jeudi 9 juillet 2026

Des nouvelles de l'emo français, épisode 2

Bon, évidemment qu'il y allait avoir une partie 2 à mon tour de France de la scène emo hexagonale. Car après avoir posté la première partie, j'ai eu quelques suggestions d'écoute, qu'elles soient déjà sorties... Ou à venir. Ou alors c'est déjà paru mais j'ai sorti cet article trop tard. J'aurais dû poster cet article il y a deux mois déjà, mais entre mon TDAH, le fait de survivre aux chaleurs infernales et historiques qu'on vit en France depuis Mai, et aussi le fait que j'arrive plus à écouter aussi souvent de musique que je le voudrais pour le moment... Je suis vraiment désolé-e auprès des personnes qui ont bien voulu me faire écouter leur musique avant qu'elle sorte.

C'est ainsi que j'ai par exemple eu vent de l'existence du groupe Météore seulement après avoir posté le premier "épisode", un groupe principalement basé à Brest, qui a sorti son premier disque l'an dernier, un excellent EP 3 titres qui propose un emo/post-hardcore direct et catchy, plutôt proche de la scène 90s américaine. Ca va peut être vous surprendre, mais j'entends un léger côté "rock français début 2000's" dans ce timbre de voix et ces paroles, un peu comme si on retrouvait Damien Saez d'il y a 20 ans : un chant nasillard mais qui tombe à-propos, soutenant des textes plutôt sombres mais poétiques à la fois, et surtout sans perspective de pondre des triples disques ou faire des concerts de toute une nuit juste pour dire grosso modo que les femmes sont des putes (les "oh encore un-e qui a rien compris aux intentions de Damien Saez", je vous attends en commentaire pour en débattre ahah), et je pense que vous aurez compris que son postulat n'est pas de défendre les travailleurs-euses du sexe. En vrai, si l'emo avait percé en France à l'époque où Kyo explosait les charts et que Météore existait à cette époque, il aurait fait une grosse concurrence, et c'est pas du tout péjoratif. Pour revenir sur une scène vachement plus proche de la leur et de la mienne, je pense pas être à la ramasse si je les compare à une version française de Mineral, en espérant que ça les honore. Je pense que c'est la première fois que j'entends un groupe français sonner si proche d'eux depuis Erevan (que j'avais déterré des oubliettes de l'emo français il y a déjà DIX ANS par ici). J'ai super hâte d'entendre de nouveaux morceaux de la part de ce groupe, tout en sachant qu'il s'agit ici pour l'un d'entre eux d'un side-project. 



Car certain-e-s l'auront peut-être deviné à l'écoute, il s'agit effectivement du chanteur de Karaba F.C, une autre jeune formation mais qui a déjà sorti son premier album SYMBIONTS l'an dernier, dont les membres vont et viennent entre Paris et Brest. J'ai été spammé-e en DM sur instagram pour me dire "ah ouais c'est le projet du mec de Karaba F.C" en parlant de Météore, ce qui m'a permis de rattraper mon retard sur la sortie de ce disque. C'est un peu plus riche musicalement que la simple étiquette emo/post-hardcore cette fois-ci, ici les voix hurlées me rappellent énormément les fabuleux australiens de Violent Soho, et je pense que la dynamique des morceaux (en plus de la voix) évoquera At The Drive-In à certain-e-s, voire même le rock anglais à la Bloc Party / The Killers parfois. Lorsque le groupe met vraiment le pied dans les influences emo de leur musique comme sur "Celebrate", ça me parle vachement, et un album entier dans cette vibe, j'en raffolerais ! C'est à partir de ce titre que je suis vraiment rentré-e dans l'univers de ce disque à la première écoute. C'est dans tout les cas un disque aventureux, très bien écrit, et selon moi taillé pour être vécu en live. À noter qu'en Avril dernier, un nouveau morceau est sorti, "Black Soap", dont les similitudes avec Thursday (et également toujours At The Drive-In) sont nombreuses, et ça me fait chaud au cœur.


Du côté de Toulouse, je vous présente Strates, qui se revendique être sous influence Unwound ou Polvo, et effectivement ça s'entend. On est clairement sur un post-hardcore qui tend vers le noise-rock et le post-punk, jouant avec les temps calmes, les tensions et comment nouer les deux et créer du commun aussi bien musicalement que philosophiquemen : je trouve les paroles incroyables également, elles comblent un vide laissé par un certain groupe nantais dans mon cœur. Bref, une démo qui sonne vraiment pas du tout comme une démo (tout comme c'est le cas avec la magnifique première sortie de Monde Moderne dans un registre plus power pop / indie punk, dont l'un des membres de Strates fait partie) tellement c'est bien écrit et produit, ça me rappelle un peu les lyonnais de Monplaisir dans le même paysage musical, en moins Sonic-Youthesque cependant. J'y entends également forcément un brin de Bâton Rouge, pour rester à Lyon. Un grand bravo à Strates!


Je vous avais parlé dans l'article précédent de L'Idylle, un jeune et prometteur groupe de screamo originaire de Rouen, en vous disant que je pense que le groupe va bien évoluer au niveau des textes. Eh bien il s'avère qu'un nouvel EP vient de sortir, répondant au doux nom de "Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards". Et on est sur un degré d'intensité et de maturité un cran au-dessus ! On est toujours sur des tourments qui semblent venir du fond du coeur, mais entremêlés de réflexions sur le monde qui nous entoure, qui sied parfaitement avec le chaos (volontaire) qui règne dans leur musique qui n'hésite pas s'étirer vers le black metal, tout en prenant soin de distiller de belles mélodies pour soutenir le côté emo. C'est brut à la façon des groupes d'emo hardcore français des années 90, c'est sincère, c'est top ! Le disque se conclut sur ces mots : "Le monde s'effondre tout autour, mais il reste de l'amour". Et c'est pour moi des mots tout simples mais lourds de sens aujourd'hui. Et pour les avoir enfin vu-e-s en live, riien n'est surjoué, tout est ressenti très fort. Je pense qu'on tient là une des réelles pépites actuelles de cette scène.


J'ai également eu la chance énorme d'avoir eu accès en avance au prochain album de Trainfantôme, Constant Farewells, un groupe de Lorient et Nantes qui représente le pan de la scène emo française qui a choisi de s'immerger dans le rock alternatif des années 90 en règle générale depuis 15 ans (en gros depuis que Title Fight et Basement ont explosé en termes de popularité), et qui me parle très fort. Est-ce que eux aussi ont passé leur adolescence sur Tumblr?


C'est quelque chose que j'avais abordé avec ma review du deuxième album de Paerish. On a un petit vivier de groupes comme ça aujourd'hui en France, chacun dans un style qui leur est propre mais avec beaucoup d'influences communes : Trainfantôme donc, mais aussi Paerish, Dewey, Loons, Barimore... Mascara aussi, car ils viennent également de divers courants de la scène emo, et j'adore le premier album Going Postal sorti récemment, mais les concernant on est plus sur la branche metal / "Deftones revival" (en vrai sans chipoter, c'est quand même proche, Deftones ayant pas mal d'inspirations post-hardcore, mais j'arrête les digressions), et ils sont uniques en leur genre pour le moment ici. Et avec ce prochain album, Trainfantome rentre plein gaz dans cette nouvelle scène shoegaze emo-related, pour mon plus grand plaisir. Si vous êtes familier•e•s avec des groupes comme Cloakroom, Downward, deathcrash, ou They Are Gutting A Body Of Water, je pense que vous aurez saisi la vibe de ce nouvel album après ce name-drop, qui fait suite à un précédent disque, THIRST, paru en 2023 (déjà !) et déjà excellent. On retrouve une belle cohésion entre les explosions de fuzz et de distorsion, des nappes de synthés qui vous rappelleront TAGABOW, des moments beaucoup plus doux et délicats qu'ils soient plutôt vaporeux ou purement mélodiques...

C'est le genre de disque où aucun titre ne fait bande à part, qu'il est impératif d'écouter comme un tout, ce qui peut être challengeant en ces temps où l'attention diminue de plus en plus. Et c'est typiquement le genre de disque qui apaise mon TDAH tant ça arrive à me captiver et tant on veut aller à la fin du voyage musical. Au cas où des puristes hooligans passeraient par ici et se demanderaient pourquoi qu'on parle de shoegaze par ici, rappelez-vous que c'est un genre musical qui a profondément influencé des groupes phares de la scène emo comme American Football, Mineral ou The Pine. Et gros big up à leur attaché de presse grâce à qui j'ai découvert Truth Club sur le presskit concernant Constant Farewells, c'est une magnifique découverte !



Je m'autorise un léger hors-jeu avec le nouvel album de Fall Of Messiah, les illustres nordistes inspirés par la montagne et la chiale. Léger, car ça a beau être essentiellement un groupe de post-rock, mais les garçons qui forment ce groupe depuis maintenant 20 ans sont profondément ancrés dans la scène emo, que ce soit par passion ou par implication. Et ça se ressent depuis toujours dans leur musique (je rappelle que leur premier EP c'est tout simplement du mathcore avec un riff de Super Mario au milieu).

6 ans après Senicarne ("enracinés" à l'envers, mais sans que ça ait aucun rapport avec une revendication patriote de bas-étage, on parle plutôt d'un rapport profond avec la nature qui est palpable dans leur univers sonore, leurs paroles et leurs clips), ceux qu'un oncle de ma copine appellerait sans aucun doute "mes solides" (il est normand, c'est proche eheh) reviennent avec Green Lands, tout aussi évocateur des inspirations du groupe. Et la nature étant aussi éblouissante qu'inébranlable, ce disque se devait d'être à son niveau, et il l'est en tout cas au niveau de la puissance émotionnelle, j'ai failli pleurer plus d'une fois à son écoute, notamment sur "Hourvari" et ce qu'elle m'évoque : grosso-modo, c'est un hommage à une personne qui a donné de a lumière et de la résilience à son partenaire, et c'est décrié avec le même amour que je porte à la personne qui m'a apporté strictement la même chose, ce qui m'a permis de survivre jusque là. Je suis sûrement biaisé-e et certaines personnes ne seront pas aussi touchées que moi, mais c'est comme ça sur le blog depuis le début, je raconte les disques tel que moi je les ressens. Pas de neutralité ici, je laisse ça aux médias de centre-(extrême)droite qui ont fait qu'on risque de se taper le RN au pouvoir en 2027.

Plus le temps passe, moins j'arrive à prendre le temps pour du post-rock trop contemplatif, je préfère quelque chose avec une dynamique constante, même si c'est sur des tempos très doux (Mono restant l'exception). Si je vous parle de Caspian ou de If These Trees Could Talk, vous aurez sûrement en tête ce que j'ai besoin pour que ça me captive pleinement, et Fall Of Messiah coche beaucoup de ces cases. Je trouve que le groupe reste globalement fidèle à ce qu'ils font depuis 2/3 disques (il semblerait que tout est issu du même cycle de vie et de composition depuis Empty Colors), c'est tout aussi stellaire que délicat, tout aussi mélancolique que solaire, sans avoir besoin d'en faire des caisses techniquement, alors que chacun a une énorme maîtrise de son instrument. On prend toujours en pleine face ces instants scandés ou criés, qui fonctionnent un peu comme une giboulée dans ce véritable ciel etoilé sonore. Oui une giboulée c'est globalement sombre et chiant (même si en ces temps d'enfer caniculaire on attend toustes le moindre orage avec impatience), mais prenez-le dans un autre sens : une giboulée c'est bref et puissant, et ça pleut beaucoup, comme ces messieurs quand ils regardent du screamo en live.

J'espère que ça sera un compliment pour eux, mais leur musique c'est typiquement ce que j'ai envie d'écouter quand je me balade à pied ou en caisse sur les routes du grand Bourgtheroulde ou sur les plages normandes, pour prendre un peu l'air. Je suis dans les Vosges au moment de finaliser cet article pour mes vacances, et c'est également plus qu'approprié.

Anecdote qui m'a tué•e de rire : en ré-écoutant "Il Faut Passer L'Hiver" dans mon RER pour aller au taff, pile à la fin du morceau j'entendais un bébé qui pleurait dans la rame. C'est un excellente synthèse de mon expérience avec ce groupe selon moi !




Il fallait également que je répare cette grave erreur d'être passé•e à côté de Apart, un groupe originaire du Havre, que je n'ai réellement découvert que lors d'un concert parisien fin Avril qui les réunissaient avec Fall Of Messiah, Chalk Hands, Nesseria et Pluie Cessera. Leur premier disque Through The Cracks est sorti il y a 2 ans déjà, et c'est un excellent début ! Il a notamment été produit par Amaury Sauvé, et illustré par David De Beyter, dont une partie de son travail photographique consiste à faire exploser des bagnoles. J'ai beaucoup pensé à American Football, Sport, Football Etc, et même à Fiddlehead sur  certaines mélodies vocales, pendant mes écoutes de ce disque, qui pourrait avoir eu sa place chez Count Your Lucky Stars Records. "Unsaid" est probablement mon morceau préféré du disque, le refrain est TELLEMENT catchy, puis le thème de la chanson parle pour elle-même : les choses qu'on ne se dit pas, ou qu'on a pas osé se dire, et qui nous bouffent de l'intérieur.


De retour du côté de Paris, il ne faut pas passer à côté de Handbrace, composé d'ex-membres des éphémères mais chouettes Prune 99, qui jouaient une dream-pop douce et chaleureuse. Iels viennent de sortir un premier EP deux titres dont le titre dévoile sa genèse : originally intended as a demo... On sent fort que les récents morceaux de Sport et Tigers Jaw ont pu être des influences fortes, mais pour autant je reconnais bien la douceur qui caractérise la musique qu'iels ont envie de faire depuis Prune 99 (alors qu'à côté, l'un d'entre eux booke du metalcore énervé avec Ambarona Booking quand il ne sort pas de chouettes tapes avec Spleencore Records!)


J'ai eu également la chance d'avoir accès au prochain EP de Solitone à l'avance, nommé Le champ des possibles, et au même titre que L'Idylle, il y a un step-up qui me fait du bien à l'oreille. J'accroche un peu plus au chant de Yannick, et c'est musicalement mieux construit et produit. Mais ça n'enlève en rien que le projet existe depuis le début par passion profonde pour leur art et ce qu'il implique également à côté. C'est toujours très fortement influencé par les groupes phares de la scène emo/screamo française, et on notera d'ailleurs une apparition de Lucas qui chante dans Ari et despiteeverythingitsstillyou, sur le titre "Rien ne va". Ah oui je vous parle pas d'un disque de summer pop ahahah: les textes parlent de la purge que c'est de vivre dans le capitalisme, de subir son rythme et ses oppressions, et notion spéciale à "l'écoute sur la table" qui rend hommage aux victimes de VSS silenciées dans nos scènes parce que prises pour "mythos" ou "folles", avec une belle punchline au passage : "Ca pullule de vrais mythos / Qui hurlent au moindre MeToo". Sur la fin du morceau, Yannick explique qu'il n'est pas parfait et qu'on est en apprentissage chaque jour (en fonction de nos statuts sociaux), et il a raison. Je le remercie d'ailleurs beaucoup pour être toujours dans le coin à m'encourager quand on vient à discuter de tout et de rien.


Ah d'ailleurs, en parlant de despiteeverythingitsstillyou : j'ai pas entendu un screamo aussi brut(al) et puissant en France depuis Ravin ou Entzauberung (deux groupes dont j'ai fait l'éloge sur le blog), c'est complètement dans la veine de classiques comme Orchid ou Ampere, flirtant parfois avec le hardcore ("doyouthinkyourecaring" présente sur l'EP sorti en Octobre 2025 est à la limite du vegan edge hardcore ??), et dans la droite lignée de la micro-scène "emoviolence". Et je me suis vu offrir une copie vinyle du plus récent disque de Ari, sorti en Mai 2024, Le Confort Des Illusions, par ce même Yannick jouant dans Solitone (qui propose un super artwork au passage), qui nous emmène dans quelque chose de plus aérien, massif et étendu, avec quelques accents post-metal, mais tout aussi intense et vif. Ces deux groupes, c'est le screamo à la française dans toute sa splendeur, tout en apportant une dose de renouveau !




Pour finir, j'ai eu grand plaisir à retrouver Mélanie de Jarod, aussi bien personnellement que musicalement, au sein d'un nouveau groupe nommé Malvä, qui a sorti une démo en 2025, Éclore Dans les Cendres. On est résolument sur de l'emo/screamo politisé (avec quelques accents post-rock qui soutiennent très joliment les instants spoken-word), traitant principalement des horreurs que peuvent vivre les victimes de violences diverses, d'abus, de la difficulté de se reconstruire, de se réapprioprier leur corps, et globalement du patriarcat et de son impact sur nos vies. Il me paraît par ailleurs important de préciser que le groupe est constitué de femmes et d'une personne non-binaire ! J'ai bien hâte d'entendre du nouveau de leur part, en espérant que cette aventure au travers de laquelle iels racontent des choses lourdes, leur apporte du baume au coeur.


En résumé : l'emo en France se porte TRÈS bien, je suis super content-e. Et quelque chose me dit qu'on est encore qu'au début d'un cycle. Il n'y a pas grand chose d'autre à espérer du futur, mais le renouveau de la scène locale c'est déjà pas mal pour espérer trouver du courage pour survivre à la vie quotidienne. Dans le lot de groupes qui font partie de cette relève, peut-être que j'en ai encore oublié certains, je compte sur vous pour en parler dans les commentaires. il y en a également d'autres que je connais et que j'aurais pu citer, mais il ne faut pas oublier que derrière ce blog se cache une personne qui ne reniera jamais ses convictions, et qui sait toujours, à un moment où à un autre, les casseroles qui se passent dans la scène. Je vais pas être le plus gros de leur audience de toute façon, mais je fais pas de pub pour les gens qui ont des doubles discours. :)

samedi 4 avril 2026

Des nouvelles de l'emo français

Tout peut encore arriver dans cette époque infernale, et très souvent le pire, la preuve : voici une nouvelle tartine de ma part ! Alors que j'ai littéralement posté UN SEUL ARTICLE en 2025. J'espère que ça va du mieux que possible pour toutes les personnes qui passeront par ici en ces temps désespérants, et que vous avez aménagé votre bunker pour la troisième guerre mondiale.

Je trouve ça curieux, mais des groupes de partout dans le monde continuent de m'envoyer des liens pour faire (re)découvrir leur musique, alors que sur ce blog, je poste maintenant une fois par an ? Ça me fait vraiment plaisir en vrai. Mais de la peine aussi, parce que y'a beaucoup de trucs qui sont passés à l'as malgré le fait que j'ai pu découvrir plein de chouettes choses ainsi. Puis les personnes que je croise à des concerts qui continuent de me reconnaître, de parler de l'impact du blog... Il a beau avoir 15 ans maintenant, autant de recul pour moi, mais ça m'impressionnera toujours. Surtout que je n'ai définitivement pas pris le virage du digital, jamais de ma vie je n'irais sur TikTok, et j'ai une flemme immense de poster sur deux comptes insta à la fois (le jour où on pourra crossposter des stories je serais tellement heureux-se)...

Pour ce qui est des trucs passés à l'as, je pense aux Parisien•ne•s de Pluie Cessera. J'ai eu la chance de pouvoir écouter leur premier EP, We've Been Alone, avant sa sortie le 12 Septembre 2025 après avoir reçu un mail de Ronan (guitare), et c'est globalement très cool, à cheval entre un indie rock tout doux, et un catharsis directement inspiré des groupes les plus connus de l'emo/screamo français, même si les paroles sont majoritairement chantées en anglais. C'est super cool qu'il y ait autant de douceur dans leur musique, j'ai tendance à en vouloir davantage en vieillissant dans ce que j'écoute (même si à côté je suis désormais raide dingue des groupes qui sonnent comme Alice In Chains ou les Smashing Pumpkins). Par ailleurs, la direction artistique du groupe est clairement affichée dans leur presskit : des couleurs, de la chaleur. Bah moi je trouve ça super emo. Iels parlent de Touché Amoré, La Dispute ou Foxtails comme influences clés, et je pense que si vous aimez également des groupes plus anciens comme 125 Rue Montmartre, Everyone Asked About You ou The Hope And The Failure, vous devriez adorer ces emokids qu'il me tarde de voir jouer en live.




Il fallait également que je m'arrête sur le retour de Sport, a.k.a nos Algernon Cadwallader lyonnais (incroyable album retour des Américains sorti en 2025 par ailleurs, avec un gros aspect politisé, et que je trouve musicalement plus grunge que plein de trucs labélisés comme tel), au travers de leur nouveau disque nommé In Waves, qui à ma grande surprise se fait plutôt discrètement, sans hype comme ça avait été le cas avec Bon Voyage, et un peu avec Slow. On parle quand même d'un groupe qui a réussi à prendre une popularité aussi forte que les pointures du "emo revival" américain qu'on avait lors de l'apogée de la "carrière" de Sport, jouant partout dans le monde, et dont le disque phare "Colors" vient de passer la barre du 7ème pressage. 

C'est assez fou de se dire que Slow est sorti il y a 9 ans. Purée, qu'est-ce qui s'en est passé des choses depuis. Et c'est important à souligner tant ce disque avait à l'époque résonné en moi, lui qui évoquait la peur de prendre de l'âge, la peur du temps qui passe. Tout est assez philosophique avec ce retour, les thèmes de ce nouveau disque par rapport au précédent, et mon vécu au milieu. Dès le premier morceau, "Life", on est sur une rengaine simple et qui je pense peut être relatable auprès de plein de trentenaires ou jeunes quarantenaires : "Life as you know it just became more meaningful / It gives me something". J'ai tendance à dire que une fois la trentaine entamée, on a assez de recul pour savoir ce qui a été fait en erreurs comme en belles choses, et comment on peut avancer sereinement avec ses forces et ses faiblesses, vachement plus clairement qu'à la vingtaine où tout est finalement très chaotique et balbutiant. Ça m'évoque cet équilibre-là, et le fait est que passé 30 ans on peut s'émerveiller sur un tas de choses qu'on pensait plutôt ringardes (parfois malgré soi) durant la vingtaine. 

Ce groupe me fait penser très fort à Raein (qui a AUSSI sorti un très bon disque surprise en 2025, qui assume clairement des influences post-punk tout en restant fidèle à leur musique profondément emo), dans le sens où c'est juste un groupe de potes qui avancent dans la quarantaine, qui vivent leur vie chacun de leur côté, mais qui font en sorte de garder leur groupe intact sans se forcer à faire des sorties ou des tournées, mais juste prendre la vie comme elle vient, et nous la raconter ensuite avec une belle intensité, une certaine sérénité aussi, malgré la gravité de certaines histoires. Et parfois un ton un peu ironique, parce que être pleinement adulte c'est se prendre en pleine face la réalité de nos sociétés, et les tourner en sarcasme ou en blagues pour ne pas devenir complètement zinzin. Bref, In Waves est un très chouette disque retour, dans la lignée de son prédécesseur, qui fait juste du bien à écouter. 

Petit point drôle : quand on cherche des reviews ou juste "sport in waves" sur Google, on tombe principalement sur un gel fixant pour les cheveux. Y'a un créneau à aller chercher pour le merch : fixation béton pour les plus belles mèches emo, tenue longue durée même après les larmes lâchées après les concerts de nos groupes préférés ! Et petite demande personnelle : à quand un morceau nommé "Alain Prost, 1983" ? Toute l'histoire de la saison 1983 de Formule 1 est infiniment folle et triste à la fois, puis ça finit sur un grand sportif français pestiféré de son pays qui perd le titre de champion du monde de son sport à deux points près, vraiment une saison super emo (ou juste une super anecdote à rappeler à la Fédération Française de la Loose).



Dans un registre plus "hardcore", il y a un nouveau "supergroupe" qui réunit des membres de Sorcerer, Paerish et feu-Lodges : Ender. Un premier EP est paru l'été dernier, et il est fortement influencé par des groupes phare de la scène emo et metalcore des années 2000, Poison The Well en tête (qui ont sorti un nouveau disque en 2026, et pareil : c'est excellent !). A n'en point douter, les fans de Texas Is The Reason et Far trouveront également leur compte sur ces morceaux parmi les moments les plus mélodiques. L'un d'entre eux était très enthousiaste à l'idée d'écouter l'album de Miltown attendu depuis 25 ans et qui est sorti en Septembre 2025, et je pense que cette obscure influence est également perceptible. Un super premier essai qui me donne hâte d'en entendre plus. Mes sources dans le paddock de l'écurie parisienne des emokids m'indiquent par ailleurs un nouvel album de Paerish en approche, et la hâte est évidemment TRÈS présente, tant j'aime fort ce groupe.




Je n'ai encore jamais parlé d'elleux, mais il me semble important de m'arrêter sur un groupe qui est l'héritage direct de Daïtro ou Mihai Edrisch : j'ai nommé L'Idylle. Le groupe cultive un certain esthétisme qui me rappelle fortement un groupe parisien plus discret mais non moins influent: Madame de Montespan. Mais surtout, les personnes qui constituent L'Idylle assument entièrement leurs inspirations culturelles, qu'elles soient musicales ou autre. Aucun complexe à afficher leur attachement à des arts nouveaux, qu'on voit fleurir auprès de la génération Z, ou bien à des styles vestimentaires qui ne rentrent pas dans les cases du "vrai emo". C'est vraiment une relève que j'espère voir en nombre, c'est ce message que j'aimerais voir plus souvent sur nos scènes encore très refermées sur elles-mêmes, quoi qu'on m'en dise. Un seul EP est pour l'instant paru en 2022, Romance / Violence, mais remasterisé en 2025 et avec un nouvel artwork signé par Bart Balboa (que vous connaissez sûrement en tant que chanteur/guitariste de Birds In Row et Pain Magazine). Les paroles sont nettement moins politisées que peuvent l'être celles de Daïtro, on est clairement sur des tourments émotionnels au sens propre. Mais ça n'empêche pas que les personnes qui composent ce groupe sont très sensibles aux sujets qui bouleversent et pourrissent nos sociétés aujourd'hui, et que le certain égocentrisme des paroles évoluera avec le temps.




Ce qui me donne l'opportunité d'enchaîner sur le premier disque de Naufraage, dont certains membres ont justement fait partie de Madame de Montespan, Cathedraal... Et ils ont sorti en Octobre dernier leur premier disque, Les déférlantes. Ici, on s'oriente sur un son vachement influencé par le black metal (ce qui était déjà beaucoup le cas chez Cathedraal), avec la même plume intimiste, écorchée et poétique, à l'image de L'Idylle, et finalement des projets précédents des membres qu'ils concernent, dont Naufraage conserve une bonne partie de l'identité au niveau des thèmes abordés et du mood global. Et ouf, ça ne m'a pas l'air aussi edgy (et infiniment moins problématique) que Céleste, pour les comparer à ce qui est comparable sur la scène française... Rien de nouveau donc, mais un plaisir de retrouver des sonorités puissantes et sombres quand le besoin s'en fait sentir, pendant les "jours sans".




Il y a aussi le 1er album de Circles, un groupe nantais qui lui est complètement dévoué à l'école "Revolution Summer". La mode actuelle dans le hardcore français c'est les trucs qui sonnent comme du death metal mais avec des breakdowns, joué par des gens qui veulent sonner toujours plus Kickback les uns que les autres, et si en soi c'est rigolo sur le papier, ça me saoule à la longue car il y a zéro variété au final (et faut arrêter de trouver ce groupe cool au passage vu les enflures que c'est). Même les groupes straight-edge locaux arrivent pas à sortir du microcosme metalcore, je trouve ça dommage.

Mais après avoir attendu désespérément, voilà ENFIN un album d'un groupe punk/hardcore français principalement influencé par quelque chose d'autre : le son du Revolution Summer. En vrai, un groupe français avait déjà exploré ces influences dans les années 90 en tentant de le montrer musicalement, Fake Hyppi, mais ça ne s'entendait pas tant, ca restait très axé noise rock au final (oui bon, Fugazi, tout ça...). Puis la scène Stonehenge Records s'en inspirait beaucoup également, mais eux sonnaient en fait vachement plus comme tout les disques hardcore politisés fin 80s / début 90s qui exploraient de nouveaux paysages sonores genre Merel, Iconoclast, Turning Point...

Alors que là, le premier album des nantais, still., sorti il y a bientôt 2 ans déjà, nous plongent totalement dans nos mélodies et gimmicks de voix préférés de Rites Of Spring, Fugazi, Dag Nasty, One Last Wish voire Minor Threat... Avec une petite touche personnelle comme ce petit côté funky qu'on entend parfois, ou bien ce rip-off totalement assumé des Youth Avoiders (bon, vous connaissez le refrain maintenant : nouveau disque en 2026, nouvean banger, avec désormais Nico de chez Bleakness et Amanda Woodward qui a rejoint le groupe !) sur le premier titre du disque, "Split". Y'a peut-être un petit peu de britpop dans cette histoire, en témoigne l'outro de "Sunglasses" (qui sonne elle-même comme une outro d'album d'ailleurs) ou bien les premières notes de "Giants". Sur le morceau instrumental "Solaris", j'aime beaucoup la puissance avec laquelle les notes de batterie résonnent en écho avec ces guitares mélodiques tout en delay. Comme un air d'Amanda Woodward ?

Si je devais choisir des pistes préférées, ce serait "Split", "Still" et son groove Fugazi-esque, "Giants", "Changes" et son mélodica (un instrument que je veux absolument tester), "Revelation" et son intensité. C'est un disque écrit avec passion, sans le gros son à l'américaine qui fait le succès des collègues outre-atlantique en termes de productions et de palm-muting, mais on s'en passe sans problème. Ça n'invente rien, mais ça honore bien les influences que l'on reconnaît et ça fait du bien. J'espère sincèrement que ce disque fera des émules dans la scène française (même si j'en doute un peu malheureusement). En tout cas en termes de réflexions socio-politiques, c'est clair qu'on est mal barré•e•s à ce niveau-là, mais c'est une autre histoire. Et comme j'ai attendu super longtemps avant de poster quelque chose depuis le moment ou still. est sorti, Circles a eu le temps de sortir un EP derrière... Et il est super cool. Ca s'appelle In Defense Of Lost Causes, c'est un peu plus rapide et énervé encore, 6 titres pour 8 minutes, les textes appellent au sing-along et à ressortir dehors pour essayer de changer le monde tant que c'est encore possible, et y'a quelques featurings qui donnent une dynamique nouvelle à leurs morceaux. Merci Circles, des bisous !





Et d'ailleurs, puisqu'on parle de trucs français qui sonnent comme les groupes du Revolution Summer, je conseille également fortement le premier EP de Shadow Tides, formation toulousaine dont certains membres ont joué chez Chestnut Road ou Woodwork. 5 très chouettes titres, avec de chouettes riffs, les fans de Dag Nasty seront content•e•s je pense. Ça parle de jours passés à supporter la routine, de vouloir trouver sa place ou bien la prendre de toute façon, d'amour... C'est sorti en Mai 2025, et les plus éduqué•e•s à la cause palestinienne vont apprécier le titre "Sabra & Shatila".




J'aimerais profiter de cet article pour vous conseiller deux épisodes du podcast Incendiaires, tenu par une connaissance de longue date de la scène que j'apprécie beaucoup, qui est également grand reporter pour Télérama et auteur du livre Terres de Luttes paru en 2023. Il est récemment revenu sur 10 disques qui ont marqué les 25 dernières années de Romain (où il évoque une petite anecdote entre lui et moi à un concert de Bâton Rouge !). À la suite de la parution de cet épisode, plein de personnes ont ensuite envoyé leur propre liste sur le compte Instagram du podcast, et Romain les a toutes compilées dans un "highlight" pour qu'on puisse les consulter, c'est super cool. Et avant de conclure son année 2025, il a sorti une longue interview des membres de Daïtro, pour revenir sur l'histoire d'un des groupes les plus importants de la scène emo française et internationale.



Quand je poste cet article, on est sur le début Avril 2026, et un groupe originaire de Besançon vient de sortir un disque qui reprend toutes les sonorités que j'adore dans le post-hardcore des années 90 tendance Quicksand/Far : Random Hearts. Il y a deux membres de Jack and the Bearded Fishermen chez eux, et je crois en avoir parlé il y a des années sur ce blog, même si c'est en soi un peu plus éloigné de ma ligne éditoriale... Et pour un premier album, c'est une sacrée claque. Tout du long, le disque me fout les frissons à chaque fois, les mélodies sont mémorables, c'est catchy à souhait tout en restant bien groovy et solide. Je pense également que les fans de Hot Water Music devraient se jeter sur ce disque, nommé Love PTSD.



Et enfin, il y a le très beau premier album des angevins de Fragile, Big Big Smile, sorti en Novembre 2025. J'imagine que certain-e-s d'entre vous les connaissent via le lien de parenté du batteur Felix avec les frères Sourice, membres des fameux Thugs (je suis toujours très fan du disque I.A.B.F). Mais en dehors de ce lien de parenté, Fragile est un groupe qui existe depuis 2021 qui existe bien au-delà de l'univers de leurs aînés, et qui se nourrit d'influences plutôt à chercher dans les scènes post-punk et post-hardcore modernes, je pense notamment à des noms comme Touché Amoré ou Fontaines D.C. J'ai beaucoup aimé ce premier LP, qui montre un univers musical arrivé à maturité, où le groupe n'hésite pas à placer du vocoder dans un de ses morceaux. Il y a un peu de Militarie Gun, dans cette audace à rendre leur musique très pop et très brute en même temps, qui est également saupoudré de textures shoegaze qui donne encore plus de densité à l'ensemble. C'est puissant, c'est frais, c'est top. Je ne les ai encore jamais vu en live (ou alors ma mémoire est très mauvaise), mais j'espère réparer ça en 2026.



Il me tarde de voir comment l'emo français va continuer à se renouveler cette année et globalement dans le futur proche, que cela vienne d'ancien-ne-s de la scène comme de kids qui apportent leur fraîcheur et leur rage de vivre. Il m'est également d'avis que les temps qui courent ne manqueront pas de fortement influencer cette scène, il est de notoriété que les moments les plus difficiles donnent les chansons/les disques les plus intenses... Je ne manquerais pas de suivre tout cela, et de vous en parler :) . Par contre promis, j'essaie de pas publier le prochain post en 2027.