Tout peut encore arriver dans cette époque infernale, et très souvent le pire, la preuve : voici une nouvelle tartine de ma part ! Alors que j'ai littéralement posté UN SEUL ARTICLE en 2025. J'espère que ça va du mieux que possible pour toutes les personnes qui passeront par ici en ces temps désespérants, et que vous avez aménagé votre bunker pour la troisième guerre mondiale.
Je trouve ça curieux, mais des groupes de partout dans le monde continuent de m'envoyer des liens pour faire (re)découvrir leur musique, alors que sur ce blog, je poste maintenant une fois par an ? Ça me fait vraiment plaisir en vrai. Mais de la peine aussi, parce que y'a beaucoup de trucs qui sont passés à l'as malgré le fait que j'ai pu découvrir plein de chouettes choses ainsi. Puis les personnes que je croise à des concerts qui continuent de me reconnaître, de parler de l'impact du blog... Il a beau avoir 15 ans maintenant, autant de recul pour moi, mais ça m'impressionnera toujours. Surtout que je n'ai définitivement pas pris le virage du digital, jamais de ma vie je n'irais sur TikTok, et j'ai une flemme immense de poster sur deux comptes insta à la fois (le jour où on pourra crossposter des stories je serais tellement heureux-se)...
Pour ce qui est des trucs passés à l'as, je pense aux Parisien•ne•s de Pluie Cessera. J'ai eu la chance de pouvoir écouter leur premier EP, We've Been Alone, avant sa sortie le 12 Septembre 2025 après avoir reçu un mail de Ronan (guitare), et c'est globalement très cool, à cheval entre un indie rock tout doux, et un catharsis directement inspiré des groupes les plus connus de l'emo/screamo français, même si les paroles sont majoritairement chantées en anglais. C'est super cool qu'il y ait autant de douceur dans leur musique, j'ai tendance à en vouloir davantage en vieillissant dans ce que j'écoute (même si à côté je suis désormais raide dingue des groupes qui sonnent comme Alice In Chains ou les Smashing Pumpkins). Par ailleurs, la direction artistique du groupe est clairement affichée dans leur presskit : des couleurs, de la chaleur. Bah moi je trouve ça super emo. Iels parlent de Touché Amoré, La Dispute ou Foxtails comme influences clés, et je pense que si vous aimez également des groupes plus anciens comme 125 Rue Montmartre, Everyone Asked About You ou The Hope And The Failure, vous devriez adorer ces emokids qu'il me tarde de voir jouer en live.
Il fallait également que je m'arrête sur le retour de Sport, a.k.a nos Algernon Cadwallader lyonnais (incroyable album retour des Américains sorti en 2025 par ailleurs, avec un gros aspect politisé, et que je trouve musicalement plus grunge que plein de trucs labélisés comme tel), au travers de leur nouveau disque nommé In Waves, qui à ma grande surprise se fait plutôt discrètement, sans hype comme ça avait été le cas avec Bon Voyage, et un peu avec Slow. On parle quand même d'un groupe qui a réussi à prendre une popularité aussi forte que les pointures du "emo revival" américain qu'on avait lors de l'apogée de la "carrière" de Sport, jouant partout dans le monde, et dont le disque phare "Colors" vient de passer la barre du 7ème pressage.
C'est assez fou de se dire que Slow est sorti il y a 9 ans. Purée, qu'est-ce qui s'en est passé des choses depuis. Et c'est important à souligner tant ce disque avait à l'époque résonné en moi, lui qui évoquait la peur de prendre de l'âge, la peur du temps qui passe. Tout est assez philosophique avec ce retour, les thèmes de ce nouveau disque par rapport au précédent, et mon vécu au milieu. Dès le premier morceau, "Life", on est sur une rengaine simple et qui je pense peut être relatable auprès de plein de trentenaires ou jeunes quarantenaires : "Life as you know it just became more meaningful / It gives me something". J'ai tendance à dire que une fois la trentaine entamée, on a assez de recul pour savoir ce qui a été fait en erreurs comme en belles choses, et comment on peut avancer sereinement avec ses forces et ses faiblesses, vachement plus clairement qu'à la vingtaine où tout est finalement très chaotique et balbutiant. Ça m'évoque cet équilibre-là, et le fait est que passé 30 ans on peut s'émerveiller sur un tas de choses qu'on pensait plutôt ringardes (parfois malgré soi) durant la vingtaine.
Ce groupe me fait penser très fort à Raein (qui a AUSSI sorti un très bon disque surprise en 2025, qui assume clairement des influences post-punk tout en restant fidèle à leur musique profondément emo), dans le sens où c'est juste un groupe de potes qui avancent dans la quarantaine, qui vivent leur vie chacun de leur côté, mais qui font en sorte de garder leur groupe intact sans se forcer à faire des sorties ou des tournées, mais juste prendre la vie comme elle vient, et nous la raconter ensuite avec une belle intensité, une certaine sérénité aussi, malgré la gravité de certaines histoires. Et parfois un ton un peu ironique, parce que être pleinement adulte c'est se prendre en pleine face la réalité de nos sociétés, et les tourner en sarcasme ou en blagues pour ne pas devenir complètement zinzin. Bref, In Waves est un très chouette disque retour, dans la lignée de son prédécesseur, qui fait juste du bien à écouter.
Petit point drôle : quand on cherche des reviews ou juste "sport in waves" sur Google, on tombe principalement sur un gel fixant pour les cheveux. Y'a un créneau à aller chercher pour le merch : fixation béton pour les plus belles mèches emo, tenue longue durée même après les larmes lâchées après les concerts de nos groupes préférés ! Et petite demande personnelle : à quand un morceau nommé "Alain Prost, 1983" ? Toute l'histoire de la saison 1983 de Formule 1 est infiniment folle et triste à la fois, puis ça finit sur un grand sportif français pestiféré de son pays qui perd le titre de champion du monde de son sport à deux points près, vraiment une saison super emo (ou juste une super anecdote à rappeler à la Fédération Française de la Loose).
Dans un registre plus "hardcore", il y a un nouveau "supergroupe" qui réunit des membres de Sorcerer, Paerish et feu-Lodges : Ender. Un premier EP est paru l'été dernier, et il est fortement influencé par des groupes phare de la scène emo et metalcore des années 2000, Poison The Well en tête (qui ont sorti un nouveau disque en 2026, et pareil : c'est excellent !). A n'en point douter, les fans de Texas Is The Reason et Far trouveront également leur compte sur ces morceaux parmi les moments les plus mélodiques. L'un d'entre eux était très enthousiaste à l'idée d'écouter l'album de Miltown attendu depuis 25 ans et qui est sorti en Septembre 2025, et je pense que cette obscure influence est également perceptible. Un super premier essai qui me donne hâte d'en entendre plus. Mes sources dans le paddock de l'écurie parisienne des emokids m'indiquent par ailleurs un nouvel album de Paerish en approche, et la hâte est évidemment TRÈS présente, tant j'aime fort ce groupe.
Je n'ai encore jamais parlé d'elleux, mais il me semble important de m'arrêter sur un groupe qui est l'héritage direct de Daïtro ou Mihai Edrisch : j'ai nommé L'Idylle. Le groupe cultive un certain esthétisme qui me rappelle fortement un groupe parisien plus discret mais non moins influent: Madame de Montespan. Mais surtout, les personnes qui constituent L'Idylle assument entièrement leurs inspirations culturelles, qu'elles soient musicales ou autre. Aucun complexe à afficher leur attachement à des arts nouveaux, qu'on voit fleurir auprès de la génération Z, ou bien à des styles vestimentaires qui ne rentrent pas dans les cases du "vrai emo". C'est vraiment une relève que j'espère voir en nombre, c'est ce message que j'aimerais voir plus souvent sur nos scènes encore très refermées sur elles-mêmes, quoi qu'on m'en dise. Un seul EP est pour l'instant paru en 2022, Romance / Violence, mais remasterisé en 2025 et avec un nouvel artwork signé par Bart Balboa (que vous connaissez sûrement en tant que chanteur/guitariste de Birds In Row et Pain Magazine). Les paroles sont nettement moins politisées que peuvent l'être celles de Daïtro, on est clairement sur des tourments émotionnels au sens propre. Mais ça n'empêche pas que les personnes qui composent ce groupe sont très sensibles aux sujets qui bouleversent et pourrissent nos sociétés aujourd'hui, et que le certain égocentrisme des paroles évoluera avec le temps.
Ce qui me donne l'opportunité d'enchaîner sur le premier disque de Naufraage, dont certains membres ont justement fait partie de Madame de Montespan, Cathedraal... Et ils ont sorti en Octobre dernier leur premier disque, Les déférlantes. Ici, on s'oriente sur un son vachement influencé par le black metal (ce qui était déjà beaucoup le cas chez Cathedraal), avec la même plume intimiste, écorchée et poétique, à l'image de L'Idylle, et finalement des projets précédents des membres qu'ils concernent, dont Naufraage conserve une bonne partie de l'identité au niveau des thèmes abordés et du mood global. Et ouf, ça ne m'a pas l'air aussi edgy (et infiniment moins problématique) que Céleste, pour les comparer à ce qui est comparable sur la scène française... Rien de nouveau donc, mais un plaisir de retrouver des sonorités puissantes et sombres quand le besoin s'en fait sentir, pendant les "jours sans".
Il y a aussi le 1er album de Circles, un groupe nantais qui lui est complètement dévoué à l'école "Revolution Summer". La mode actuelle dans le hardcore français c'est les trucs qui sonnent comme du death metal mais avec des breakdowns, joué par des gens qui veulent sonner toujours plus Kickback les uns que les autres, et si en soi c'est rigolo sur le papier, ça me saoule à la longue car il y a zéro variété au final (et faut arrêter de trouver ce groupe cool au passage vu les enflures que c'est). Même les groupes straight-edge locaux arrivent pas à sortir du microcosme metalcore, je trouve ça dommage.
Mais après avoir attendu désespérément, voilà ENFIN un album d'un groupe punk/hardcore français principalement influencé par quelque chose d'autre : le son du Revolution Summer. En vrai, un groupe français avait déjà exploré ces influences dans les années 90 en tentant de le montrer musicalement, Fake Hyppi, mais ça ne s'entendait pas tant, ca restait très axé noise rock au final (oui bon, Fugazi, tout ça...). Puis la scène Stonehenge Records s'en inspirait beaucoup également, mais eux sonnaient en fait vachement plus comme tout les disques hardcore politisés fin 80s / début 90s qui exploraient de nouveaux paysages sonores genre Merel, Iconoclast, Turning Point...
Alors que là, le premier album des nantais, still., sorti il y a bientôt 2 ans déjà, nous plongent totalement dans nos mélodies et gimmicks de voix préférés de Rites Of Spring, Fugazi, Dag Nasty, One Last Wish voire Minor Threat... Avec une petite touche personnelle comme ce petit côté funky qu'on entend parfois, ou bien ce rip-off totalement assumé des Youth Avoiders (bon, vous connaissez le refrain maintenant : nouveau disque en 2026, nouvean banger, avec désormais Nico de chez Bleakness et Amanda Woodward qui a rejoint le groupe !) sur le premier titre du disque, "Split". Y'a peut-être un petit peu de britpop dans cette histoire, en témoigne l'outro de "Sunglasses" (qui sonne elle-même comme une outro d'album d'ailleurs) ou bien les premières notes de "Giants". Sur le morceau instrumental "Solaris", j'aime beaucoup la puissance avec laquelle les notes de batterie résonnent en écho avec ces guitares mélodiques tout en delay. Comme un air d'Amanda Woodward ?
Si je devais choisir des pistes préférées, ce serait "Split", "Still" et son groove Fugazi-esque, "Giants", "Changes" et son mélodica (un instrument que je veux absolument tester), "Revelation" et son intensité. C'est un disque écrit avec passion, sans le gros son à l'américaine qui fait le succès des collègues outre-atlantique en termes de productions et de palm-muting, mais on s'en passe sans problème. Ça n'invente rien, mais ça honore bien les influences que l'on reconnaît et ça fait du bien. J'espère sincèrement que ce disque fera des émules dans la scène française (même si j'en doute un peu malheureusement). En tout cas en termes de réflexions socio-politiques, c'est clair qu'on est mal barré•e•s à ce niveau-là, mais c'est une autre histoire. Et comme j'ai attendu super longtemps avant de poster quelque chose depuis le moment ou still. est sorti, Circles a eu le temps de sortir un EP derrière... Et il est super cool. Ca s'appelle In Defense Of Lost Causes, c'est un peu plus rapide et énervé encore, 6 titres pour 8 minutes, les textes appellent au sing-along et à ressortir dehors pour essayer de changer le monde tant que c'est encore possible, et y'a quelques featurings qui donnent une dynamique nouvelle à leurs morceaux. Merci Circles, des bisous !
Et d'ailleurs, puisqu'on parle de trucs français qui sonnent comme les groupes du Revolution Summer, je conseille également fortement le premier EP de Shadow Tides, formation toulousaine dont certains membres ont joué chez Chestnut Road ou Woodwork. 5 très chouettes titres, avec de chouettes riffs, les fans de Dag Nasty seront content•e•s je pense. Ça parle de jours passés à supporter la routine, de vouloir trouver sa place ou bien la prendre de toute façon, d'amour... C'est sorti en Mai 2025, et les plus éduqué•e•s à la cause palestinienne vont apprécier le titre "Sabra & Shatila".
J'aimerais profiter de cet article pour vous conseiller deux épisodes du podcast Incendiaires, tenu par une connaissance de longue date de la scène que j'apprécie beaucoup, qui est également grand reporter pour Télérama et auteur du livre Terres de Luttes paru en 2023. Il est récemment revenu sur 10 disques qui ont marqué les 25 dernières années de Romain (où il évoque une petite anecdote entre lui et moi à un concert de Bâton Rouge !). À la suite de la parution de cet épisode, plein de personnes ont ensuite envoyé leur propre liste sur le compte Instagram du podcast, et Romain les a toutes compilées dans un "highlight" pour qu'on puisse les consulter, c'est super cool. Et avant de conclure son année 2025, il a sorti une longue interview des membres de Daïtro, pour revenir sur l'histoire d'un des groupes les plus importants de la scène emo française et internationale.
Quand je poste cet article, on est sur le début Avril 2026, et un groupe originaire de Besançon vient de sortir un disque qui reprend toutes les sonorités que j'adore dans le post-hardcore des années 90 tendance Quicksand/Far : Random Hearts. Il y a deux membres de Jack and the Bearded Fishermen chez eux, et je crois en avoir parlé il y a des années sur ce blog, même si c'est en soi un peu plus éloigné de ma ligne éditoriale... Et pour un premier album, c'est une sacrée claque. Tout du long, le disque me fout les frissons à chaque fois, les mélodies sont mémorables, c'est catchy à souhait tout en restant bien groovy et solide. Je pense également que les fans de Hot Water Music devraient se jeter sur ce disque, nommé Love PTSD.
Et enfin, il y a le très beau premier album des angevins de Fragile, Big Big Smile, sorti en Novembre 2025. J'imagine que certain-e-s d'entre vous les connaissent via le lien de parenté du batteur Felix avec les frères Sourice, membres des fameux Thugs (je suis toujours très fan du disque I.A.B.F). Mais en dehors de ce lien de parenté, Fragile est un groupe qui existe depuis 2021 qui existe bien au-delà de l'univers de leurs aînés, et qui se nourrit d'influences plutôt à chercher dans les scènes post-punk et post-hardcore modernes, je pense notamment à des noms comme Touché Amoré ou Fontaines D.C. J'ai beaucoup aimé ce premier LP, qui montre un univers musical arrivé à maturité, où le groupe n'hésite pas à placer du vocoder dans un de ses morceaux. Il y a un peu de Militarie Gun, dans cette audace à rendre leur musique très pop et très brute en même temps, qui est également saupoudré de textures shoegaze qui donne encore plus de densité à l'ensemble. C'est puissant, c'est frais, c'est top. Je ne les ai encore jamais vu en live (ou alors ma mémoire est très mauvaise), mais j'espère réparer ça en 2026.
Il me tarde de voir comment l'emo français va continuer à se renouveler cette année et globalement dans le futur proche, que cela vienne d'ancien-ne-s de la scène comme de kids qui apportent leur fraîcheur et leur rage de vivre. Il m'est également d'avis que les temps qui courent ne manqueront pas de fortement influencer cette scène, il est de notoriété que les moments les plus difficiles donnent les chansons/les disques les plus intenses... Je ne manquerais pas de suivre tout cela, et de vous en parler :) . Par contre promis, j'essaie de pas publier le prochain post en 2027.