fail me, I searched around the internets (and some FB events about gigs, I concede) to find what's good currently on the french scene, and that I could miss. Well, many things happen, yo. Maybe we've lost Baton Rouge and Sed Non Satiata, but succession is indeed present.

JEANNE - DEMO 2014

Jeanne comes from Strasbourg, and you will find them anywhere else on the Internets than on Bandcamp. Their 5 songs demo released in December 2014 reminds me of how I feel listening to RAVIN: feel riding on a shooting star, to see the life cycle at any speed, straddling various naive wishes, and losing control of these, then crashing, or at best simply disappear. But here, the tone is more violent than RAVIN, although constantly fed by ethereal melodies. Some growls and rhythmic accelerations are reminiscent of crust, other plans take us back to the rawness and spontaneity of Saetia, among others. We can't let this demo fall into oblivion, it would be sad.


HEAVY HEART - DISCOVERIES

Heavy Heart is the newborn in an indie-pop punk scene thriving in France for many years, and the new offspring is doing things already very well on her first album. It's musically warm, lyrically melancholic, we feel their emo background and it gives good feelings on our little hearts. 7 sweet, catchy and simple tracks, played with heart (sometimes obviously with a heavy heart I guess), and that we want to sing along, at any moments that we listen to it, at home or in the train. A daily motivating, one of these discs makes you say "hey, I'm not alone in my problems, that's cool!", And you listen this record by emptying your head, with a little bit of sunshine in a corner of your mind when it's too ugly inside. If you like Banner Pilot and emo-indie stuff, this is for you.


LA CRÈVE - S/T

Punk, punk, and punk, although it's clearly oriented towards the emotional and self reflection, life, people, society. La Crève reminds me of Anomie, in a less violent version. And it's frustrating because on their website, there are lyrics that doesn't seem associated to tracks available somewhere online... A lyrical content full of doubts, questions, memories, life experiences ... A life fueled with the urgency of having to tell everything the more quickly, for not lose the thread, for not waste time. Tell everything, before we die.

No streaming available, but you can download the S/T and buy CD and C/S versions with pretty screen-printed sleeves, right here.


LAÏKA - DEMO 2016

OK, now here's ladies and gentlemen the "hello buddy" moment of this article: let me introduce you Laïka, the band where one of my good friends, Kevin, complains and plays guitar. It is deliberately influenced by the French screamo scene (think about Daïtro), a little too much to be honest. But the basics are there, played with pride and passion, and the title "Amanda" is just the epitome of what they have made to date. Here's a pretty promising band, and I hope the next release will fix hopefully its teething problems, like this too repetitive riff on "A race to life." If you like bittersweet screamo  with spoken word and sudden jolts, it's really worth to tend a ear.

FALL OF MESSIAH - EMPTY COLORS

With much delay, I've introduced you the french guys of Fall Of Messiah by recounting you their discography with love (to read here). Well, they're back for my delight with their new album, Empty Colors, released on Holy Roar Records and Voice Of The Unheard. Yeah, that's real. The boys now abandon themselves to a muscular and cathartic post-rock in a Caspian/If These Trees Could Talk way, not forgetting their screamo roots by bringing screams at some moments. A little more conventional, but emotionally very strong, and musically mesmerizing. It's always solid soundscapes that will be obvious to listen on repeat, that will give rhythm and life to your commute, and make them lighter.


À LA DÉRIVE - LES ÉTATS STATIONNAIRES

OK, imagine that Baton Rouge has chosen to sound even more like Hot Snakes and that they wouldn't be entirely detached from Daïtro: You get À La Dérive, an excellent emo-punk band founded by two ex-Aghast, which visibly kept the taste of riff and anger, to offer 7 explosives and catchy-as-fuck tracks, without being simple headbang machines, because it's also about strong texts, relating the boredom we live each passing day, the workload, the need to fight, to take what is due to us, and regain control of our brains. Really, buy this record, it's the best investment you can make when you read these lines, and it's necessary for your mind and your ears. "DEBOUT LES MORTS!".


JAROD - DEMO

Jarod describes itself as "cute hardcore" and proudly boasts that name, too bad for you if you have a virilist vision of the hardcore game. It's a gentle screamo from a musical point of view certainly, but filled with rage, social and human claim, sometimes abstractions, and emotions. It's somewhere between Amanda Woodward and American influences that are State Faults (well enough to make me crazy) and the melodic hardcore band Defeater. The cute thing is surely these melodies distilled amid the spoken words and confessions of Mélanie, full of strength, sorrow and life. A new EP is coming soon, and I can't wait to discover these new songs.


BONUS : LES 2 MINUTES DE LA HAINE

Yeah, this small textile object representing Bambi and I proudly possesses, thanks to an adorable dudette, is a patch bearing the image of a hardcore punk band. But it's the job of Jarod to make patches bearing the image of cute stuff, right? Especially that this band with such a brilliant name, Les 2 Minutes De La Haine (in english : "the 2 minutes of hate", it's first made me think that I would have dealt with an Orchid / Ampere way of screamo), delivers a very dark and draping kind of screamo, influenced by sludge and post-rock, far from being friendly and bright, at the image of his bandcamp page almost entirely black, which is extremely annoying. Think Gantz, or Le Pré Ou Je Suis Mort, or the sound of Pianos Become The Teeth until Old Pride to get an idea of ​​the sound universe of the band. Catharsis, suffering, sorrow, and in truth, I am sure there's a lot of love in the heart of these musicians. But why a bonus just for them? Because the most recent thing that have emerged from them is summarized in one piece, "Le Thé Du Tigre" released in October 2015, and it would be a shame to stay at this song to talk about the band. With diverse and varied influences such as Daïtro and Swagg Man (according to their facebook description, and this guy is a very weird and eccentric fleeting star of the french Internet who plays with aesthetic rules of americans rappors like 50 Cent or Lil Wayne), they released in October 2014 Somnolences, a foggy 8-track album, overwhelming, even throwing  big RIFFS))) sometimes, but suggesting some lights through these melodic few breaths that sound like the 2003-2006 french way of screamo. This was followed by a split with eaglehaslanded in April 2015, in the same vein as the album. A musically constant band, who build steep, massive, and touching soundscapes. A band you shouldn't miss if you like what is usually called post-hardcore when we think about our favorite sludgy screamo bands.

samedi 16 janvier 2016

Fall Of Messiah préfère les fests hardcore à la fête du village.



Quelque part au Nord de la France, dans un modeste village de 1700 habitants nommé Saint-Jans-Cappel, des garçons combattent l'ennui dans une jolie province proche de la Belgique, l'une des terres fertiles du hardcore en Europe, en plus d'être celle des frites et des djihadistes. Mais pour faire quelque chose de leur vie en ces lieux où les perspectives de carrière se résument souvent en des patates, ils se sont décidés à faire autre chose que de cuisiner dans un camtard ou manier la kalachnikov. Voici Fall Of Messiah, un groupe français de plus en plus populaire outre-Manche et même dans la scène screamo américaine, mais quasi-inconnu des français. Et c'est à se demander pourquoi.

Sont-ils arrivés trop tard ou trop tôt dans la scène hardcore française ? Enfin, hardcore, c'est un petit terme finalement pour catégoriser leur univers, même si c'est dans ce milieu que tu les verras jouer, traîner, et s'en foutre que la France ne les suive pas. Leurs morceaux sont globalement nourris de certains éléments de ce style, bien que concrètement, Fall Of Messiah va au-delà du noyau dur pour flirter allègrement avec le math-rock, entre autres. Ces messieurs sont notamment allé tricoter au Ieperfest 2015, la où est plutôt de rigueur de mouliner. CQFD. Mais mine de rien, ça fait déjà 8 ans que les mecs tissent leur toile sans faire dans la dentelle. Les premières piqûres du groupe remontent à 2008, avec l'EP How to Build a Chariot, qui montrait déjà un univers musical qui tricotait sec, un peu trop screamo pour être mathcore, un peu trop chaotique pour être du simple math-rock, et ça flirtait même avec un metalcore "meh". Ils ne savaient pas trop ou ils allaient, y'a quelques pains par-ci par-là, mais c'était la fougue et l'insouciance de la jeunesse, l'envie d'en découdre à toute berzingue, et de s'éclater entre potes. Le complètement débile « I lost my hammer between the whales and the elefant's cage, in manchester's zoo » résume à la perfection ce qui constitue le disque et le cerveau des gars à cette époque, et ce riff à 4:14 condamne pour l'éternité ce morceau à se faire catégoriser de Nintendocore, désolé les petits potes. Mais leur premier album, How to Conceive a Bridge Between Circles, sorti 3 ans plus tard, a violemment remis le fil dans le chas, et montre un groupe bien plus mature, maîtrisant beaucoup mieux ses influences et ses intentions. Ce disque est passé complètement inaperçu et le reste toujours depuis dans notre scène, alors que les groupes anglais et américains qui croisent le chemin des français se l'arrachent. Il faut dire que cette galette est fortement fournie, avec un contenu qui peut parfois nous filer une overdose tant il est conséquent sur l'ensemble des titres. Pour vous donner un ordre d'idées, il faut s'imaginer une fusion entre le math-rock anglais à la Meet Me in St. Louis (grande influence du quartet), Native, le chaotic hardcore et le early La Dispute. Et personnellement, ce fut à la première écoute, une claque. Étant fan de Somewhere At The Bottom Of The River Between Vega And Altair, l'incroyable premier album de la bande de Vancouver, j'avais trouvé son équivalent français, et j'ai eu une certaine fierté de savoir que chez nous, des mecs pouvaient interpréter avec autant de talent ce genre de musique aussi complexe et pointu que sensible et introverti. On n'y est plus autant bombardé de collages musicaux random rendant plus ou moins bien, mais face à quelque chose d'intelligemment déconstruit, un algorithme qui aux premiers abords peut être casse-tête à déchiffrer, surtout à cause de cette certaine linéarité dans le cri, mais adouci et résolu par des élans mélodiques et cathartiques qui donnent envie d'y rester, de comprendre ce qui se passe, puis finir par avoir des feels la-dessus. En revanche, l'histoire ne nous a pas dit si le quintet jouait toujours à Super Mario durant la composition de l'album.

Mais désormais, fini les mathématiques. Fall Of Messiah est devenu une entité plus contemplative, moins torturée. L'éther a pris le dessus sur l'algèbre. How To See Beyond Fields, sorti en Mars 2014, dévoile un visage nouveau, plus grave, plus rêveur. Le post-rock a quasi-complètement englouti leur math-rock entre défouloir et déconne, précisément inspiré par la vie qui les entoure dans leur petite province sage. On s'imagine alors propulsé dans ces contrées, et prendre une bouffée d'un air meilleur dans les coins de campagne qu'offre le canton de Bailleul, sur les arpèges qui se soulèvent au milieu de « La Résonance des Hangars », un titre qui ainsi évoque, en faisant le rapprochement avec le titre de l'EP, le vide des entrepôts à l'abandon que l'on trouve quelquefois dans le Nord de la France (et pour mon cas, dans ma banlieue ça marche aussi), témoin des fastes passés d'une industrie fertile, là ou un canton entier peut dépendre d'une simple usine, et où sa fermeture peut signer l'arrêt de mort de centaines de familles. Et l'on s'y imagine la vie qu'il y a eu, la sueur versée, les efforts délivrés quotidiennement, la terre cultivée, à flux tendu. Tout ceci se dessine dans la tête, la vie des gens qui vivent dans ces vieux pavillons, des grands-parents du village, de ce petit vieux qui erre dans la rue en allant chercher sa baguette et son journal. De ce silence tantôt paisible, tantôt pesant qui règne sur la ville. Et de ces rares jeunes qui se demandent quoi faire de ce restant de vie. Fall Of Messiah a trouvé la réponse : en faisant rêver, et en vivant ses rêves.




Their hands are speaking for them, forged by working the lands, tired of digging their own grave. "Chez eux, la misère de la vie leur a inculqué l'art du silence." - "Raynaud"



Mélanger screamo, post-rock et petit solo de trompette, y'a que les américains pour le faire proprement, mais avec "Raynaud", ils réussissent sans que ça tombe dans le saugrenu ou dans le registre « fête du village ». C'est le disque le plus chargé en émotions qu'a sorti le groupe jusque là, malgré le silence qui règne sur les compositions, hormis quelques rares mots hurlés comme le déchirant couplet de « Raynaud ». Il montre également la facette la plus dépouillée de l'univers musical des garçons, avec « Als ik mijn grond niet kan voeren, wie zal mijn kinderen voeden », un titre tout en délicatesse, accompagné par un piano joué sur un ton plutôt triste, et qui continue de nous accompagner sur « Att lägga sitt liv i träda », nous menant vers un contraste entre riffs saccadés et enjoués, et d'autres soundscapes plus dramatiques. l'EP se termine entre acoustique, harmonica et mélodies légères avec "A farmer's son", dans la douceur et la chaleur, comme pour finir le voyage au coin d'un feu dans une forêt locale un soir d'été. How To See Beyond Fields est ainsi bien différent de son prédécesseur, et a posé les bases du style vers lequel Fall Of Messiah s'épanouit désormais, et peaufine tranquillement. Et encore une fois dans la discrétion la plus totale, mais cette fois-ci épaulés par Holy Roar Records, I.Corrupt Records et Voice Of The Unheard, ils reviennent en ce début 2016 avec un nouvel EP 7 titres, Empty Colors, Et non, le niveau n'a toujours pas baissé, désolé pour toi si tu comptais également faire bouger les choses dans la scène post-rock inexistante de ton village paumé.





Le ton se durcit légèrement au milieu des riffs math-rock mélodieux, et même que ça blaste. Fall Of Messiah goes METOL ? Aucune raison, et c'est très bien comme ça. Les petits gars se font simplement plaisir, comme ils l'ont toujours fait. J'espère simplement que cette fois-ci, ce disque leur permettra de sortir du triste anonymat auquel ils font face en France, Empty Colors sort le 26 Février, il me tarde déjà de l'écouter, et le groupe jouera le 23 Janvier (à priori devant une quinzaine de personnes) à Montreuil, tout près de Paris ou ils joueront également le 26 Mars. Ils passeront également à Nancy le 22 Janvier, le 24 à Arras, le 29 Février à Lille, et le 14 Mai à Bordeaux.

Bisous.

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dimanche 10 janvier 2016

Cassus veut en découdre avec le monde moderne.


Putain, comment ais-je pu passer à côté d'eux en 2015 ? Le pire, c'est que je connaissais déjà auparavant, mais que je les ai totalement perdu de vue après leurs excellents morceaux du split avec le screamo chaotique espagnol de ¡Silencio, Ahora, Silencio!. Messieurs dames, voici pour vos jolies oreilles Cassus, screamo band from Norwich, UK. Et préparez-vous à recevoir un parpaing en béton armé en plein dans le cœur et dans le crâne, balancé en signe de révolte. C'est déchirant pardi.

Je te le disais plus haut, Cassus a déjà affûté ses armes au travers de 3 morceaux pointant déjà au sommet du skramz jeu, dans les cimes de la rage et de la violence émotionnelle et ses pulsions incontrôlables. Ses outils de guerre que sont leurs instruments (#jesuiscassus, tout ça tout ça), le groupe a commencé à les brandir en Juin 2012 au travers d'un split avec leurs compatriotes (au style relativement similaire mais aux vocaux proche de l'agonie sous acide) de I Don't Want To Know Why The Caged Bird Sings, et c'était déjà bouleversant, le côté plus raw de la production ajoutant au côté cru et décharné à vif de leur musique. Car l'univers sonore de Cassus, c'est même au-delà de la fleur de peau : la fleur a fané sous cette brume polluée, elle a été écrasée sous les semelles en titane de nos sociétés, ses codes et ses atmosphère rances, et elle brûle de toute la peine et la colère qui anime le quartet.

Leur premier album reprend toutes ces caractéristiques, et attise encore plus les flammes au travers d'une meilleure production, et d'un contenu musical plus varié. Son titre est la synthèse de tout ce que vivent et composent ces jeunes gens : This Is Dead Art; This Is Dead Time; But We May Still Live Yet. Un incroyable brûlot reprenant la virulence folle furieuse de Ampere, le mathy feeling si cher à la scène anglaise (on citera notamment les bien-nommés Maths, le math-screamo par excellence), les complaintes enrouées de Heart On My Sleeve, l'alchimie blackened skramz anarchiste de We Came Out Like Tigers, et même quelques couplets chantés d'une voix claire, quelquefois braillée à la limite de la justesse. Hey, quand on écoute du chant punk, c'est pas nécessairement pour sa justesse, pas vrai ?

Non seulement c'est musicalement d'une rare force, mais la recherche artistique et revendicatrice des paroles et des artworks vont de pair. Lorsque tu télécharges les .mp3 de l'album sur leur page bandcamp, tu obtiens également les 21 pages du booklet proposé avec le LP, contenant les paroles des morceaux, des essais d'écriture et de peinture, des collages punx, des prises de positions... Et t'en prends des claques, en lisant ce que dénonce les anglais : les illusions qu'on donne à bouffer aux adolescents qui se convertissent en suicides ("Tablecoth Welfare"), la course à la perfection et à l'image de soi ("Bubblegum Baby"), la consommation ayant cannibalisé le besoin et le désir ("Publicitaire"), quand la valeur matérielle a écrasé la valeur humaine ("Exchange Rates Are Exactly What They Used To Be")... AAAAAH mais c'est beaucoup trop réaliste, j'ai envie de descendre dans la rue et de brûler tout les panneaux de pub et tout ces conseillers bien-pensants de la finance, de l'éducation, de la politique, de la jeunesse. ALL PEOPLE ARE BASTARDS. 




"“Perfection” is our formaldehyde – “staying young” our denial of mortality: preserving image as static currency.  Fetishisation of youth/”beauty” is no fluke, but a Fantasy Trap: the reflexive attempt of a foredoomed system to delay its collapse. 

Ensnared, we wallow in imagined stasis: Obsessed with preserving life, we forget to ever live it, Perfectly functional objects for a purely functional world.  Flesh withers inside a candy casing.  Ignored time disappears in the blink of an eye. Having invested all in the superficial, there is no energy left for the internal – image becomes our only purpose." - "Bubblegum Baby"



Je pense en avoir assez dit. Cassus sera encore un de ces groupes au potentiel grandiose qui n'ira pas plus loin que les caves anglaises, au mieux européennes. Mais sa rage de vivre, elle, restera intacte, aussi longtemps que le quartet se produira en concert et sortira des disques, et aussi longtemps que ces témoignages sonores vivront, survivront au temps. Un temps dont il faudrait bien rapidement changer l'air, et qui passe aussi furtivement que les assauts saccadés de ce disque, dont j'espère que tu prendras le temps de saisir à pleines mains ces morceaux de (sur)vie pour en extraire le plus beau, en défaire le plus mal : les maux d'un monde qui les entoure, les inspire, et nous mange tout cru chaque jour qui passe.

Bisous.





English translation :

Damn, how could I miss them in 2015? The worst thing is that I already knew them before, but I've completely lost sight of them since their 3 excellent pieces of their split with the Spanish chaotic screamo band ¡Silencio, Ahora, Silencio!Ladies and gentlemen, here's for your pretty ears Cassus, a screamo band from Norwich, UK. And get ready to receive a cinderblock right in the heart and the head, swung in sign of revolt. Really, it's fucking crushing and heartbreaking.

I told you earlier, Cassus already sharpening their weapons through 3 pieces already pointing to the top of the skramz game in the tops of rage and emotional violence and uncontrollable impulses. These war tools of the band which are their instruments, the group began to brandish in June 2012 through a split with their fellows (in a relatively similar style but with voices close to an agony on acid) in I Don't Want To Know Why The Caged Bird Sings, and that was upsetting, the raw production adding to the gaunt side of their music. Because the sound universe of Cassus is beyond the skin-deep: The flower has faded in this polluted haze, she was crushed under the titanium soles of our societies, its codes and its rancid atmospheres, and she burns with all the pain and anger that animates the quartet.

Their first album includes all these features, and fanning the flames even more through a better production and a more varied music content. Its title is the synthesis of all that live and compose these young people : This Is Dead Art; This Is Dead Time; But We May Still Live Yet. An incredible rant mixing the raving madness of Ampere, the mathy feeling so dear to the English scene (remember the well-named band Maths, the quintessential UK screamo-math stuff), hoarsed laments of Heart On My Sleeve, the blackened anarchist skramz of We Came Out Like Tigers, and even some verses sung with a clear voice, sometimes bawled at the edge of accuracy. Hey, when you listen to a punk song, it's not necessarily for its accuracy in the singing, right?

There's a rare musical strength, but the artistic and claimant research of the lyrics and artworks are also significant and all go together. When you download the .mp3 files of the album on their Bandcamp page, you also get the 21-pages booklet included with the LP, containing lyric, writing and painting essays, punk collages, equity positions... And you take slaps, reading what denounces the English guys: the illusions we give to eat to adolescents which converts to suicides ("Tablecoth Welfare"), the race for perfection and perfect self-image ("Bubblegum Baby"), as consumption cannibalized the need and desire ("Advertising"), when the material value has crushed human value ("Exchange Rates Are Exactly What They Used To Be")... AAAAAH it's way too much realistic, I want to down to the streets and burn all advertising panels and all these gooders advisers of finance, education, politics, youth, ALL PEOPLE ARE BASTARDS.




"“Perfection” is our formaldehyde – “staying young” our denial of mortality: preserving image as static currency.  Fetishisation of youth/”beauty” is no fluke, but a Fantasy Trap: the reflexive attempt of a foredoomed system to delay its collapse. 

Ensnared, we wallow in imagined stasis: Obsessed with preserving life, we forget to ever live it, Perfectly functional objects for a purely functional world.  Flesh withers inside a candy casing.  Ignored time disappears in the blink of an eye. Having invested all in the superficial, there is no energy left for the internal – image becomes our only purpose." - "Bubblegum Baby"



I think I've said enough. Cassus will still one of these bands with great potential that don't go further than the English cellars, at best European ones. But his rage to live will remain intact as long as the quartet will perform in concert and released records, and as long as these sound stories will live, and survive to the time. A time that should change his air very quickly, and who also goes stealthily as jerky assaults of this record, which I hope you will take time to grasp with both hands these pieces of life to extract the more beautiful of them, and discard the worst: the evils of the world around them, what inspire them, and what eat us raw with every passing day.

XOXO.

lundi 28 décembre 2015

Le top 20(15) du dictionnaire de l'emo.



Si il y a bien quelque chose qui a été cool en 2015, c'est son nombre de sorties musicales de qualité. Beaucoup de belles découvertes, quelques claques, des déceptions plutôt rares. Cette année, mon top est plutôt varié, et il est à l'image des trucs qui marchent en ce moment sur la scène alternative : le retour du son des années 90 en règle générale. Tôt à mon adolescence, j'étais déjà sensible au grunge, alors de voir qu'en 2015 on peut en ré-écouter sans passer pour un mec kitsch, c'est cool. Par contre, cela va de soi que le post-grunge est toujours interdit et passible de peines de prison. Comme pas mal d'entre nous, je n'ai pas résisté au Nonstop Feeling de Turnstile (excellent groupe en live malgré un chant clair ignoble) qui, je l'avoue, m'a poussé à refaire ma culture hardcore cette année, et j'ai eu le cœur en mille morceaux en écoutant les disques de la triforce du screamo : Suis La Lune, Raein et The Saddest Landscape, chacun ayant sorti des disques au top de leur univers sonore. Puis les découvertes qui frôlent le divin, tels pinkshinyultrablast (qui est très sérieusement devenu l'un de mes groupes préférés) ou Beach Slang, ou encore les saveurs du terroir qu'ont été les nouveaux Bien À Toi, Chaviré, et Ravin, entre autres. Et je me suis surpris en ces tout derniers jours de 2015 à ENFIN apprécier Peripheral Vision de Turnover, un disque qui fait l'unanimité absolue aux USA. Cet album a été pour moi extrêmement dur à aborder, alors qu'il est pourtant très frais et délicat. C'est peut-être justement ce côté pop lisse qui m'a refroidi, puis j'ai eu l'impression d'une trop grande similarité entre les morceaux. Mais il passe de mieux en mieux le filou.

Mon top montre ce que j'ai le plus écouté cette année, alors qu'en réalité il y a beaucoup plus de disques que ça que j'ai aimé à part égale. N'hésite pas à partager des coups de cœur et tes déceptions dans les commentaires, qu'on se fasse une troisième mi-temps du championnat 2015 de la musique tous ensemble.


(clique dessus pour zoomer sur l'image, évite de t'abîmer les yeux)


Mais hey, il y a également plein d'autres groupes qui auraient mérités une place dans ce top, mais je ne pouvais pas les classer, forcément. Les vainqueurs restent les vainqueurs. Mais comme "L'IMPORTANT C'EST PAS LA VICTOIRE, MAIS LE COMBAT !", on va quand même célébrer le peloton, parce que le grand manitou du musique jeu, qui sait, il est peut-être là-dedans, parmi les suiveurs ?


(tu peux toujours zoomer, je t'assure que la cécité c'est pas cool)

Et en plus, tu sais quoi ? Au moment de boucler le second top, j'ai oublié de caler le génial nouveau disque de The Saddest Landscape (tu remarqueras que je t'en parles plus haut comme si j'avais la certitude de l'avoir calé dans le top), le S/T de l'excellent supergroupe screamo Ephemera, le split Raein/Ampere, et l'incroyable Rainmaker/ØJNE... Faites comme si ils y étaient, surtout.

Et pour 2016, qu'est-ce qu'il faudra surveiller ? Eh bien pour ma part, je serais attentif à l'actualité de tout les grands noms que sont Thrice, Glassjaw, Brand New et Crime In Stereo qui ont tous annoncé plus ou moins officiellement un nouveau disque. Dans une grande variété de style (finalement à l'image de mes tops ?), et parmi ce qui a d'ores et déjà été annoncé sur les internets ou par le bouche-à-oreille, on surveillera aussi les nouveaux Nothing, Plebeian Grandstand, mes méga chouchous de pinkshinyultrablast, Grand Terminal, Power Trip, Turnstile, le split Suis La Lune / Shirokuma, Simmer, I Love Your Lifestyle, Touché Amoré, Neurosis, Basement, Deftones, Slowdive, Man Is Not A Bird, Leatherneck, Rain, Pipedream, Youth Funeral... Ah bah ouais, ça fait déjà beaucoup.


Bisous, et bonnes fêtes de fin d'année.
Take care, soyez responsables, et soyez et avec ceux que vous aimez.

lundi 14 décembre 2015

les trucs cools à écouter avant de boucler ton top 2015.



HS: J'ai galéré pour faire ce montage, ayant utilisé l'outil rudimentaire qu'est Photofiltre, a.k.a le Photoshop du pauvre, alors on respecte. 

Je suis désolé les petits loups. Désolé de ne pas vous avoir submergé plus tôt de toutes ces sorties chacune plus cool les unes que les autres avant cet abyssal flot de tristesse qui s'est abattu sur nos vies ces derniers jours. Mais la flemme et autres humeurs d'emokid m'ont envahi, puis je n'avais pas du tout le cœur à écrire ces dernières semaines, après les tragiques attentats parisiens, et la déferlante de haine, d'amalgames et de pseudo-patriotisme qui a suivi sur les réseaux sociaux. Tout ça m'a un peu vidé l'âme. Mais la musique est plus forte que tout, pas vrai ? C'est elle-même qui a été visée, après tout, en dehors des considérations politiques et religieuses des mécréants d'Allah qui ont frappé nos frères et sœurs. Alors suce toi Daesh, niquez-vous les politiques, branlez-vous ailleurs que sur nos internets les moralisateurs et les opportunistes, remballez vos drapeaux, et nan Gérome, cette fois-ci la musique n'est pas "un voyage comme un autre", voici pour vous et pour réchauffer nos cœurs le meilleur de la musique perverse et idolâtre de ces derniers mois, mettez-vous tout ça à fond avec un petit cierge et un verre/mug de votre boisson préférée, ça c'est un bel hommage à rendre, na.

The Saddest Landscape, Foxing, Envy, The World Is A Beautiful Place & I Am No Longer Afraid To Die, Beach Slang, Birds In Row... Voilà pour vous ma p'tite dame (bah ouais, j'ai jamais entendu un commercant dire "mon p'tit m'sieur", c'est con...) le peloton gagnant de cette fin d'année, représentant dans l'ensemble tout ce qui se fait de mieux dans l'emo et le screamo en 2015. Oui bon, Birds In Row n'est pas si screamo que ça, mais c'est tellement blindé d'émotions et de tripes que c'est difficile de pas les lier à cette scène. Alors justement, on va commencer par les deux disques des français, car oui, il y en a deux : un split avec leurs potes de WAITC sorti chez Throatruiner Records, et un EP, Personal War, quand à lui sorti chez Deathwish Inc. Et les deux galettes montrent deux univers : la première, celle du split, est plus chaotique et sombre, presque étouffante. La seconde, celle de l'EP, est bien plus directe. Plus mélodique, plus clair, lyricalement plus concret aussi, ce disque porte très bien son nom, puisque il raconte la guerre que beaucoup de monde, et le groupe lui-même, livre contre soi, contre l'ennui, contre la vie en général. Cet EP est un appel à vivre, au combat, au courage, servi par une instrumentation toujours virulente et sensible... Un peu trop disaient certains, à l'écoute de "Weary". Mais je trouve que ce parti-pris de laisser davantage d'espace au chant, c'est une bonne chose. "JUST DON'T FORGET WHO YOU ARE : A SON, A FRIEND, A HEART, A BRAIN !!"


  

L'hymne à la vie dans la souffrance, c'est justement l'une des spécialités de The Saddest Landscape, qui avec Darkness Forgives nous sert peut-être leur disque le plus cohérent. Réalisé sans prétention, avec la passion et la rage qui les caractérisent, le groupe dévoile une facette légèrement plus hardcore de leur musique. Sûrement pas un hasard si c'est Jay Maas (Defeater) qui est aux commandes de ce LP porté plus que jamais vers le sing-along. Mais je vous rassure, on retrouve toujours les instrumentaux saccadés, torturés et dissonants qui ont fait d'eux l'un des groupes légendaires du screamo des années 2000. À écouter lorsque la vie veut te bouffer, et que tu veux la croquer en retour, les crocs acérés, le poing fermé. "I DON'T WANNA FEEL ALONE ANYMORE!!"





On peut aussi avoir la même chose en plus punk et catchy : messieurs dames, voici enfin le premier album tant attendu de Beach Slang, The Things We Do To Find People Who Feel Like Us. Ce groupe, c'est avant tout une plume, des riffs, une voix : James Alex.  Et c'est le spleen le plus cool de l'année. C'est aussi dansant que c'est fuzzy (pas autant que le dernier Superheaven mais ça gronde déjà pas mal), les paroles sont peut-être un peu simplistes voire adolescentes, elles ne sont pas du tout straight-edge, mais c'est du sing-along assuré de A à Z tellement c'est universel, que ça correspond toujours à au moins un moment que l'on a vécu dans nos vies d'emokids ou de punks aguerris. Aucun titre n'est à jeter, c'est du soleil, c'est du fun, du rock'n'roll, c'est des feels, c'est BON. Ô toi, le fan de Hot Water Music, de Jawbreaker, de The Gaslight Anthem, je t'apporte ta nouvelle muse. Puis merde, parce que c'est plus vrai que jamais : "WE ARE YOUNG AND ALIIIIIVE !" (bon, normalement sur le prochain paragraphe je ne devrais plus citer de lyrics en caps lock).





Allez, maintenant, place à deux chefs-d'œuvres absolus, qui écrasent à plate couture le potentiel titre d'album of the year que semblait remporter (à ma grande incompréhension) Peripheral Vision de Turnover, a.k.a les éternels sous-Title Fight. Sérieusement, je m'ennuie en l'écoutant, et je l'ai essayé avec toute la volonté du monde, mais j'ai juste l'impression d'entendre une version pas du tout inspirée du magnifique Reverie Lagoon de Seahaven... Bref, deux albums plutôt similaires, mais l'un plus triste que l'autre. Je commencerais par le fabuleux Dealer de Foxing. Un disque délicat, adulte, grave, très personnel, avec des orchestrations très proches du post-rock... Le spectre des dernières compositions de This Will Destroy You n'est pas loin. La musique des américains atteint un point de sensibilité et de mélancolie extrême, touchant à des thèmes très intimes et abstraits à la fois, alors que The Albatross faisait déjà pas mal pleurer avec ses histoires d'amour déçus. L'album de l'année, dans l'emo jeu, il est peut-être là... Même si Harmlessness de TWIABP est tout aussi incroyable, mais bien plus rythmé et direct. Ce groupe, c'est un peu le Self Defense Family de l'emo, au niveau du line-up et du nombre de releases, mais en moins pénible du point de vue vocal (ouais, j'ai jamais réussi à accrocher au chant de Patrick Kindlon, à part quand il chante chez Drug Church...). Et je me souviens qu'ils avaient été critiqués par certains fans du fait d'avoir été signés chez Epitaph Records. Mais allez vous faire foutre les rageux, ce disque est grand, aussi grand que votre seum, et au moment ou je rédige cet article, je re-découvre cet album et l'écoute en boucle. Avoir un background punk et avoir du talent ne doit pas vous condamner à être signé toute votre vie sur un label DIY qui tient dans une chambre de 10m² mal rangée et peu hygiénique, ça s'appelle avoir de l'ambition et savoir saisir les opportunités qui vous permettront de tourner plus facilement et de mieux faire distribuer sa musique, tant au niveau des supports que de la distribution en elle-même, je le conçois. Sur Harmlessness aussi, le post-rock n'est pas loin dans les progressions, les tremolos-pickings, la construction des morceaux, tout autant que l'indie rock ou l'emo. Mais lyricalement c'est moins abstrait que le nouveau Foxing : du storytelling sur fond de leçons de vie, et un tube ultime, "January 10th, 2014", qui est d'après moi le tout meilleur morceau du groupe à ce jour, relatant l'histoire de Diana The Hunter. Un album plein d'énergie, de vitalité, d'(en)vie, et de beauté. Puis juste, "You Can't Live There Forever". Ce son, pour toujours.






Et enfin, il fallait que je finisse sur l'absolu. Le disque-clé de l'équilibre spatio-temporel. Le Sylvain Durif et le PacificSound3003 de l'industrie musicale (en termes de grandeur cosmique j'entends, car en termes de stabilité mentale, c'est tout autre chose). Mesdames et messieurs, voici le nouvel album des maîtres du jeu, envy : Atheist's Cornea. Y'a 10 ans, tout l'internet punk aurait pété un câble en ayant été tenu informé de ce fait. Aujourd'hui, j'ai l'impression que beaucoup de monde est passé outre, ou s'en est juste foutu. Et c'est fortement dommage, tant ce nouvel opus mérite son heure de gloire. Il faut dire que la promotion de ce disque a été quasi-inexistante ou au mieux très confidentielle : souvenez-vous de ce morceau sans nom diffusé sur un obscur site japonais quelque part entre websérie et art abstrait... Eh bien il s'appelle "Two Isolated Souls", il évoque la grande époque de All The Footprints [...], et il est présent sur ce nouvel album. J'ai écrit une chronique-fleuve de ce LP que je n'ai pas pensé à poster sur ce blog, alors qu'elle est prête depuis des semaines...  Je la mettrais en ligne avant 2037, si tout se passe bien. Bon, objectivement, Atheist's Cornea n'est malheureusement pas si extraordinaire que prévu (et ça me fait extrêmement mal de l'admettre) car il se veut bien trop propret et gâche un peu les intentions de la bande, mais hormis ce caprice, c'est une nouvelle pièce musicale de grande qualité que nous offrent les japonais, quelque part entre leurs racines screamo et expérimentales, et leurs idéaux post-rock et indie. Une synthèse de toutes leurs époques, leur genèse quasi-youth crew en moins, pour un disque qui sonne finalement très atypique. Mais ouais, il manque de cette spontanéité, de cette fougue, qui faisait de leurs premières œuvres d'incroyables morceaux de vie, d'urgence, de fabuleux témoignages d'une époque, d'existences meurtries, sacrifiées pour la musique.




Bisous.

dimanche 18 octobre 2015

Loma Prieta tire de meilleurs selfies que les tiens avec Self Portrait.



Cet album me fait chier. Non pas parce qu'il est nul, mais parce que j'arrive pas à trouver les mots pour commencer ma chronique, alors je t'écris le truc tel qu'il me vient en tête au moment où j'ai enfin l'inspiration pour décrire le nouveau disque de Loma Prieta. En vrai, cet album est vraiment cool. Il représente une suite logique entre IV, un catharsis d'hommes en pleine recherche mentale et musicale, et leur split avec Raein où l'on atteignait les cimes de la violence et de la dissonance. Plus les années avançaient, plus leur musique se noyait dans la saturation, la distorsion. On se demandait alors à quel point nos oreilles allaient siffler avec la prochaine release, et à quoi ressemblerait Loma en 2015, sur le néanmoins très attendu Self Portrait. Alors cet album, un selfie flou d'un groupe qui se serait finalement mis au noisecore, ou un portrait plus clair, à la hauteur de la carrière du groupe ? Il s'avère que c'est tout simplement une sorte de synthèse de ce que les californiens jouent et écoutent depuis 10 ans de carrière. Au final, comme d'habitude avec eux, c'est un disque plus ou moins mélodique mais complexe.

Ouais, ça n'a jamais été fastoche d'écouter un disque de ce groupe, à part avec Last City ou le son en général est très clair, et où la richesse musicale, l'inventivité et la décharge émotionnelle de ce disque en font encore aujourd'hui un indispensable. Mais sinon, aux premières écoutes, pour le commun des punks, c'est soit trop noisy pour apprécier les mélodies, soit trop chaotique en règle générale. Un bon nombre de personnes lâchent ainsi l'affaire, je pense notamment aux kids qui ont l'habitude de les voir en première partie des groupes de la Wave (Pianos Become The Teeth, Touché Amoré...), mais ces mecs n'en ont rien à foutre et jouent ce qui leur plaît. Ils ne sont pas chez Deathwish Inc. pour rien ! Et ce groupe a toujours su trouver son public. Self Portrait, c'est donc un disque où le groupe se confie, où il est lui-même, toujours aussi sensible et passionné, mais sait se faire violence et désordre. Il s'amuse à délivrer des mélodies salvatrices ("Love", "Nostalgia" et ses chœurs d'outro qui surprennent), à brouiller les pistes (l'excellente "More Perfect"),  et n'hésite pas à basculer dans une espèce de garage punk dissonant et cradingue comme sur "Merciless". Du chant clair refait même son apparition (sur Last City, il y avait déjà un couplet chanté sur le morceau éponyme), mais cette fois-ci de manière concrète, donnant avec les refrains catchy et les phases les plus éthérées de ce LP un côté quelque peu rayonnant, quelque chose d'inédit depuis Last City, encore lui. Loma Prieta n'a donc pas sombré dans une noirceur aveugle, mais a su se diversifier, s'ouvrir un peu plus, et porter encore moins d'intérêt aux "codes" du screamo.

Concrètement, en termes de ressenti émotionnel et de musicalité pure, IV était plus accrocheur et plus direct. Peut-être vous souvenez-vous de l'imparable single "Fly By Night" ou de l'incroyable duo "Uniform" / "Uselessness" ? Les refrains et la certaine légèreté qui apparaissent sur Self Portrait doivent en principe combler ce manque, mais on s'était habitué à ce côté plus frontal du précédent disque, qui en faisait le LP le plus brut de la bande. Le groupe avait peut-être besoin de cette "légèreté" dans leur son pour aller plus loin, pour donner de la personnalité à ce nouvel LP qui ainsi se rapproche pas mal de Raein... Le split était-il un teasing inconscient de ce que la bande nous préparait ?

Nul ne sait de quoi est fait l'avenir et c'est d'autant plus vrai avec un disque de Loma Prieta. Singulier dans son ensemble, difficilement comparable à ce qui se joue actuellement sur la scène screamo, aussi captivant que complexe, rien n'est reprochable à ce disque pour les amateurs de punk hardcore original, abrasif et cinglant. Peut-être un peu trop de saturations et d'abstractions encore une fois pour rendre le tout réellement mémorable, et les hymnes à la vie et au désespoir de IV manquent cruellement, mais il y existe tout de même des instants d'intensité exaltants ("Satellite" est un final grandiose), qui peuvent en eux-mêmes suffir à donner envie à l'auditeur de revenir explorer ces nappes sonores clair-obscures...

Sur IV, Brian Kanagaki (guitare/chant) hurlait : "This torn portrait was out of focus"... Et si Self Portrait était finalement une réponse à l'album précédent, à ce titre fataliste et grave qui y figurait, au climat qui régnait dans l'esprit des musiciens ?

Bisous.





English translation :

This album pisses me off. Not because it's boring, but because I have troubles to find the words to begin my review, so I'm writing stuff as it comes to mind when I finally had inspiration to describe the new album of Loma Prieta. In truth, this album is really cool. It represents a logical following between IV, a catharsis of men in full mental and musical research, and the 7" split with Raein where they've reached the peaks of violence and dissonance. As the years progressed, the more their music drowning in saturation and distortion. Then we asked ourselves how our ears were whistling with the next release, and what Loma would looks like in 2015 with the highly anticipated Self Portrait. So, this album, a blur selfie of a band that would finally put to noisecore or a clearer picture, at the height of the band's career? It turns out that it's just a kind of synthesis of what Californians play and listen for 10-year career. In the end, as usual with them, it's a more or less complex but melodic-drived record.

Yeah, it was never easy to listen to an LP of that band, except with Last City where the sound in general is very clear, and where the musical richness, inventiveness and emotional discharge of this continue to impress. But otherwise, at the first listening for the common of punks, a Loma Prieta record is too noisy to enjoy the melodies or too chaotic in general. A good number of people and unleash the case, I think especially to kids who used to see them in first part of bands of the Wave like Pianos Become The Teeth, Touché Amoré, but these guys don't give a fuck about it and play what they like. They are not in Deathwish Inc. for nothing! And  this band has always found its audience. Self Portrait is an album where the boys confides to us, where the band is himself one more time, always sensitive and passionate, but knows how to make violence and disorder. He likes to deliver life-saving songs ("Love", "Nostalgia" and its surprising delicate voices on the outro), to confuse the issues (the excellent "More Perfect"), and doesn't hesitate to switch to a kind of crappy and dissonant garage punk like in "Merciless". The clear voice even reappeared (on Last City, there was already a verse sung on the eponym track), but this time it's more concrete, giving with the catchy choruses and the most ethereal phases of the LP something radiant, and pretty new since Last City. So Loma Prieta has not sunk in blind darkness, but has diversified his sound, open up a little more, and brought even less interest in screamo "codes".

Concretely, in terms of emotional feeling and pure musicality, IV was more catchy and more direct. Perhaps you remember the skramz-hit "Fly By Night" or the incredible duo "Uniform" / "uselessness"? Choruses and lightness that appearing on Self Portrait must fill this gap in principle, but we got used to this more frontal side of the previous disc, making it the most gross LP of the band... OK, I lost myself in my very own opinions haha, but I'm pretty sure that most of you have loved IV much as I love it... The band may need this "lightness" in their sound to go further, to give personality to this new LP which strongly remind Raein stuff... Maybe the split 7" was an unconscious teasing of what the band prepared us?

No one knows what the future is made and this is especially true with a Loma Prieta record. Singular as a whole, hardly comparable to what is currently playing on the screamo scene (yeah, except Raein), as captivating as complex, nothing reproachable in this LP for lovers of original, abrasive and scathing hardcore punk. Maybe a little too much saturation and abstractions again to make everything really memorable, and hymns to life and despair of IV sorely lacking, but there are still moments of exhilarating intensity ("Satellite" is a GREAT and epic final), which can in themselves be enough to give the listener the envy to come back and explore again these clear-obscure soundscapes...

On IV, Brian Kanagaki (guitars/vocals) screamed : "This torn portrait was out of focus"... And if this album was ultimately a response to the previous album, this fatalistic and severe track that appeared in this record, the climate that prevailed in the minds of musicians?

XOXO.

jeudi 15 octobre 2015

Hightower ne rit pas avec le diable, mais plutôt de son bad-buzz.



Putain, cette photo est parfaite. Je voulais faire un montage qui consistait à mélanger une photo promo du groupe et une autre image d'une photo d'un crew random de banlieue parisienne, puis j'ai trouvé ceci sur leur webstore. Moi quand je vois cette photo, un couplet me vient en tête : "Comme une balle sortie du canon scié, bâtard tu nous vois pas venir, combien rêvent-ils de me voir mort sur scène ? Dis moi, combien veulent me finir ? "Tous les punks sont dead depuis le dernier Jawbreaker, venu découper des têtes eh ouais j'y mets le fire, car ici c'est 7-5 Paname Nord, tu sais d'où vient les ti-peu qui remontent le score"PARIS. MOST. HATED. XVBARBAR x Hightower fraté, qui peut tester !...

... Bon OK, j'explique ce mash-up dégueulasse (et le remix conséquent que les vrais sauront reconnaître, et Dear You est génial btw) : l'un de mes frères est fan du trap-de-quartier jeu parisien, du coup quand je dors chez maman je découvre avec lui qui sont les protagonistes de la scène en dehors de Kaaris et de Lacrim, et qui en sont la relève, du côté plus underground des cités HLM. Ainsi, armé de mes connaissances, de temps à perdre et de ma connerie, j'ai décidé de lier pop-punk et trap dans cette review parce que je suis tout simplement un peu barré, et que les deux parties partagent potentiellement le même taux de canailleries et de commentaires négatifs à leur égard. Et l'un des barbares vend peut-être de l'herbe à l'un des punxs qui sait ? (vous l'aurez compris, le straight-edge level sera quand à lui absolument nul sur cet écrit).

J'avais prévu de chroniquer ce disque lors de sa sortie. Puis finalement, comme pas mal d'autres reviews, c'est passé à la trappe... Jusqu'à ce que je reçoive un mail de Jérémie me proposant de chroniquer l'album dont il est question ici, ça m'a remotivé à écrire. Ainsi, voici l'histoire du vilain petit canard 2k15 du punk parisien, qui contrairement à ce que peut laisser croire la photo n'est pas un groupe de beatdown allemand. Il était une fois lors du dernier concert de Into It Over It à Paris, en 2013, un groupe local qui devait ouvrir pour le groupe d'Evan Weiss, un truc dont je ne savais rien et dont je ne trouvais aucun morceau sur le web. C'était vendu comme du pop-punk/indie qualité, alors j'ai attendu de découvrir ça en live, puis j'ai entendu/lu des histoires assez chelou les concernant ce même soir où ils n'ont finalement pas joué, pour des histoires à base de menaces physiques à leur encontre.

Plus tard, je les ai enfin vu en première partie de Nai Harvest, qui jouait avec Turnover quand c'était pas encore du pop-rock chorusé soporifique. Ils n'avaient pas encore sorti de disques, mais avaient déjà du merch. J'avais franchement bien aimé leur musique, mais détesté leur attitude froide et trop assurée. Et puis une succession de trucs pas cool se sont accumulés dans mon newsfeed Facebook à leur propos : une interview sur Noisey ou ils descendent la scène punk française (j'ai moi-même été contre certaines de leurs idées), un report hilarant que je ne citerais pas de leur first part pour Rise Of The Northstar ou le public et le chroniqueur n'avaient strictement rien compris au délire des parisiens et visiblement au punk en lui-même, et une histoire qui a pris des proportions absurdes ou une organisatrice anglaise et le groupe se renvoyaient la balle sur la conception du féminisme de chacun (honnêtement, après avoir scrupuleusement lu les deux pavés, je n'ai finalement rien compris au débat et il est beaucoup trop flou pour en tirer une quelconque conclusion plausible)... En gros, aujourd'hui, Hightower est devenu pour certains le successeur de Kickback dans la capitale au niveau de la mentalité, faisant ainsi concurrence avec Cowards, ces derniers n'étant pas spécialement fans de Hightower, soit-dit en passant. C'est peut-être un peu abusé, non ? Les mecs de Hightower n'en sont pas encore à lancer des doigts d'honneur et des chaises à son public, ni à écouter du black metal de couleur bleu marine. (Est-ce que Nadine Morano est une variante de bleu ?)

Mais savez-vous que derrière ces faits salaces se cachent Sure. Fine. Whatever., un premier album qui, que tu le veuilles ou non, est plutôt cool ? Je l'ai écouté avant l'histoire du "why hardcore sucks", et je l'ai trouvé bien efficace. Pour le composer et le défendre, les mecs n'ont pas perdu de temps et s'en sont donnés les moyens : gros son, grosse prod, gros rendu, gros trajets. Les mecs ont bougé en Californie se faire enregistrer ni plus ni moins que par Steve Evetts, le mec qui a produit une impressionnante liste de groupes : The Cure, Sepultura, Snapcase, Glassjaw, The Dillinger Escape Plan, Kid Dynamite, et un de leurs groupes préférés, Lifetime, qui a produit ce disque. Pour défendre cette galette, les parisiens tournent déjà pas mal en Europe, tout en continuant de faire des dates de hardcore pas sympa dans les caves de la capitale genre Merauder, où en ouvrant pour Turnstile à la Mécanique Ondulatoire (où j'espère qu'ils ne joueront plus jamais, aussi cool que soit ce groupe). Alors, Hightower, du negative pop-punk ? C'est sûr qu'ils doivent moins facilement partager leurs pizzas que ceux qui écoutent Man Overboard sachant qu'on a quand même un ex-Providence aux fûts, mais ce premier album n'est pas pour autant moins ensoleillé et catchy qu'un bon Hello Bastards ! C'est motivant, c'est heartfelt, ça braille sec, y'a même quelques plans légèrement "moulinade", tout ce qu'il faut pour faire son sport sous le soleil ou pour chiller avec tes potes. Dès le premier morceau, "Aqua Tiger", tu es mis en condition avec les éléments cités plus haut, un face à face avec un tube pop-punk/mélo hardcore à la bien, quelque part entre le soleil du Groezrock (parce que c'est aussi bien produit d'une headline de ce fest t'as vu) et la sueur des caves parisiennes. Ça ressemble par moment à du Gnarwolves en moins "rien à foutre", à du Title Fight jusqu'à l'album Shed (rien que "1076" te le prouvera)... En se plongeant dans les paroles de l'album, on se rend compte que tout n'est pas si sunny que ça dans ce disque, en témoigne le texte de "Under A Funeral Moon", qui contraste avec l'ambiance générale du disque et du morceau-même : "If there was a light in the morning, maybe someday it could mean something more, sleep is a chain I deal with, troubles I have are not meant to be wrong. Silence is all that's left to meeeeeee!" *insère un sing-along ici*. Le moment ultime de l'album s'appelle "Cobblepot", 1mn45 straight to your face avec des riffs qui restent en tête, ça va droit à l'essentiel, c'est BON. "I'm waiting for the cold to go, ten years of a threatening sky, reminds me of a place I know, warm tears slowly fall to the ground!"

Alors je revois venir certaines personnes me dire "ouais mais les mecs se la pètent vachement pour pas grand chose parce qu'au final ça ressemble à plein de trucs". Bah... Le pop-punk en règle générale n'est pas super original hein, gringo. Il suffit juste de savoir bien le faire ou non pour que ça sorte du lot. Eux savent le faire à l'américaine, avec de l'arrogance et du culot certes, ça énerve pas mal de monde mais ça doit bien les faire marrer au final. Peut-être un peu comme XVBARBAR au final (bientôt le split 7" dans les bacs les frères, vendu sous le manteau à clicli et à la Méca). Ils auraient pu faire comme tout le monde depuis deux ans et rentrer dans la street cred' du moment en faisant du grunge et du shoegaze mais non, ils préfèrent distiller du fun pour de vrai. why so serious ? Quoi qu'il en soit, ils ont bien digéré leurs influences, ils jouent leur musique pour s'éclater sans se prendre la tête et la vider des soucis quotidiens, partager le micro avec les kids qui le voudront bien, et c'est l'essentiel. Un peu trop calibrée à mon goût mais ça se laisse apprécier tout seul, surtout quand tu sais pas quoi mettre en soirée et que tu veux pas saouler tes potes avec ta série de groupes de screamo suédois déprimant que tu t'écoutes passionnément en boucle depuis une semaine (genre moi au moment où je finalise cette chronique). N'écoutez pas ce groupe si c'est pour chercher une leçon de morale, Hightower n'est pas Orchid, sauf pour cette phrase : dance tonight, revolution tomorrow.

De toute façon, rien que parce que ce groupe fait porter son merch à une femme-furet, il devient par conséquent plus cool que le tien.


Bisous.