jeudi 9 juillet 2026

Des nouvelles de l'emo français, épisode 2

Bon, évidemment qu'il y allait avoir une partie 2 à mon tour de France de la scène emo hexagonale. Car après avoir posté la première partie, j'ai eu quelques suggestions d'écoute, qu'elles soient déjà sorties... Ou à venir. Ou alors c'est déjà paru mais j'ai sorti cet article trop tard. J'aurais dû poster cet article il y a deux mois déjà, mais entre mon TDAH, le fait de survivre aux chaleurs infernales et historiques qu'on vit en France depuis Mai, et aussi le fait que j'arrive plus à écouter aussi souvent de musique que je le voudrais pour le moment... Je suis vraiment désolé-e auprès des personnes qui ont bien voulu me faire écouter leur musique avant qu'elle sorte.

C'est ainsi que j'ai par exemple eu vent de l'existence du groupe Météore seulement après avoir posté le premier "épisode", un groupe principalement basé à Brest, qui a sorti son premier disque l'an dernier, un excellent EP 3 titres qui propose un emo/post-hardcore direct et catchy, plutôt proche de la scène 90s américaine. Ca va peut être vous surprendre, mais j'entends un léger côté "rock français début 2000's" dans ce timbre de voix et ces paroles, un peu comme si on retrouvait Damien Saez d'il y a 20 ans : un chant nasillard mais qui tombe à-propos, soutenant des textes plutôt sombres mais poétiques à la fois, et surtout sans perspective de pondre des triples disques ou faire des concerts de toute une nuit juste pour dire grosso modo que les femmes sont des putes (les "oh encore un-e qui a rien compris aux intentions de Damien Saez", je vous attends en commentaire pour en débattre ahah), et je pense que vous aurez compris que son postulat n'est pas de défendre les travailleurs-euses du sexe. En vrai, si l'emo avait percé en France à l'époque où Kyo explosait les charts et que Météore existait à cette époque, il aurait fait une grosse concurrence, et c'est pas du tout péjoratif. Pour revenir sur une scène vachement plus proche de la leur et de la mienne, je pense pas être à la ramasse si je les compare à une version française de Mineral, en espérant que ça les honore. Je pense que c'est la première fois que j'entends un groupe français sonner si proche d'eux depuis Erevan (que j'avais déterré des oubliettes de l'emo français il y a déjà DIX ANS par ici). J'ai super hâte d'entendre de nouveaux morceaux de la part de ce groupe, tout en sachant qu'il s'agit ici pour l'un d'entre eux d'un side-project. 



Car certain-e-s l'auront peut-être deviné à l'écoute, il s'agit effectivement du chanteur de Karaba F.C, une autre jeune formation mais qui a déjà sorti son premier album SYMBIONTS l'an dernier, dont les membres vont et viennent entre Paris et Brest. J'ai été spammé-e en DM sur instagram pour me dire "ah ouais c'est le projet du mec de Karaba F.C" en parlant de Météore, ce qui m'a permis de rattraper mon retard sur la sortie de ce disque. C'est un peu plus riche musicalement que la simple étiquette emo/post-hardcore cette fois-ci, ici les voix hurlées me rappellent énormément les fabuleux australiens de Violent Soho, et je pense que la dynamique des morceaux (en plus de la voix) évoquera At The Drive-In à certain-e-s, voire même le rock anglais à la Bloc Party / The Killers parfois. Lorsque le groupe met vraiment le pied dans les influences emo de leur musique comme sur "Celebrate", ça me parle vachement, et un album entier dans cette vibe, j'en raffolerais ! C'est à partir de ce titre que je suis vraiment rentré-e dans l'univers de ce disque à la première écoute. C'est dans tout les cas un disque aventureux, très bien écrit, et selon moi taillé pour être vécu en live. À noter qu'en Avril dernier, un nouveau morceau est sorti, "Black Soap", dont les similitudes avec Thursday (et également toujours At The Drive-In) sont nombreuses, et ça me fait chaud au cœur.


Du côté de Toulouse, je vous présente Strates, qui se revendique être sous influence Unwound ou Polvo, et effectivement ça s'entend. On est clairement sur un post-hardcore qui tend vers le noise-rock et le post-punk, jouant avec les temps calmes, les tensions et comment nouer les deux et créer du commun aussi bien musicalement que philosophiquemen : je trouve les paroles incroyables également, elles comblent un vide laissé par un certain groupe nantais dans mon cœur. Bref, une démo qui sonne vraiment pas du tout comme une démo (tout comme c'est le cas avec la magnifique première sortie de Monde Moderne dans un registre plus power pop / indie punk, dont l'un des membres de Strates fait partie) tellement c'est bien écrit et produit, ça me rappelle un peu les lyonnais de Monplaisir dans le même paysage musical, en moins Sonic-Youthesque cependant. J'y entends également forcément un brin de Bâton Rouge, pour rester à Lyon. Un grand bravo à Strates!


Je vous avais parlé dans l'article précédent de L'Idylle, un jeune et prometteur groupe de screamo originaire de Rouen, en vous disant que je pense que le groupe va bien évoluer au niveau des textes. Eh bien il s'avère qu'un nouvel EP vient de sortir, répondant au doux nom de "Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards". Et on est sur un degré d'intensité et de maturité un cran au-dessus ! On est toujours sur des tourments qui semblent venir du fond du coeur, mais entremêlés de réflexions sur le monde qui nous entoure, qui sied parfaitement avec le chaos (volontaire) qui règne dans leur musique qui n'hésite pas s'étirer vers le black metal, tout en prenant soin de distiller de belles mélodies pour soutenir le côté emo. C'est brut à la façon des groupes d'emo hardcore français des années 90, c'est sincère, c'est top ! Le disque se conclut sur ces mots : "Le monde s'effondre tout autour, mais il reste de l'amour". Et c'est pour moi des mots tout simples mais lourds de sens aujourd'hui. Et pour les avoir enfin vu-e-s en live, riien n'est surjoué, tout est ressenti très fort. Je pense qu'on tient là une des réelles pépites actuelles de cette scène.


J'ai également eu la chance énorme d'avoir eu accès en avance au prochain album de Trainfantôme, Constant Farewells, un groupe de Lorient et Nantes qui représente le pan de la scène emo française qui a choisi de s'immerger dans le rock alternatif des années 90 en règle générale depuis 15 ans (en gros depuis que Title Fight et Basement ont explosé en termes de popularité), et qui me parle très fort. Est-ce que eux aussi ont passé leur adolescence sur Tumblr?


C'est quelque chose que j'avais abordé avec ma review du deuxième album de Paerish. On a un petit vivier de groupes comme ça aujourd'hui en France, chacun dans un style qui leur est propre mais avec beaucoup d'influences communes : Trainfantôme donc, mais aussi Paerish, Dewey, Loons, Barimore... Mascara aussi, car ils viennent également de divers courants de la scène emo, et j'adore le premier album Going Postal sorti récemment, mais les concernant on est plus sur la branche metal / "Deftones revival" (en vrai sans chipoter, c'est quand même proche, Deftones ayant pas mal d'inspirations post-hardcore, mais j'arrête les digressions), et ils sont uniques en leur genre pour le moment ici. Et avec ce prochain album, Trainfantome rentre plein gaz dans cette nouvelle scène shoegaze emo-related, pour mon plus grand plaisir. Si vous êtes familier•e•s avec des groupes comme Cloakroom, Downward, deathcrash, ou They Are Gutting A Body Of Water, je pense que vous aurez saisi la vibe de ce nouvel album après ce name-drop, qui fait suite à un précédent disque, THIRST, paru en 2023 (déjà !) et déjà excellent. On retrouve une belle cohésion entre les explosions de fuzz et de distorsion, des nappes de synthés qui vous rappelleront TAGABOW, des moments beaucoup plus doux et délicats qu'ils soient plutôt vaporeux ou purement mélodiques...

C'est le genre de disque où aucun titre ne fait bande à part, qu'il est impératif d'écouter comme un tout, ce qui peut être challengeant en ces temps où l'attention diminue de plus en plus. Et c'est typiquement le genre de disque qui apaise mon TDAH tant ça arrive à me captiver et tant on veut aller à la fin du voyage musical. Au cas où des puristes hooligans passeraient par ici et se demanderaient pourquoi qu'on parle de shoegaze par ici, rappelez-vous que c'est un genre musical qui a profondément influencé des groupes phares de la scène emo comme American Football, Mineral ou The Pine. Et gros big up à leur attaché de presse grâce à qui j'ai découvert Truth Club sur le presskit concernant Constant Farewells, c'est une magnifique découverte !



Je m'autorise un léger hors-jeu avec le nouvel album de Fall Of Messiah, les illustres nordistes inspirés par la montagne et la chiale. Léger, car ça a beau être essentiellement un groupe de post-rock, mais les garçons qui forment ce groupe depuis maintenant 20 ans sont profondément ancrés dans la scène emo, que ce soit par passion ou par implication. Et ça se ressent depuis toujours dans leur musique (je rappelle que leur premier EP c'est tout simplement du mathcore avec un riff de Super Mario au milieu).

6 ans après Senicarne ("enracinés" à l'envers, mais sans que ça ait aucun rapport avec une revendication patriote de bas-étage, on parle plutôt d'un rapport profond avec la nature qui est palpable dans leur univers sonore, leurs paroles et leurs clips), ceux qu'un oncle de ma copine appellerait sans aucun doute "mes solides" (il est normand, c'est proche eheh) reviennent avec Green Lands, tout aussi évocateur des inspirations du groupe. Et la nature étant aussi éblouissante qu'inébranlable, ce disque se devait d'être à son niveau, et il l'est en tout cas au niveau de la puissance émotionnelle, j'ai failli pleurer plus d'une fois à son écoute, notamment sur "Hourvari" et ce qu'elle m'évoque : grosso-modo, c'est un hommage à une personne qui a donné de a lumière et de la résilience à son partenaire, et c'est décrié avec le même amour que je porte à la personne qui m'a apporté strictement la même chose, ce qui m'a permis de survivre jusque là. Je suis sûrement biaisé-e et certaines personnes ne seront pas aussi touchées que moi, mais c'est comme ça sur le blog depuis le début, je raconte les disques tel que moi je les ressens. Pas de neutralité ici, je laisse ça aux médias de centre-(extrême)droite qui ont fait qu'on risque de se taper le RN au pouvoir en 2027.

Plus le temps passe, moins j'arrive à prendre le temps pour du post-rock trop contemplatif, je préfère quelque chose avec une dynamique constante, même si c'est sur des tempos très doux (Mono restant l'exception). Si je vous parle de Caspian ou de If These Trees Could Talk, vous aurez sûrement en tête ce que j'ai besoin pour que ça me captive pleinement, et Fall Of Messiah coche beaucoup de ces cases. Je trouve que le groupe reste globalement fidèle à ce qu'ils font depuis 2/3 disques (il semblerait que tout est issu du même cycle de vie et de composition depuis Empty Colors), c'est tout aussi stellaire que délicat, tout aussi mélancolique que solaire, sans avoir besoin d'en faire des caisses techniquement, alors que chacun a une énorme maîtrise de son instrument. On prend toujours en pleine face ces instants scandés ou criés, qui fonctionnent un peu comme une giboulée dans ce véritable ciel etoilé sonore. Oui une giboulée c'est globalement sombre et chiant (même si en ces temps d'enfer caniculaire on attend toustes le moindre orage avec impatience), mais prenez-le dans un autre sens : une giboulée c'est bref et puissant, et ça pleut beaucoup, comme ces messieurs quand ils regardent du screamo en live.

J'espère que ça sera un compliment pour eux, mais leur musique c'est typiquement ce que j'ai envie d'écouter quand je me balade à pied ou en caisse sur les routes du grand Bourgtheroulde ou sur les plages normandes, pour prendre un peu l'air. Je suis dans les Vosges au moment de finaliser cet article pour mes vacances, et c'est également plus qu'approprié.

Anecdote qui m'a tué•e de rire : en ré-écoutant "Il Faut Passer L'Hiver" dans mon RER pour aller au taff, pile à la fin du morceau j'entendais un bébé qui pleurait dans la rame. C'est un excellente synthèse de mon expérience avec ce groupe selon moi !




Il fallait également que je répare cette grave erreur d'être passé•e à côté de Apart, un groupe originaire du Havre, que je n'ai réellement découvert que lors d'un concert parisien fin Avril qui les réunissaient avec Fall Of Messiah, Chalk Hands, Nesseria et Pluie Cessera. Leur premier disque Through The Cracks est sorti il y a 2 ans déjà, et c'est un excellent début ! Il a notamment été produit par Amaury Sauvé, et illustré par David De Beyter, dont une partie de son travail photographique consiste à faire exploser des bagnoles. J'ai beaucoup pensé à American Football, Sport, Football Etc, et même à Fiddlehead sur  certaines mélodies vocales, pendant mes écoutes de ce disque, qui pourrait avoir eu sa place chez Count Your Lucky Stars Records. "Unsaid" est probablement mon morceau préféré du disque, le refrain est TELLEMENT catchy, puis le thème de la chanson parle pour elle-même : les choses qu'on ne se dit pas, ou qu'on a pas osé se dire, et qui nous bouffent de l'intérieur.


De retour du côté de Paris, il ne faut pas passer à côté de Handbrace, composé d'ex-membres des éphémères mais chouettes Prune 99, qui jouaient une dream-pop douce et chaleureuse. Iels viennent de sortir un premier EP deux titres dont le titre dévoile sa genèse : originally intended as a demo... On sent fort que les récents morceaux de Sport et Tigers Jaw ont pu être des influences fortes, mais pour autant je reconnais bien la douceur qui caractérise la musique qu'iels ont envie de faire depuis Prune 99 (alors qu'à côté, l'un d'entre eux booke du metalcore énervé avec Ambarona Booking quand il ne sort pas de chouettes tapes avec Spleencore Records!)


J'ai eu également la chance d'avoir accès au prochain EP de Solitone à l'avance, nommé Le champ des possibles, et au même titre que L'Idylle, il y a un step-up qui me fait du bien à l'oreille. J'accroche un peu plus au chant de Yannick, et c'est musicalement mieux construit et produit. Mais ça n'enlève en rien que le projet existe depuis le début par passion profonde pour leur art et ce qu'il implique également à côté. C'est toujours très fortement influencé par les groupes phares de la scène emo/screamo française, et on notera d'ailleurs une apparition de Lucas qui chante dans Ari et despiteeverythingitsstillyou, sur le titre "Rien ne va". Ah oui je vous parle pas d'un disque de summer pop ahahah: les textes parlent de la purge que c'est de vivre dans le capitalisme, de subir son rythme et ses oppressions, et notion spéciale à "l'écoute sur la table" qui rend hommage aux victimes de VSS silenciées dans nos scènes parce que prises pour "mythos" ou "folles", avec une belle punchline au passage : "Ca pullule de vrais mythos / Qui hurlent au moindre MeToo". Sur la fin du morceau, Yannick explique qu'il n'est pas parfait et qu'on est en apprentissage chaque jour (en fonction de nos statuts sociaux), et il a raison. Je le remercie d'ailleurs beaucoup pour être toujours dans le coin à m'encourager quand on vient à discuter de tout et de rien.


Ah d'ailleurs, en parlant de despiteeverythingitsstillyou : j'ai pas entendu un screamo aussi brut(al) et puissant en France depuis Ravin ou Entzauberung (deux groupes dont j'ai fait l'éloge sur le blog), c'est complètement dans la veine de classiques comme Orchid ou Ampere, flirtant parfois avec le hardcore ("doyouthinkyourecaring" présente sur l'EP sorti en Octobre 2025 est à la limite du vegan edge hardcore ??), et dans la droite lignée de la micro-scène "emoviolence". Et je me suis vu offrir une copie vinyle du plus récent disque de Ari, sorti en Mai 2024, Le Confort Des Illusions, par ce même Yannick jouant dans Solitone (qui propose un super artwork au passage), qui nous emmène dans quelque chose de plus aérien, massif et étendu, avec quelques accents post-metal, mais tout aussi intense et vif. Ces deux groupes, c'est le screamo à la française dans toute sa splendeur, tout en apportant une dose de renouveau !




Pour finir, j'ai eu grand plaisir à retrouver Mélanie de Jarod, aussi bien personnellement que musicalement, au sein d'un nouveau groupe nommé Malvä, qui a sorti une démo en 2025, Éclore Dans les Cendres. On est résolument sur de l'emo/screamo politisé (avec quelques accents post-rock qui soutiennent très joliment les instants spoken-word), traitant principalement des horreurs que peuvent vivre les victimes de violences diverses, d'abus, de la difficulté de se reconstruire, de se réapprioprier leur corps, et globalement du patriarcat et de son impact sur nos vies. Il me paraît par ailleurs important de préciser que le groupe est constitué de femmes et d'une personne non-binaire ! J'ai bien hâte d'entendre du nouveau de leur part, en espérant que cette aventure au travers de laquelle iels racontent des choses lourdes, leur apporte du baume au coeur.


En résumé : l'emo en France se porte TRÈS bien, je suis super content-e. Et quelque chose me dit qu'on est encore qu'au début d'un cycle. Il n'y a pas grand chose d'autre à espérer du futur, mais le renouveau de la scène locale c'est déjà pas mal pour espérer trouver du courage pour survivre à la vie quotidienne. Dans le lot de groupes qui font partie de cette relève, peut-être que j'en ai encore oublié certains, je compte sur vous pour en parler dans les commentaires. il y en a également d'autres que je connais et que j'aurais pu citer, mais il ne faut pas oublier que derrière ce blog se cache une personne qui ne reniera jamais ses convictions, et qui sait toujours, à un moment où à un autre, les casseroles qui se passent dans la scène. Je vais pas être le plus gros de leur audience de toute façon, mais je fais pas de pub pour les gens qui ont des doubles discours. :)

samedi 4 avril 2026

Des nouvelles de l'emo français

Tout peut encore arriver dans cette époque infernale, et très souvent le pire, la preuve : voici une nouvelle tartine de ma part ! Alors que j'ai littéralement posté UN SEUL ARTICLE en 2025. J'espère que ça va du mieux que possible pour toutes les personnes qui passeront par ici en ces temps désespérants, et que vous avez aménagé votre bunker pour la troisième guerre mondiale.

Je trouve ça curieux, mais des groupes de partout dans le monde continuent de m'envoyer des liens pour faire (re)découvrir leur musique, alors que sur ce blog, je poste maintenant une fois par an ? Ça me fait vraiment plaisir en vrai. Mais de la peine aussi, parce que y'a beaucoup de trucs qui sont passés à l'as malgré le fait que j'ai pu découvrir plein de chouettes choses ainsi. Puis les personnes que je croise à des concerts qui continuent de me reconnaître, de parler de l'impact du blog... Il a beau avoir 15 ans maintenant, autant de recul pour moi, mais ça m'impressionnera toujours. Surtout que je n'ai définitivement pas pris le virage du digital, jamais de ma vie je n'irais sur TikTok, et j'ai une flemme immense de poster sur deux comptes insta à la fois (le jour où on pourra crossposter des stories je serais tellement heureux-se)...

Pour ce qui est des trucs passés à l'as, je pense aux Parisien•ne•s de Pluie Cessera. J'ai eu la chance de pouvoir écouter leur premier EP, We've Been Alone, avant sa sortie le 12 Septembre 2025 après avoir reçu un mail de Ronan (guitare), et c'est globalement très cool, à cheval entre un indie rock tout doux, et un catharsis directement inspiré des groupes les plus connus de l'emo/screamo français, même si les paroles sont majoritairement chantées en anglais. C'est super cool qu'il y ait autant de douceur dans leur musique, j'ai tendance à en vouloir davantage en vieillissant dans ce que j'écoute (même si à côté je suis désormais raide dingue des groupes qui sonnent comme Alice In Chains ou les Smashing Pumpkins). Par ailleurs, la direction artistique du groupe est clairement affichée dans leur presskit : des couleurs, de la chaleur. Bah moi je trouve ça super emo. Iels parlent de Touché Amoré, La Dispute ou Foxtails comme influences clés, et je pense que si vous aimez également des groupes plus anciens comme 125 Rue Montmartre, Everyone Asked About You ou The Hope And The Failure, vous devriez adorer ces emokids qu'il me tarde de voir jouer en live.




Il fallait également que je m'arrête sur le retour de Sport, a.k.a nos Algernon Cadwallader lyonnais (incroyable album retour des Américains sorti en 2025 par ailleurs, avec un gros aspect politisé, et que je trouve musicalement plus grunge que plein de trucs labélisés comme tel), au travers de leur nouveau disque nommé In Waves, qui à ma grande surprise se fait plutôt discrètement, sans hype comme ça avait été le cas avec Bon Voyage, et un peu avec Slow. On parle quand même d'un groupe qui a réussi à prendre une popularité aussi forte que les pointures du "emo revival" américain qu'on avait lors de l'apogée de la "carrière" de Sport, jouant partout dans le monde, et dont le disque phare "Colors" vient de passer la barre du 7ème pressage. 

C'est assez fou de se dire que Slow est sorti il y a 9 ans. Purée, qu'est-ce qui s'en est passé des choses depuis. Et c'est important à souligner tant ce disque avait à l'époque résonné en moi, lui qui évoquait la peur de prendre de l'âge, la peur du temps qui passe. Tout est assez philosophique avec ce retour, les thèmes de ce nouveau disque par rapport au précédent, et mon vécu au milieu. Dès le premier morceau, "Life", on est sur une rengaine simple et qui je pense peut être relatable auprès de plein de trentenaires ou jeunes quarantenaires : "Life as you know it just became more meaningful / It gives me something". J'ai tendance à dire que une fois la trentaine entamée, on a assez de recul pour savoir ce qui a été fait en erreurs comme en belles choses, et comment on peut avancer sereinement avec ses forces et ses faiblesses, vachement plus clairement qu'à la vingtaine où tout est finalement très chaotique et balbutiant. Ça m'évoque cet équilibre-là, et le fait est que passé 30 ans on peut s'émerveiller sur un tas de choses qu'on pensait plutôt ringardes (parfois malgré soi) durant la vingtaine. 

Ce groupe me fait penser très fort à Raein (qui a AUSSI sorti un très bon disque surprise en 2025, qui assume clairement des influences post-punk tout en restant fidèle à leur musique profondément emo), dans le sens où c'est juste un groupe de potes qui avancent dans la quarantaine, qui vivent leur vie chacun de leur côté, mais qui font en sorte de garder leur groupe intact sans se forcer à faire des sorties ou des tournées, mais juste prendre la vie comme elle vient, et nous la raconter ensuite avec une belle intensité, une certaine sérénité aussi, malgré la gravité de certaines histoires. Et parfois un ton un peu ironique, parce que être pleinement adulte c'est se prendre en pleine face la réalité de nos sociétés, et les tourner en sarcasme ou en blagues pour ne pas devenir complètement zinzin. Bref, In Waves est un très chouette disque retour, dans la lignée de son prédécesseur, qui fait juste du bien à écouter. 

Petit point drôle : quand on cherche des reviews ou juste "sport in waves" sur Google, on tombe principalement sur un gel fixant pour les cheveux. Y'a un créneau à aller chercher pour le merch : fixation béton pour les plus belles mèches emo, tenue longue durée même après les larmes lâchées après les concerts de nos groupes préférés ! Et petite demande personnelle : à quand un morceau nommé "Alain Prost, 1983" ? Toute l'histoire de la saison 1983 de Formule 1 est infiniment folle et triste à la fois, puis ça finit sur un grand sportif français pestiféré de son pays qui perd le titre de champion du monde de son sport à deux points près, vraiment une saison super emo (ou juste une super anecdote à rappeler à la Fédération Française de la Loose).



Dans un registre plus "hardcore", il y a un nouveau "supergroupe" qui réunit des membres de Sorcerer, Paerish et feu-Lodges : Ender. Un premier EP est paru l'été dernier, et il est fortement influencé par des groupes phare de la scène emo et metalcore des années 2000, Poison The Well en tête (qui ont sorti un nouveau disque en 2026, et pareil : c'est excellent !). A n'en point douter, les fans de Texas Is The Reason et Far trouveront également leur compte sur ces morceaux parmi les moments les plus mélodiques. L'un d'entre eux était très enthousiaste à l'idée d'écouter l'album de Miltown attendu depuis 25 ans et qui est sorti en Septembre 2025, et je pense que cette obscure influence est également perceptible. Un super premier essai qui me donne hâte d'en entendre plus. Mes sources dans le paddock de l'écurie parisienne des emokids m'indiquent par ailleurs un nouvel album de Paerish en approche, et la hâte est évidemment TRÈS présente, tant j'aime fort ce groupe.




Je n'ai encore jamais parlé d'elleux, mais il me semble important de m'arrêter sur un groupe qui est l'héritage direct de Daïtro ou Mihai Edrisch : j'ai nommé L'Idylle. Le groupe cultive un certain esthétisme qui me rappelle fortement un groupe parisien plus discret mais non moins influent: Madame de Montespan. Mais surtout, les personnes qui constituent L'Idylle assument entièrement leurs inspirations culturelles, qu'elles soient musicales ou autre. Aucun complexe à afficher leur attachement à des arts nouveaux, qu'on voit fleurir auprès de la génération Z, ou bien à des styles vestimentaires qui ne rentrent pas dans les cases du "vrai emo". C'est vraiment une relève que j'espère voir en nombre, c'est ce message que j'aimerais voir plus souvent sur nos scènes encore très refermées sur elles-mêmes, quoi qu'on m'en dise. Un seul EP est pour l'instant paru en 2022, Romance / Violence, mais remasterisé en 2025 et avec un nouvel artwork signé par Bart Balboa (que vous connaissez sûrement en tant que chanteur/guitariste de Birds In Row et Pain Magazine). Les paroles sont nettement moins politisées que peuvent l'être celles de Daïtro, on est clairement sur des tourments émotionnels au sens propre. Mais ça n'empêche pas que les personnes qui composent ce groupe sont très sensibles aux sujets qui bouleversent et pourrissent nos sociétés aujourd'hui, et que le certain égocentrisme des paroles évoluera avec le temps.




Ce qui me donne l'opportunité d'enchaîner sur le premier disque de Naufraage, dont certains membres ont justement fait partie de Madame de Montespan, Cathedraal... Et ils ont sorti en Octobre dernier leur premier disque, Les déférlantes. Ici, on s'oriente sur un son vachement influencé par le black metal (ce qui était déjà beaucoup le cas chez Cathedraal), avec la même plume intimiste, écorchée et poétique, à l'image de L'Idylle, et finalement des projets précédents des membres qu'ils concernent, dont Naufraage conserve une bonne partie de l'identité au niveau des thèmes abordés et du mood global. Et ouf, ça ne m'a pas l'air aussi edgy (et infiniment moins problématique) que Céleste, pour les comparer à ce qui est comparable sur la scène française... Rien de nouveau donc, mais un plaisir de retrouver des sonorités puissantes et sombres quand le besoin s'en fait sentir, pendant les "jours sans".




Il y a aussi le 1er album de Circles, un groupe nantais qui lui est complètement dévoué à l'école "Revolution Summer". La mode actuelle dans le hardcore français c'est les trucs qui sonnent comme du death metal mais avec des breakdowns, joué par des gens qui veulent sonner toujours plus Kickback les uns que les autres, et si en soi c'est rigolo sur le papier, ça me saoule à la longue car il y a zéro variété au final (et faut arrêter de trouver ce groupe cool au passage vu les enflures que c'est). Même les groupes straight-edge locaux arrivent pas à sortir du microcosme metalcore, je trouve ça dommage.

Mais après avoir attendu désespérément, voilà ENFIN un album d'un groupe punk/hardcore français principalement influencé par quelque chose d'autre : le son du Revolution Summer. En vrai, un groupe français avait déjà exploré ces influences dans les années 90 en tentant de le montrer musicalement, Fake Hyppi, mais ça ne s'entendait pas tant, ca restait très axé noise rock au final (oui bon, Fugazi, tout ça...). Puis la scène Stonehenge Records s'en inspirait beaucoup également, mais eux sonnaient en fait vachement plus comme tout les disques hardcore politisés fin 80s / début 90s qui exploraient de nouveaux paysages sonores genre Merel, Iconoclast, Turning Point...

Alors que là, le premier album des nantais, still., sorti il y a bientôt 2 ans déjà, nous plongent totalement dans nos mélodies et gimmicks de voix préférés de Rites Of Spring, Fugazi, Dag Nasty, One Last Wish voire Minor Threat... Avec une petite touche personnelle comme ce petit côté funky qu'on entend parfois, ou bien ce rip-off totalement assumé des Youth Avoiders (bon, vous connaissez le refrain maintenant : nouveau disque en 2026, nouvean banger, avec désormais Nico de chez Bleakness et Amanda Woodward qui a rejoint le groupe !) sur le premier titre du disque, "Split". Y'a peut-être un petit peu de britpop dans cette histoire, en témoigne l'outro de "Sunglasses" (qui sonne elle-même comme une outro d'album d'ailleurs) ou bien les premières notes de "Giants". Sur le morceau instrumental "Solaris", j'aime beaucoup la puissance avec laquelle les notes de batterie résonnent en écho avec ces guitares mélodiques tout en delay. Comme un air d'Amanda Woodward ?

Si je devais choisir des pistes préférées, ce serait "Split", "Still" et son groove Fugazi-esque, "Giants", "Changes" et son mélodica (un instrument que je veux absolument tester), "Revelation" et son intensité. C'est un disque écrit avec passion, sans le gros son à l'américaine qui fait le succès des collègues outre-atlantique en termes de productions et de palm-muting, mais on s'en passe sans problème. Ça n'invente rien, mais ça honore bien les influences que l'on reconnaît et ça fait du bien. J'espère sincèrement que ce disque fera des émules dans la scène française (même si j'en doute un peu malheureusement). En tout cas en termes de réflexions socio-politiques, c'est clair qu'on est mal barré•e•s à ce niveau-là, mais c'est une autre histoire. Et comme j'ai attendu super longtemps avant de poster quelque chose depuis le moment ou still. est sorti, Circles a eu le temps de sortir un EP derrière... Et il est super cool. Ca s'appelle In Defense Of Lost Causes, c'est un peu plus rapide et énervé encore, 6 titres pour 8 minutes, les textes appellent au sing-along et à ressortir dehors pour essayer de changer le monde tant que c'est encore possible, et y'a quelques featurings qui donnent une dynamique nouvelle à leurs morceaux. Merci Circles, des bisous !





Et d'ailleurs, puisqu'on parle de trucs français qui sonnent comme les groupes du Revolution Summer, je conseille également fortement le premier EP de Shadow Tides, formation toulousaine dont certains membres ont joué chez Chestnut Road ou Woodwork. 5 très chouettes titres, avec de chouettes riffs, les fans de Dag Nasty seront content•e•s je pense. Ça parle de jours passés à supporter la routine, de vouloir trouver sa place ou bien la prendre de toute façon, d'amour... C'est sorti en Mai 2025, et les plus éduqué•e•s à la cause palestinienne vont apprécier le titre "Sabra & Shatila".




J'aimerais profiter de cet article pour vous conseiller deux épisodes du podcast Incendiaires, tenu par une connaissance de longue date de la scène que j'apprécie beaucoup, qui est également grand reporter pour Télérama et auteur du livre Terres de Luttes paru en 2023. Il est récemment revenu sur 10 disques qui ont marqué les 25 dernières années de Romain (où il évoque une petite anecdote entre lui et moi à un concert de Bâton Rouge !). À la suite de la parution de cet épisode, plein de personnes ont ensuite envoyé leur propre liste sur le compte Instagram du podcast, et Romain les a toutes compilées dans un "highlight" pour qu'on puisse les consulter, c'est super cool. Et avant de conclure son année 2025, il a sorti une longue interview des membres de Daïtro, pour revenir sur l'histoire d'un des groupes les plus importants de la scène emo française et internationale.



Quand je poste cet article, on est sur le début Avril 2026, et un groupe originaire de Besançon vient de sortir un disque qui reprend toutes les sonorités que j'adore dans le post-hardcore des années 90 tendance Quicksand/Far : Random Hearts. Il y a deux membres de Jack and the Bearded Fishermen chez eux, et je crois en avoir parlé il y a des années sur ce blog, même si c'est en soi un peu plus éloigné de ma ligne éditoriale... Et pour un premier album, c'est une sacrée claque. Tout du long, le disque me fout les frissons à chaque fois, les mélodies sont mémorables, c'est catchy à souhait tout en restant bien groovy et solide. Je pense également que les fans de Hot Water Music devraient se jeter sur ce disque, nommé Love PTSD.



Et enfin, il y a le très beau premier album des angevins de Fragile, Big Big Smile, sorti en Novembre 2025. J'imagine que certain-e-s d'entre vous les connaissent via le lien de parenté du batteur Felix avec les frères Sourice, membres des fameux Thugs (je suis toujours très fan du disque I.A.B.F). Mais en dehors de ce lien de parenté, Fragile est un groupe qui existe depuis 2021 qui existe bien au-delà de l'univers de leurs aînés, et qui se nourrit d'influences plutôt à chercher dans les scènes post-punk et post-hardcore modernes, je pense notamment à des noms comme Touché Amoré ou Fontaines D.C. J'ai beaucoup aimé ce premier LP, qui montre un univers musical arrivé à maturité, où le groupe n'hésite pas à placer du vocoder dans un de ses morceaux. Il y a un peu de Militarie Gun, dans cette audace à rendre leur musique très pop et très brute en même temps, qui est également saupoudré de textures shoegaze qui donne encore plus de densité à l'ensemble. C'est puissant, c'est frais, c'est top. Je ne les ai encore jamais vu en live (ou alors ma mémoire est très mauvaise), mais j'espère réparer ça en 2026.



Il me tarde de voir comment l'emo français va continuer à se renouveler cette année et globalement dans le futur proche, que cela vienne d'ancien-ne-s de la scène comme de kids qui apportent leur fraîcheur et leur rage de vivre. Il m'est également d'avis que les temps qui courent ne manqueront pas de fortement influencer cette scène, il est de notoriété que les moments les plus difficiles donnent les chansons/les disques les plus intenses... Je ne manquerais pas de suivre tout cela, et de vous en parler :) . Par contre promis, j'essaie de pas publier le prochain post en 2027.

lundi 27 janvier 2025

Bailer - Sing It Like A Victim


Hello, me revoilà avec une envie soudaine d’écrire sur un disque oublié de (presque) tout le monde que je viens de découvrir à la sortie d’un rendez-vous avec ma psychiatre qui m’a retourné le cerveau (pour avancer dans le bon sens). Même pour le blog : still not a phase. Même si il est plutôt mort-vivant en soi. Comment ça va vous, en cette nouvelle année 2025 placée sous le signe de la post-vérité et du fascisme qui se donne en spectacle ?

Ce disque que je souhaite partager avec vous aujourd’hui, je l’aurais découvert dans un mood parfait pour m’y plonger. Bailer était un groupe originaire des États-Unis, dont la première sortie est un EP, This Took Too Long, paru en 2002. Et que je n’ai pas encore écouté en écrivant ces lignes. Le groupe aura été actif pendant plus ou moins 7 ans, un laps de temps durant lequel ils auront écrit ce disque que j’ai adoré.

Pour vous décrire au mieux Sing It Like A Victim, leur seul et unique album, imaginez-vous un mélange entre Yaphet Kotto, At-The Drive-In et Shotmaker (certain•e•s y auront déjà pensé probablement, « Bailer » étant une référence au superbe morceau des Canadiens), pour poser les bases. C’est un post-hardcore à la limite du post-punk, saccadé mais super catchy. Je suis fan du chant, aussi scandé que très mélodieux. Tout est super bien écrit et coule de source ! Surtout que la production met bien en valeur chaque instrument, chaque parcelle de voix, c’est un gros kiff.

L’excellent blog drifting with the ice a posté sur ce groupe il y a 4 ans, en scannant le livret de l’album avec les paroles, et ça c’est super cool. Vous aurez tout les morceaux du groupe en téléchargement gratuit sur ce post. Sinon, c’est disponible sur la page Bandcamp de Ash From Sweat Records à prix libre.

Sur ce, moi je vous laisse, je vais me remettre sur mon volant de salon à conduire des Supercinq sur Assetto Corsa (pour les curieux•ses, je parle de ça). C’est plus relaxant que vous le pensez, de conduire des GTI virtuelles (surtout quand elles sont bien modées).

 

vendredi 20 septembre 2024

Des nouvelles !




Coucou tout le monde,

L'an dernier j'annonçais un hiatus à durée indéterminée du blog, pour plein de raisons, notamment celle d'un nouveau projet de vie en dehors de la région parisienne. Début Février 2024, je suis retourné•e sur mon blog et j'ai relu l'article parlant des raisons globales de mon hiatus, et j'avais envie de faire une petite update à ce propos, histoire que vous ne pensiez pas qu'on a fini par mourir de toutes nos aventures.

Un an plus tard, nous n'avons absolument pas pu déménager comme souhaité, le marché du logement locatif proposant un taux de chance d'obtention proche de celui de gagner le gros lot au Loto. Début Janvier j'ai repris un taff en temps partiel à l'ouest de Paris, soit 1h30 de trajet aller et la même chose au retour. Il fallait que je retrouve quelque chose pour rentrer de l'argent parce que le chômage est pas éternel, et surtout pas un taff par défaut mais quelque part où je me sentes bien, qui correspond un minimum à mes convictions, alors tant pis pour le temps de trajet (puis ça me laissait du temps pour écouter de la musique). Le contrat a duré deux mois, j'ai enchaîné deux autres petits contrats chez le même employeur ensuite sur Paris (à 5mn l'un de l'autre, plutôt pratique), c'était bien cool. 

On continue moi et ma copine de chercher un appartement non plus sur Rennes mais sur Tours, on a fait une demande de logement social. C'est très long, et très décourageant à vrai dire. Puis la catastrophe judiciaire qu'elle a dû affronter pendant plusieurs mois a fini par se tarir derrière elle, laissant le concerné là où il mérite d'être : loin des gens. En fait, personne ne mérite d'être en prison, selon mes opinions politiques. Mais faute d'alternative en 2024 et/ou de prise en charge efficace des prédateurs...

Sinon, en bref : j'ai pris 32 ans il y a un mois au moment de poster cet article, je viens d'avoir un diagnostic d'apnée du sommeil, je viens de faire une vasectomie, je suis de nouveau au chômage, je cherche du taff sur Paris dès Octobre en CDI 25H si jamais ✌🏼

Pour déconner, une connaissance nantaise m'a dit que j'étais obligé•e de relancer le blog parce que j'ai pu écouter l'album de son groupe à venir quelques jours en avance sur sa sortie. Bah en vrai, je réfléchis vraiment à refaire quelque chose, sûrement des petites chroniques de temps en temps. Mais rien de plus, c'est pas dans mes cordes. En tout cas pas dans les cordes de la personne que je suis aujourd'hui et qui a réalisé que l'énergie et l'attention c'était pas des ressources illimitées. J'ai souvent besoin d'un arrêt aux stands pour ravitailler, en somme.

En fait, pour m'aider à partager des trucs souvent par ici (pour rappel, j'ai également un diagnostic de troubles de l'attention), il faudrait tellement que je puisse poster sur Blogger de manière aussi intuitive qu'une story sur Instagram par exemple, genre pouvoir instantanément partager un disque que je viens de découvrir via Spotify par exemple (NDLR: j'utilise une version Premium crackée, histoire de ne pas participer au système financier éclaté de cette plate-forme). Mais bon, c'est pas prêt d'arriver. Et c'est déjà pas mal que Blogger existe encore et qu'il dispose d'une appli mobile !

Pour faire court, à la question fatidique "comment tu vas ?" qui peut ainsi venir à vous, je répondrais que globalement, par rapport au post d'Octobre dernier et à l'instant présent: oui, ça va. En mai dernier j'ai même réalisé un rêve de gosse en allant voir une course automobile de mes propres yeux (à la base je visais un Grand Prix de F1, mais au final j'ai fait les 24 Heures du Mans, et c'était extraordinaire même si mon écurie préférée a vu ses deux voitures abandonner avant la tombée de la nuit).

Voilà, c'était ma petite apparition furtive. En dehors du blog, vous pouvez toujours me croiser à quelques concerts parisiens quand les finances et l'espace mental se présentent, et pourquoi pas à quelques endroits en rapport avec l'automobile et le sport auto sur Paris, ou sur des circuits. Car oui, le monde de la bagnole c'est clairement mon autre grosse passion, que j'ai décidé d'arrêter de cacher pendant les confinements de 2020.

D'ailleurs petit fun fact : Désormais, quand je vais à des concerts, on m'identifie plus (ou peu) en tant que "Guillaume dico de l'emo", mais en tant que "Guillaume Formule 1". On va essayer d'équilibrer les deux ;) .

À plus ! ☆

samedi 14 octobre 2023

Le dictionnaire de l'emo : 2011-2023.


Ça fait super longtemps que j’ai rien posté par ici. Y’a encore des gens qui se souviennent de ce blog en 2023 et qui me demandent entre deux concerts : « tiens, ça devient quoi le dictionnaire de l’emo ?». C’est vrai que je n’avais pas partagé ailleurs que sur Instagram ma décision de mettre le blog en pause. Mais ça me touche qu’il ne tombe pas dans l’oubli de toute façon… Bref.

Si vous ne suivez pas mon compte Instagram, un petit récapitulatif : malgré mon projet de lancer un format podcast pour le blog que j’ai expérimenté récemment, qui a plu à certain•e•s d’entre vous, j’ai donc décidé de faire une pause à durée indéterminée pour l’ensemble du blog. Il faut savoir que le fait même de m’enregistrer, et qui plus est dans un lieu non-insonorisé où les voisins peuvent m’entendre, m’angoisse terriblement. Mais j’ai tout de même aimé sortir le seul épisode réalisé à ce jour, que j'ai depuis supprimé. C’est juste que pour continuer, entre autres le besoin de faire de l’espace dans ma tête dont je vous parlerais en-dessous, j’ai besoin d’une pièce à part, où je peux m’isoler, où personne d’autre que moi m’entendra bafouiller avant de faire un enregistrement parfait. Et je ne l’ai pas actuellement.

Autre raison : je suis au chômage et j’ai un projet de déménagement. Depuis début 2023, j’essaie tant bien que mal de trouver du travail sur Rennes dans le but d’y déménager. Mais c’est archi compliqué, car je cherche quelque chose qui soit un minimum éthique et bienveillant, et surtout quand tu cherches en temps partiel. En parallèle, on cherche des logements, mais qui voudra bien faire confiance à une personne au chômage (moi) et à une personne en situation de handicap (ma compagne)… Une situation complètement absurde où on a les moyens de postuler pour un appart plus grand que celui qu’on occupe actuellement en région parisienne, mais sans CDI c’est 99 % d’échecs peu importe ton niveau de revenus.

En plus de ça, on doit gérer une situation terrible dans la famille de ma compagne que je ne détaillerais pas ici mais qui lui vaut un travail administratif et émotionnel gigantesque (allez, un indice : crime et prison), alors qu’elle doit déjà gérer son handicap et sa santé mentale très fragile, et qui empiète énormément sur notre projet de déménagement. C’est globalement un enfer, même si à l’heure où j’écris ces lignes la situation est moins chaotique qu’elle ne l’était encore le mois dernier.

Et enfin, disons les choses clairement : j’ai un traumatisme quand à ce que j’ai vécu depuis mi-2021 dans la scène punk/hardcore française dans son ensemble, suite aux révélations de Mediapart concernant Guerilla Poubelle et son monde. Et plus particulièrement me concernant, les frasques d’un certain groupe français de post-hardcore qui leur est très proche, à base de cyberharcèlement et de menaces. Je n’arrive plus à faire confiance à personne et je ne me reconnais plus dans ce milieu. Je vérifie maladivement si il n’y a pas de nouvelles publications à mon encontre, en sachant qu’à la suite de ce harcèlement, ma vie privée et celle de ma compagne sont allées jusqu’à s’afficher chez des individu•e•s d’extrême-droite. Je vois désormais les agresseurs revenir voir des concerts comme si de rien n’était (même si il faut être réaliste: on ne peut pas les interdire d’avoir une vie sociale et de voir des concerts, ça n’aurait aucun sens), des gens qui soutenaient le cyberharcèlement contre moi booker des concerts de punk/hardcore anarchiste et soutenir des assos féministes alors qu’iels m’ont viré de leur asso parce que j’étais trop politisé•e, je vois des assos parisiennes faire leur business avec un grand ami de mon principal harceleur… Et puis bonus : j’en ai eu ma claque des personnes qui vampirisent l’attention sur le sujet des violences sexistes et sexuelles et qui essaient de former une meute de soldats digitaux qui seraient disponibles à tout moment pour aller screener ceci, aller republier cela… À leur place, sur fond d’une pureté militante délirante et fatigante même si officiellement ces personnes dénoncent cette « pureté militante », qui a plus blessé les victimes de cette affaire qu’autre chose. Oui je dis les termes, je suis cancel, honte à moi. En vrai je le suis déjà car j’ai sauvé du lynchage twitteristique un pote qui soutient fermement et concrètement les victimes de VSS dans l’industrie dans laquelle il travaille, et qui était à deux doigts de se faire considérer comme un espion des cyberharceleurs par l’une des girlbosses de ce jeu malsain duquel j’ai décroché. C’est vous dire la taille du chaos.

À cause de cette situation, mon trouble panique que je subis depuis fin 2019 et que j’avais réussi à contrôler pendant 2 ans a repris de plus belle malgré mon traitement et mon travail sur moi-même. On va probablement me jouer les violons du type « ouais mais le mec que t’accuses de viol il a fait une dépression », wow quel dommage, qu’en est-il de sa victime et des victimes de ses potes ? Bref. Ca fait plus de 2 ans que le papier de Mediapart à ce propos est sorti, et j’en parle encore aujourd’hui. Ce bordel m’a traumatisé•e durablement, que ce soit les révélations en elle-même que les suites de tout ça. Quand je vais voir du hardcore en concert à Paris, je vois bien que je suis persona non grata même si je leur file mes thunes. Je vois bien les gens qui m’ignorent et qui me donnent un sourire de surface à l’accueil quand je vais à leurs concerts ou bien dans le public quand je croise certaines personnes. Je le vois et le ressens dans l’attitude, le body language. Alors oui, je pourrais boycotter, je pourrais rester terré•e chez moi. Mais il est hors de question de me priver et de laisser mes traumatismes l’emporter. Je veux continuer à voir mes groupes préférés, à en découvrir d’autres. Même si au fond de moi j’ai envie de prendre le micro entre deux sets et de dire à tout le monde tout ce que je ressens à propos de tout ça. Je me dis que mes thunes ont plus de chances de finir dans la poche des artistes que celle des assos. Constat cruel mais qui m’arrange bien.

Tout cet ensemble de choses font que j’ai besoin de tout mettre sur pause, et de repartir de zéro. Lorsque l’on aura réussi à trouver l’appartement qu’il nous faut, dans un environnement sain, je pourrais reprendre le blog, car j’y tiens. Pour l’instant, c’est juste trop compliqué.

Je reviendrais poster de nouvelles choses par ici quand la vie se sera stabilisée de mon côté. En attendant, je partage régulièrement des trucs en story, sur mon compte Instagram : des découvertes ou des classiques. Je n’arrête pas d’écouter de la musique, encore moins d’en découvrir.

Merci à toutes les personnes qui ont cru et qui croient encore en moi. Merci pour le temps que vous avez accordé à me lire/m’écouter jusque là. Merci aux personnes qui se souviennent encore de ce blog et s’en soucient. Ce n’est pas un adieu, loin de là. Mais cette page reprendra vie quand la mienne sera plus calme.

À une prochaine.

Guillaume.

vendredi 6 mai 2022

MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW #14



Coucou les emokids ! J'espère que vous allez du mieux que possible. Moi ça va plutôt pas mal malgré le fait que j'ai chopé la COVID récemment ! J'ai hâte de pouvoir vous proposer mon premier podcast, mais j'avoue que Cakewalk (le logiciel que je comptais utiliser pour l'enregistrement, le mix et les retouches audio) me fait assez peur, c'est galère à appréhender héhé ! Je suis entrain d'envisager des autres options, Audacity l'air vachement plus accessible à mon niveau. Je vais tester avec ce logiciel, on verra ce que ça va donner :).

Cet article pour faire cette première update (qui je pense s'est faite attendre par certain•e•s), mais aussi pour vous prévenir/vous rappeler que je ne serais présent•e que sur Instagram désormais, niveau réseaux sociaux. Ca ne sert strictement à rien pour un petit média comme le mien de rester sur Facebook où l'on ne peut atteindre absolument aucune audience sans payer, et je n'aime pas Twitter. Je vous invite donc à vous abonner à ma page Insta pour suivre les news du blog, et suivre mes écoutes quotidiennes :).

Enfin, je compte quand même poster une ou deux fois avant de proposer le premier épisode du podcast. L'article où je parle des connections emo et straight-edge que je prévois depuis des mois se fera très sûrement à l'oral (sans pour autant vous faire un épisode de 2 heures !), je ne l'ai pas oublié.

Sur ce, je vous laisse avec quelques coups de coeur musicaux de ces derniers temps !

PS : Oui, si comme moi vous suivez la F1, vous aurez peut-être remarqué que j'ai volontairement effacé un détail de la photo : pas de promo de la cigarette chez moi ;)

ANXIOUS - Little Green House :

Je l'attendais tellement celui-là ! Et il sonne vraiment comme ce que j'attendais de This Place You Know de One Step Closer avant qu'il ne sorte. Mais si ils partagent des membres et des influences, chaque entité s'est décidée à faire son truc : One Step Closer en évoluant clairement sur un hardcore mélodique à mi-chemin entre Have Heart et Turning Point, et Anxious en ne se contenant pas de devenir un Title Fight 2.0, mais de flirter volontiers avec The Movielife ou Jimmy Eat World, tout en gardant bien présent leur background hardcore et leur amour pour le meilleur groupe que Kingston n'ait jamais porté (mais ce n'est que mon point de vue). Un disque richissime en idées et mélodies diverses et variées, en petits moments de sing-along, qui je pense ne sera pas un énorme disque au point de les faire signer dans des plus gros labels, mais qui restera plutôt la hidden gem des hardcore kids. Et c'est plutôt cool comme ça :)



HANDSOME - S/T

Avec la trentaine qui approche à grand pas, on dirait que je suis le chemin classique des hardcore/emo kids passant dans un âge plus mature, au fur et à mesure que la vie s'endurcit (même si en soi, la trentaine est plutôt en passe de m'apporter de la sagesse et de la sérénité), en écoutant de plus en plus de disques grossièrement classés dans la catégorie "alternative rock", et joués par des membres de groupes de hardcore youth crew, de metalcore, d'emo etc... Et me voilà aujourd'hui à adorer un disque que j'ai détesté il y a quelques années : l'unique mais iconique album de Handsome. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de vous raconter un disque que beaucoup d'autres ont déjà décrit avec succès, mais pour vous donner mes 2 cents dessus : C'est une avalanche de riffs puissants et groovy, avec des mélodies archi-entêtantes. C'est un peu comme si Quicksand avait composé le disque parfait entre leurs débuts et les 2 albums de leur (formidable) comeback. Vraiment, si vous aimez tout les groupes shoegaze/grunge revival de la scène Run For Cover / New Morality Zine, foncez, c'est l'un des disques fondateurs de ce type de son.





PINEGROVE - 11:11

Oui je sais, Pinegrove sont censés être cancel, mais il me semble qu'amende honorable a été rendue, et que peu de personnes auraient choisi de prendre ses responsabilités et reconnaître ses torts dans l'histoire comme la personne ciblée l'a fait par respect pour son accusatrice, même si le communiqué de base était quelque peu cryptique. Bref : Pinegrove revient avec un fantastique album, qui à mes oreilles sonne très clairement comme une version alt-country de American Football. C'est pas aussi technique que le groupe culte d'emo/math rock, mais c'est le même mood j'ai l'impression. Je vous le recommande chaudement si vous souhaitez écouter un disque chaleureux et profondément sincère, et surtout si vous êtes OK avec le fait de les écouter (à nouveau).




AGE OF APOCALYPSE - Grim Wisdom

Alors là très clairement, cet album n'est pas là pour faire dans la dentelle, même si y'a de chouettes mélodies en fond. C'est un worship assumé mais pas trop pompeux non plus du son de Life Of Agony, Only Living Witness et consors de l'alt metal des 90's, avec un mix signé Taylor Young (Twitching Tongues et ex-Nails) qui met bien en avant les riffs pachydermiques et ravageurs des new-yorkais. Une musique bien calorique en somme, mais sans pour autant verser dans l'absurde. Y'a même un léger côté Alice In Chains, dans l'idée de faire un truc heavy et gloomy à la fois avec un je-ne-sais-quoi de scène Seattle des 90's ? Je suis absolument fan.




ANGRY SON - 4 songs

C'est le deuxième EP des japonais qui tiennent évidemment leur nom du fameux morceau d'Indian Summer, et qui plus est enregistré, mixé et masterisé par Yohei de Sans Visage, et on reste dans un registre chaotique et cathartique, un screamo que les connaisseurs•euses pourraient facilement qualifier d'emoviolence au vu de façon qu'à le groupe d'aligner les riffs et les rythmes de manière aussi rapide que saccadée tout en restant dans un élan mélodique, évoquant autant Orchid que Iwrotehaikusaboutcannibalisminyouryearbook ou encore leurs compères de Komusō.



I FEEL FINE : The Cold In Every Shelter

J'ai jamais écrit dessus alors que j'avais promis quelques mots à Antoine (batterie et wholesomeness) à ce sujet. Et voici donc un rappel d'écouter l'un de mes 10 disques préférés de 2021, ni plus ni moins. C'est un disque tellement bien écrit, tellement doux, tellement réconfortant et touchant. On est quelque part entre les sonorités de Crash Of Rhinos, Algernon Cadwallader, The World Is A Beautiful Place And I Am Longer Afraid To Die et Sport, mais chaque influence est subtilement distillée, on est jamais dans l'excès. Les textes sont majoritairement chantés en chœur, il y a une interlude avec le bruit des oiseaux... Une énorme surprise qui a pris une grosse place dans mon coeur, et qui transforme chaque moment où je l'écoute en un espèce de cocon spatio-temporel. Je ne peux que vous recommander de vous laisser aller à ce voyage sonore déconcertant d'émotions brutes, qui laisse imaginer la gentillesse et la douceur des personnes composant ce groupe. J'ai archi-hâte de les voir en live, et de pleurer devant ce groupe.




CHALK HANDS - Don't Think About Death

Et puisque l'on parle de I Feel Fine, il me faut aussi vous parler du projet screamo d'Antoine, Chalk Hands, où il officie à la guitare et au chant. J'ai eu la chance de découvrir cet album avant sa sortie, et sans surprise : il est magnifique. À l'image de son autre projet, on retrouve beaucoup de chaleur et de sincérité, avec un son bien plus plus brut et direct, qui vous rappellera fortement les premiers disques de Pianos Become The Teeth, le Envy du début des années 2000... Il y a même un titre en français, dont vous pourrez voir le videoclip ci-dessous. Le disque sort mi-Mars chez Dog Knights Productions, et croyez-moi, il figurera sur vos AOTY lists de la fin d'année.



SOFTCULT - Year Of The Snake / Year Of The Rat

Alors non, je ne vais pas vous parler de disques de Fucked Up, désolé•e, mais bien de deux EPs d'un groupe canadien qu'à priori personne ne connait, mais le clip de leur chanson "Take It Off" a atteint presque 600 000 vues sur YouTube à l'heure où je poste cet article. Est-ce que c'est par rapport à l'esthétique du clip ou des membres, ou bien parce que le titre a percé sur TikTok ? J'en sais rien, je ne suis pas sur ce réseau social, mais ça me paraît probable, Molchat Doma a bien percé via ce canal... Toujours est-il que si vous arrivez à vous défaire du cliché "Mainstream music? No thanks!", vous vous rendrez compte que ce groupe est chouette, arrive à se hisser au niveau du dernier album de Teenage Wrist en termes de catchiness et d'idées avec leur indie pop féministe, généreuse et allègrement teinté de grunge et de shoegaze. Ca ressemble pas mal à Neaux, ce projet shoegaze malheureusement peu connu et formé par des membres de Trash Talk et VersaEmerge, et ça évoque même parfois Now, Now. En tout cas, si ça peut permettre à des kids qui sont en dehors des cercles underground de découvrir ce genre de son qui nous fait vibrer pendant toutes ces années, je dis mille fois oui.





RUINED - Everything Is

J'étais ARCHI hypé•e par "Worn Out", le single issu du premier album du groupe suisse. Ca ressemble énormément à tout ce que j'adore chez Title Fight, alors forcément... Mais l'album dans son ensemble n'est pas une simple copie des morceaux de mes héros, mais globalement un chouette retour quelques années en arrière dans un pop-punk très mélancolique et chaud, situé quelque part entre les premiers disques de Turnover ou Basement, avec quelques titres plus heavy comme "Downward" ou "Regret". Un premier full-length bien cool de leur part qui contient un potentiel tube !



DRUG CHURCH - Hygiene

Dans la droite lignée de Cheer et de l'EP Tawny, Drug Church continue de nous servir du grunge de stade avec Hygiene, un nouveau rouleau compresseur post-hardcore à gros riffs et grosses mélodies, assez court, avec juste ce qu'il faut de background hardcore pour donner du relief au tout. La verve et le cynisme de Patrick Kindlon sont intacts, avec des influences pop un peu plus présentes encore, pour affirmer la personnalité de ce groupe devenu bien plus qu'un side-project de Self Defense Family, je pense. Même si j'ai un peu peur que SDF soit un peu délaissé au final...



SUPERNOWHERE - Skinless Takes A Flight

J'ai une histoire d'amour avec les groupes en Super-, et celui-ci n'est pas près d'en sonner le glas. Skinless Takes A Flight est le deuxième disque des américain•e•s, il est sorti chez Topshelf Records, et c'est une absolue douceur. Un indie rock tout en délicatesse avec une orchestration légèrement math-rock, avec une vibe générale qu'on pourrait facilement retrouver sur un disque de slowcore. Le chant me rappelle celui de Mothers, le tout forme des paysages sonores dans lesquels il est bon de se laisser emmener, tant le voyage est doux et réconfortant.



DOWNWARD - The Brass Tax

Un chouette nouveau disque pour la formation de Tulsa, Oklahoma, qui arrive 4 ans après leur premier album. Cet EP propose un bien chouette mélange entre un rock alternatif moody et des influences shoegaze bien présentes, qui n'a aucun mal à figurer sur le roster de New Morality Zine, le label qui sort ce disque. Quelque part entre Duster, Cloakroom et même Radiohead ?



YEARNING - MMXXII

Le screamo le plus allemand que vous trouverez à Montréal. Très influencé par la scène React With Protest Records, Yearning nous propose un premier disque qui a mis du temps à voir le jour, mais qui propose déjà du lourd. Avec notamment du personnel de chez Nous Etions et The Ultimate Screamo Band, il est normal d'entendre autant de skill dès le premier essai. Il me tarde d'entendre une suite qui ne saurait tarder !



SPITEHOUSE - 3-Song Promo

Qu'est-ce qu'il se passe quand des membres de Woodwork et Dark Cicles jouent ensemble ? Du veganedge crust ? Eh non : cette alliance (ex-)Toulouse/Montréal nous proposent un chouette worship de l'alt-rock des années 90 avec un twist moderne qui parlera forcément aux fans de Jawbreaker, Samiam, Seaweed et de la scène "Run For Cover records-grunge". Un album est en préparation pour cette année, et chez New Morality Zine s'il vous plaît !



BLIND GIRLS - The Weight Of Everything

Une superbe surprise venant du pays d'une scènes alternatives les plus sous-estimées du monde (et celui du si solaire Daniel Ricciardo, pour continuer sur la F1 -et qui est fan de la scène myspacecore, en témoigne une playlist de 2017 visible par ici-), après un premier album déjà très bon, mais un peu plus "classic skramz" je dirais. En ce moment j'ai du mal avec la musique chaotique que j'aimais beaucoup quelques années auparavant, que ce soit du mathcore ou même juste du screamo destructuré à la Jeromes Dream. Mais The Weight Of Everything me rappelle ce chaos contrôlé parsemé de breaks purement hardcore et de relents noise rock que j'aime tant sur I.V de Loma Prieta. J'aime le fait qu'on soit sur quelque chose d'intelligemment écrit et placé, plutôt que du purement performatif, ce qui pour moi souligne les émotions qui veulent être transmises. Dès la deuxième écoute, les frissons et les "yeah I can relate" étaient au rendez-vous... Faites attention, c'est une écoute qui peut-être un peu trop intense selon votre mood. Je pense que les fans de Nuvolascura aimeront également beaucoup ce deuxième disque court mais dense, qui regorge également de douces mélodies qu'on aime tant dans le screamo suédois, entre autres. 



G.I. BILL - Wednesday Service b​/​w Life of Labors of Love

Encore une sortie New Morality Zine, mais je n'y peux rien si c'est un label extrêmement cool... G.I. Bill fait son petit bonhomme de chemin depuis 2020, en enchaînant les singles. Le dernier en date est inspiré notamment par Fiddlehead et Fugazi, en gardant cette fameuse vibe Title Fight qu'on imagine apportée par le membre de One Step Closer qui figure dans ce line-up. J'ai l'impression que le groupe fait de mieux en mieux avec le temps, et il me tarde de les entendre sur un LP ! À coup sûr un futur gros groupe de cette scène.




DEATHCRASH - Return

Une très belle découverte venue des UK, dont je ne connaissais aucune autre release avant ce nouvel album profondément mélancolique, invitant à l'évasion et au laisser-aller, à écouter paisiblement. Quelque part entre Slint, Mogwai et Duster, Return est un long et intense catharsis, un essentiel pour qui aime les musiques lentes et introspectives, offrant une atmosphère aussi réconfortante que glaçante. Très probablement l'un de mes albums de l'année même si j'en écris peu à son propos...



DUSTER - Together

Et justement, puisqu'on parlait de Duster sur 2 précédents disques, voilà que les intéressés nous sortent un LP surprise cette année ! Together propose une formule que l'on connait bien avec l'un des groupes cultes de la scène slowcore : Une musique ambiante et éthérée, ponctuées de drones et de riffs généreux, des morceaux qui prennent le temps de se dérouler délicatement... Cette recette magique reste présente, avec un petit twist goth dans les guitares sur certains morceaux, de quoi donner encore un peu de relief à un univers musical déjà richissime. Bon à savoir pour frimer en concert emo : le groupe a été formé sur les cendres d'un des groupes pionniers du screamo, Mohinder.



OVERO - Waiting For The End To Begin

Après une série de splits avec de chouettes groupes screamo, Overo revient enfin sur un long format, en proposant avec Waiting For The End To Begin un ensemble un peu plus sombre qu'auparavant, avec toujours une accentuation sur les mélodies (on rappelle que Lindsay et Mercy jouent dans Football, etc., pour situer le pourquoi du comment de la beauté de ces guitares), et sur les influences hardcore, qu'on retrouve de manière assez subtile comme sur l'album de 2019, mais bien marquées ("It Won't Be Pretty" ou "Lost Our Way" en sont de bons exemples). Un disque plutôt court, aux textes très concis, qui va droit au but, tout en proposant plein de chouettes moments de douceur, mais avec un morceau final asses surprenant, "Without You", long de 6 minutes, qui sort de l'ordinaire des compositions du groupe (mais pas du mood général de ses morceaux cependant). On retrouve sur ce LP des trompettes, du violon, et même du vihuela : un instrument à cordes proche du luth originaire d'Espagne, qui est notamment utilisé dans la musique mariachi. Overo a voulu élargir son univers musical sans pour autant le modifier en profondeur, et c'est réussi !



Et un rappel : écoutez Title Fight.

dimanche 3 octobre 2021

One Step Closer vient de sortir le deuxième album de Turning Point.



Voilà, merci, bonne écoute !

Non, plus sérieusement, ce disque va heureusement plus loin que ça. Il y a énormément de groupes qui ont été inspirés par les légendes du hardcore straight-edge Turning Point, ou qui le sont encore aujourd'hui (je pense souvent à cet excellent groupe US nommé Search For Purpose, notamment). Ils sont arrivés à la fin des années 80 avec un son relativement classique, mais qui avec le temps allait prendre un tournant (lol), mêlant un hardcore youth crew aux influences d’une scène emo qui continuait à grandir et à se construire. Ainsi, leur titre phare, « Behind This Wall », compte parmi l’un de leurs titres les plus emo, au chant finalement assez proche des groupes de chez Dischord Records comme Embrace, Rites Of Spring ou Dag Nasty. Et c’est cette facette du groupe qui a été la plus résonnante dans leur scène.

One Step Closer fait partie de ces groupes récents qui se réclament ouvertement de la formation originaire du New Jersey, et qui proposent un hardcore aussi puissant et intense que le fût celui de Turning Point. Actifs depuis 2016, cette inspiration assumée s’entendait déjà fortement sur leur première démo sortie en 2017, puis a évolué au fil des releases. Sur leur EP From Me To You paru en 2019, les kids de Wilkes-Barre, Pennsylvanie, montraient déjà un son plus personnel, et ce fût un tremplin énorme pour eux, tant le disque a bien été reçu.

This Place You Know est un album inspiré par la ville natale, la vie en périphérie des grandes villes, le rapport avec le chez-soi et nos lieux de vie. Il parle aussi de dépression saisonnière, de deuil, mais également de straight-edge (de manière relativement subtile dans le dernier morceau, "As The City Sleeps", en featuring avec le chanteur des excellents Magnitude) et de la vie en tournée. Des thèmes finalement aussi courants dans le hardcore que dans l'emo. Il pioche également énormément dans le hardcore mélodique intense à la Have Heart, sans abuser de son côté "anthémique" cependant. Et sur le "Record Selection" de Run For Cover Records consacré à One Step Closer, leur chanteur nous apprend que Diary de Sunny Day Real Estate a été une influence majeure du groupe : déjà dans les liner notes de From Me To You, ce groupe figurait dans leurs inspos. Il est facile de cerner la puissance émotionnelle que dégage ce disque culte de l'emo dans celui des kids de Wilkes-Barre.

À vrai dire je ne m'attendais pas à ce que ces influences ressortent autant sur cet album, on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus "cliché" des groupes signés chez Run For Cover, à savoir un revirement shoegaze ou indie, mais pas du tout ! C'est vrai que One Step Closer essaie des nouvelles choses sur ce disque, comme cette inattendue ballade qu'est "Hereafter". Mais globalement, ça reste très fidèle à ce que l'on connait du groupe jusque là, et ils ont simplement fait passer leur musique à un pallier supérieur en termes d'intensité et de songwriting.

Cet album est très bien équilibré entre brûlots hardcore et morceaux plus "emo" dans l'esprit, s'illustre cependant avec une intensité constante, sans jamais qu'on se sente saturé•e par ce flots d'émotions. Une belle réussite, qui remet sur le devant de la scène des sonorités un peu mises de côté sur la scène hardcore aujourd'hui : pas d'effets de guitare à outrances, pas de forçage sur le côté rétro/90's, c'est spontané et ça fait vraiment plaisir à entendre.