mercredi 30 décembre 2020

Comment est-ce que j'ai pu ne pas vous parler de l'Origami de ONE DYING WISH ?



Bon, la raison est simple : P R O C R A S T I N A T I O N . L'anxiété n'est plus vraiment une excuse, alors que je passais mon temps jusqu'à récemment à répondre à n'importe quel•le clampin•e sur les réseaux sociaux à les raisonner sur le coronavirus ou les violences policières. Pro tip : n'essayez pas ailleurs que dans la réalité.

Ce cher Euka, chroniqueur chez Metalorgie spécialisé dans le screamo, m'a contacté•e pour parler d'un disque dont j'étais persuadé•e d'avoir fait des louanges sur ces pages. Sauf que non, j'avais juste écrit un petit truc vite fait sur FB pour dire que ce disque, Origami, m'a sauvé d'une attaque de panique en l'écoutant la première fois alors que j'ai failli faire un malaise vagal en faisant mes courses (le propre du trouble panique). Mais alors qu'Euka a co-produit ce disque pour son label Seaside Suicide (excellente référence btw, que je préfère à celle des italiens, eh oui les o.g !), je me devais de rendre justice à cet album à l'heure où chacun•e dépose son bilan de fin d'année (ou le bilan tout court, vu les temps qui courent...), car c'est vraiment l'un de mes disques phare de mon année, au-delà de la forte valeur émotionnelle qui s'est construite autour de ce disque, pour moi.

Qui dit screamo italien dit généralement l'élite du screamo européen voire mondial, les américain•e•s sont souvent friand•e•s du style local, très mélodique et chaotique en même temps. Cette fois-ci, on est pourtant loin du sosie de RAEIN ou de LA QUIETE. ONE DYING WISH nous plonge dans un univers bien plus personnel, tout autant marqué par l'alternance entre les accalmies, les montées d'adrénaline et les couplets explosifs, très consistants.

Ce disque, composé dans une période étouffante d'anxiété et d'attaques de paniques pour le chanteur et guitariste Francesco, avec qui j'ai pu communiquer pour échanger sur nos souffrances communes, prend tout son sens dans une année somme toute très anxiogène : Les paroles tournent autour de ces problèmes sur lesquels il est finalement très compliqué de s'exprimer clairement sans paraître incompris•e ("Il Mare Minore"), sur la solitude ("Come Origami), autant que de la chute du monde dans lequel on survit et de sa fin certaine par notre faute ("Mediterraneo")...

Dès le premier morceau "Il Mare Minore", je ressens cette alchimie entre énergie hardcore et catharsis emo que l'on peut entendre chez des groupes comme THE SADDEST LANDSCAPE. Le second morceau "Contagio" va même jusqu'à me rappeler les débuts de DEFEATER ? (le saviez-vous ? Derek Archambault a brièvement joué de la guitare et posé quelques voix dans un groupe de screamo, TRANSISTOR TRANSISTOR) Ces influences hardcore parsèment l'ensemble du disque, donnant ce surplus de force dont le disque déborde déjà... Il y a beaucoup de sing-along sur ce disque ! Et c'est un très bon point : plus le temps passe, plus je suis sensible au hardcore plus dur ou plus catchy, qu'au screamo très chaotique et complexe. Le troisième morceau du disque, "Torna Da Me", fait d'ailleurs une balance parfaite entre tout ces éléments. "Mediterraneo" vous fera peut-être penser un peu à THURSDAY avec ses couplets chantés et sa petite réverb' mêlés aux influences emo. 

Dans l'ensemble, ça m'a aussi pas mal rappelé ce que j'aime sur mon album préféré d'ENVY, All The Footprints You've Ever Left And The Fear Expecting Ahead. Sur le morceau final, "Come Origami", j'y entends d'ailleurs pas mal d'influs également issues des disques les plus récents des japonais. Ces grandes envolées mélodiques à la frontière du post-rock... 

Ce disque est court pour un LP en soi, seulement 6 titres, mais tellement consistants et intenses que ça ne pose finalement aucun problème et qu'on y revient volontiers. C'est de toute façon compliquer de dépasser les 30 minutes sur un disque de screamo sans s'ennuyer. Je vous conseille donc fortement de tendre l'oreille à ce disque, ça vous fera du bien.


samedi 21 novembre 2020

La playlist de mon grand retour ! (CROWNING, SEAHAVEN, TOUCHÉ AMORÉ, NAEDR...)



Coucou ! Ca fait HYPER LONGTEMPS que j'avais pas écrit un article sur un coup de tête, comme je le faisais beaucoup jusqu'à y'a genre... 2 ans ? Disons que j'ai enfin la liberté mentale de le faire. Alors je me lance. Ma copine tolère que j'écoute mes trucs qui crient et qui font des bruits infernaux à ses côtés, j'ai de la chance haha ! Puis de toute façon je peux pas marcher pendant plusieurs jours, je me suis foulé le pied, faut bien s'occuper. Pour signer mon GRAND retour dans le blog jeu, je vous propose une petite playlist contenant mes coups de coeur de ces derniers jours, connectés de près ou de loin à l'emo, au screamo.

Hey! It has been a super long time since I last wrote an article spontaneously, which I did a lot since... two years ago? Let's say that I finally am free enough mentally to do so. Well let's do that. My girlfriend tolerates my screaming and noisy music when she is by my side, I am lucky haha ! In any case, I can't walk for a few days, I hurt my foot, so I might as well get busy. To sign my BIG come back in blogging, I am suggesting you a small playlist including last day's crushes of mine, more or less connected to emo and screamo.



CROWNING - Survival/Sickness

Généralement, quand tu vois un slash dans un titre d'album de screamo, tu sais que tu vas avoir affaire à quelque chose de cool, c'est une vérité universelle inhérente à ce style, et pas seulement le fait que tu vas potentiellement écouter un truc de hipster. CROWNING, je les ai découvert•e•s avec leur premier EP Funeral Designs, et c'était déjà une maxi-claque, quelque part entre screamo et metalcore. Survival/Sickness nous propose cette même balance, sans qu'on bascule dans une musique à mosh ou quelque chose de trop "facile", c'est technique, puissant et mémorable en même temps. C'est bref, c'est haletant et ça me replonge dans ce court mais si intense moment que fût leur date parisienne. C'est sorti chez Zegema Beach Records qui vous recommande ce disque si vous aimez CARRION SPRING ou LEVELESS, et je vous le recommande également chaudement.

When seeing a slash in a screamo album title, you usually except something cool. It is inherently true with this style, and not only the fact that you are going to listen to some hipster song. I discovered CROWNING with their first EP Funeral Designs, and it was already a huge slap, in between screamo and metalcore. Survival/Sickness offers us the same balance, without falling in a mosh or easy music, it is technical, strong and memorable at the same time. It is brief, breathless and it makes me dive again in that short but very intense moment that was their parisian date. It came out at Zegema Beach Records which recommends you that record if you like CARRION SPRING or LEVELESS, and I am also strongly recommending it.


NAEDR - Past Is Prologue

À Singapour, il y a une scène screamo vraiment qualitative, avec des pointures comme , FLOWERSxOFxCARNAGE, BETHARI et PARIS IN THE MAKING. NAEDR sont les "petits" nouveaux de la scène, il contient des membres de ces 2 derniers, et il est venu s'ajouter à cette belle liste, sortant il y a quelques jours l'excellent nouvel album Past Is Prologue. Concrètement, si la période All The Footprints [...] d'ENVY vous manque et que vous faites partie de ces quelques chanceuses personnes qui connaissent le groupe coréen 49 MORPHINES, vous allez tout simplement adorer ce disque, sans aucun doute. Foncez l'écouter, il déborde de puissance, sa production est au top et met vraiment en relief chaque élément de leur univers musical où il se passe énormément de choses sans être chaotique.

In Singapore, there is a really high-quality screamo scene, with big names like, FLOWERSxOFxCARNAGE, BETHARI and PARIS IN THE MAKING. NAEDR are the "newcomers" on the scene, not so newcomers since this band contains members of PITM and BETHARI, and it has been added to this great list, releasing a few days ago the excellent new album Past Is Prologue. Concretely, if you miss ENVY's All The Footprints [...] period and you are one of those lucky few who know the Korean band 49 MORPHINES, you will simply love this record, without a doubt. Go for it, it's powerful, its production is awesome and really highlights each element of their musical universe where there is a lot going on without being chaotic.



TOUCHÉ AMORÉ - Lament

J'avais vachement peur de ce disque, après Stage Four qui était superbe et poignant au niveau des paroles et de leur histoire, mais qui m'ennuyait niveau musical, j'ai vraiment pas accroché comme avec les autres... Lament m'a fait du bien et m'a rassuré•e, il fait la parfaite liaison entre ce qui fait la sève de TOUCHÉ AMORÉ depuis le début, et d'autres influences qu'ils ont mis en avant, créant ainsi une atmosphère unique autour de leur musique, teintée de post-punk et même d'americana. Le disque a été produit par un ponte du neo-metal et du post-hardcore, Ross Robinson, et ça se ressent clairement dans la production et la performance du groupe. Ce disque est plein d'énergie, brillant, contenant quelques tubes qui seront repris en sing-along par leur public quand les concerts reviendront (moi y compris) comme "Reminders" ou bien "Lament", s'ajoutant ainsi à la liste des autres morceaux cultes des américains. Les paroles sont beaucoup moins emplies de deuil, et traitent de sujets un peu plus universels. On soulignera aussi le sublime featuring du chanteur de MANCHESTER ORCHESTRA sur "Limelight", ou encore la grosse vibe ENVY du morceau d'ouverture "Come Heroine". C'est un disque surprenant, qui peut paraître sombre par moment mais que je trouve rempli de force, de courage, et que je trouve lumineux (rien que pour "Reminders"...). Un chouette album, vraiment.

I was really afraid of this record, after Stage Four which was superb and poignant in terms of lyrics and their story, but which bored me musically, I didn't liked it me as much as the others... Lament reassured me and really warmed my heart, this album made the perfect link between what has been the lifeblood of TOUCHÉ AMORÉ from the beginning, and other influences that they put forward, thus creating a unique atmosphere around their music, tinged with post-punk and even americana. The record was produced by the legendary producer Ross Robinson (which produced bands like AT THE DRIVE-IN, GLASSJAW, KORN, THE CURE...), and it clearly shows in the band's production and performance. This record is full of energy, it's brilliant, and it's containing a few hits made for sing-along, that I can't wait to experiment live when the concerts will happen again, as "Reminders" or "Lament", thus adding to the list of other hits written by the band and that they never stopped to play. The lyrics are much less about mourning, and they deal with a little more universal subjects. There's a shivering feature of the singer of MANCHESTER ORCHESTRA on "Limelight", a huge late ENVY vibe of the opening track "Come Heroine"... It's actually a surprising record that you will really discover after several listens, which may seem dark at times but which I find filled with strength, courage, and brightness (at least just for "Reminders"...). A great album, really. TA forever.





SEAHAVEN - Halo Of Hurt

La dernière fois que SEAHAVEN a sorti un album, ce fût en Mars 2014 avec le superbe Reverie Lagoon: Music For Escapism Only, où le groupe faisait évoluer sa musique fortement inspirée par BRAND NEW en la sublimant de délicatesse et de classe, flirtant parfois avec la dream pop. À la surprise générale, SEAHAVEN revient cette année avec Halo Of Hurt, un disque beaucoup plus sombre que le précédent, revenant presque au mood de leur tout premier EP Ghost, tout en gardant le fil conducteur tissé sur Reverie Lagoon [...]. Etant archi-fan de ce dernier, j'ai été un peu déçu•e à la première écoute car beaucoup plus linéaire dans le songwriting, mais Halo Of Hurt est en fait un grower, qui fera également penser aux 2 derniers albums de CITIZEN à certain•e•s, où le groupe développe avec subtilité cette atmosphère sombre mais jamais pesante, soutenue par quelques claviers.

The last time SEAHAVEN released an album, the "Tumblrcore" scene wasn't completely dead yet and it was in March 2014 with the ethereal Reverie Lagoon: Music For Escapism Only, where the band developed their music then strongly inspired by BRAND NEW by sublimating it with delicacy and class, sometimes flirting with dream pop. To everyone's surprise and in a world where Tik-Tok dominates the social media's trends and where emos became e-girls/boys, SEAHAVEN returns this year with Halo Of Hurt, a much darker record than the previous one, almost returning to the mood of their very first EP Ghost, while keeping the common thread woven on Reverie Lagoon [...]. Being a huge fan of the latter, I was a little disappointed at the first listen because it was much more linear in the songwriting, but Halo Of Hurt is in fact a grower, which will also make some people think of the last 2 CITIZEN albums, where the group subtly develops this dark but never heavy atmosphere, supported by a few keyboards.




AS IN EVERYDAY - Such An Awful Waste

J'adooore les surprises qui viennent de nulle part. C'est pas moi qui a déniché celle-ci dans les abysses d'Internet mais le blog Miss The Stars, que je ne remercierais jamais assez de contribuer à tenir mon répertoire emo/screamo à jour... AS IN EVERYDAY est un projet solo américain, qui après 2 petites sorties quelque peu brouillon, a sorti un très chouette album cette année, Such An Awful Waste. Il sonne comme un disque qui aurait pu sortir à la fin des 90's, c'est super doux et délicat, mais quelques parties hurlées tranchent avec l'ensemble sans pour autant casser le mood, c'est de l'emo pur jus qu'on peut entendre, qui plaira aux fans de FOOTBALL ETC ou de THE WORLD IS A BEAUTIFUL PLACE AND I AM NO LONGER AFRAID TO DIE, et à n'importe quel emokid qui se sentirait mal dans sa peau en ces temps apocalyptiques.

I looove surprises that come out of nowhere. It wasn't me who found this one in the abyss of the Internets but Miss The Stars blog, which I cannot thank enough for helping me to keep my emo / screamo playlist up to date... AS IN EVERYDAY is a solo project from New York, which after 2 small and somewhat messy releases, released a very nice album this year, named Such An Awful Waste. It sounds like a record that could have been released at the end of the 90's, it's super soft and delicate, but some screamed parts contrasts with the whole without breaking the mood, it's pure emo, which will please fans of FOOTBALL ETC or THE WORLD IS A BEAUTIFUL PLACE AND I AM NO LONGER AFRAID TO DIE, and any emokid who would feel bad about themselves in these apocalyptic times.

"I’ve been trying myself
and its been working well
I’m in love with today
but you’ve never known how tomorrow felt."




SOMERSET THROWER - Paint My Memory

J'ai découvert ce groupe avec Godspeed, sorti en 2018, et j'avais déjà adoré, sauf que tout le monde autour de moi n'en avait rien à foutre. Ce nouveau-venu, sorti chez Triple B Records (un des meilleurs labels hardcore selon moi), est sur la même lignée, très JAWBREAKER dans la voix et l'intention, j'ai pas manqué de le signaler en le partageant sur mes réseaux, et j'ai réussi à convaincre quelques connaissances qui étaient ado quand JAWBREAKER sortaient des disques d'écouter les américains, et sans surprise ils ont adoré ! C'est loin d'être original, mais ça fait du bien aux oreilles et au coeur, les riffs sont acérés et mélodieux comme il faut, c'est carré, ils se sont même mis à crier à la limite du screamo sur un titre, c'est plus ou moins une daronnade en version emo.

I discovered this band with Godspeed, released in 2018, and I loved it a lot, except that everyone around me didn't give a fuck about it. This newcomer, released on Triple B Records (one of the best hardcore labels in my opinion), is on the same line, very JAWBREAKER-ish in the vocals, the guitar sound and the melodies, I managed to convince some acquaintances who were teenagers when JAWBREAKER released records to listen to SOMERSET THROWER, and unsurprisingly they loved it! It's far from being original or something never heard before, but it's good for the ears and the heart. The riffs are sharp and melodious as it should be, they even started to scream on a track, it's more or less the equivalent of a dad-rock album in emo form, I guess.


mardi 22 septembre 2020

OVERO et ASTHENIA : un 7" split pour rendre 2020 un peu moins exécrable.


Je pense que même si des fafs passent par ici, nous serons absolument tou•te•s unanimes sur le fait que 2020 est une bonne année de MERDE : le coronavirus qui a globalement annulé nos vies pour les 5 prochaines années si ce n'est plus, les personnes noires tuées et blessées par les flics aux USA, l'extrême droite qui continue à grappiller des points de pouvoir dans le monde et à tuer ses opposant•e•s, les catastrophes climatiques en cascade, les anti-masques et anti-vaccins (si j'en ai parmi mes lecteurices : arrêtez de lire/écouter de la merde, portez vos masques et lavez-vous les mains, vous êtes les mêmes qui croient que la Terre est plate), les Ouïgours qui subissent un génocide dans l'indifférence totale, Riley Gale (chanteur du groupe maître du crossover thrash moderne POWER TRIP et politisé à gauche, fait rare dans le milieu) qui meurt à 34 ans dans son sommeil (si quelqu'un•e sait pourquoi, mon anxiété vous remerciera), un mec qui habite 2 étages au-dessus de chez moi qui balance du SNIPER et du PSY 4 DE LA RIME au point de réussir à faire trembler nos murs quasi TOUS LES JOURS... En fait, la fin du monde annoncée en 2012 arrive avec 8 ans de retard je pense. 

Mais dans les terres texanes et la métropole de Tokyo, s'est préparé à l'abri des plus dangereux fascistes de ce monde un disque d'une dizaine de minutes faisant renaître l'espoir tout en extériorisant l'inverse, un axe salvateur traversant le plus grand océan de notre planète, ouvrant de son tracé tranchant un continuum espace-temps duquel on peut apercevoir ce qu'il se passait il y a 20-25 ans quand Discogs et TikTok n'existaient pas, et qu'on racontait déjà l'apocalypse mais sur des zines ou des inserts de cassettes. Ce temps que d'innombrables millenials et de kids qui sont pourtant né•e•s bien après l'an 2000 regrettent sans même l'avoir vécu. Moi, j'aimerais vraiment que les scènes emo et hardcore se reconnectent vraiment, j'ai l'impression qu'il y a encore pas mal de scissions aujourd'hui. Mais à jouer la carte de la nostalgie, on peut basculer dans le conservatisme et refuser d'accepter le fait qu'il faut se sortir de ce giga-merdier (ce serait cool que ça ne finisse pas en guerre civile comme aux USA, cependant). BREF, deux très chouettes groupes d'emo tendance hardcore 90's sortent un split ensemble : OVERO et ASTHENIA. Les texan•e•s devaient faire une tournée au Japon cette année, occasion pour laquelle ce split a été imaginé, mais évidemment le coronavirus en a décidé autrement.

OVERO est composé de deux membres de FOOTBALL ETC., et du batteur de PERFECT FUTURE et IT ONLY ENDS ONCE. Rien que l'évocation du nom de FOOTBALL ETC. me file la chair de poule, car c'est tout simplement l'un de mes groupes préférés du "emo revival" dont on entendait beaucoup parler sur Tumblr y'a 10 ans, alors que l'emo n'a jamais disparu. Et justement, c'est via une amie qui m'avait motivé•e à rejoindre Tumblr à l'époque (Elisabeth, si tu me lis, ce Tumblr existe encore haha !) que j'ai découvert ce groupe, et dont je suis encore fan aujourd'hui. OVERO, c'est la parfaite fusion entre la sensibilité et la douceur de l'univers musical très typé "midwest emo" de FOOTBALL ETC. et les influences clairement screamo/hardcore de chacun•e. Iels ont sorti un superbe album éponyme en Juin 2019 qui synthétise parfaitement cela : c'est comme si YAPHET KOTTO avait composé un album inspiré par du youth crew, avec tout ce qu'on aime dans THE SADDEST LANDSCAPE : cette voix si empreinte d'émotions, pleine de rage... Ce disque, c'est vraiment tout ce que j'aime dans le screamo en termes de mélodies, de rythmes, de dynamiques, de puissance. Aucune surenchère, pas besoin d'en faire des caisses, de suivre la trend du moment : s'accorder super bas pour montrer que "nous aussi on aime le metalcore 90s" ou de faire des dissonances bizarres parce que "nous aussi on aime DAUGHTERS". C'est juste simple, efficace, touchant, percutant.



ASTHENIA évolue dans l'ombre depuis quelques années, mais c'est pourtant l'un des meilleurs groupes japonais en termes de true screamo, si je puis dire. Pour beaucoup, le screamo japonais c'est nécessairement des groupes qui composent des pièces monolithiques de 5 à 10 minutes ou alors du math-rock crié, mais il existe bien une scène plus o.g, plutôt riche, très inspirée par la scène française et américaine des années 90 et 2000 entre autres. ASTHENIA en fait partie, et comme OVERO, ils synthétisent screamo et hardcore avec brio, en lorgnant un peu plus vers les groupes qui étaient à cheval entre metal/hardcore et emo 90's, genre GROUNDWORK, TURNING POINT ou JASEMINE. Leurs morceaux sortis jusqu'à présent auraient pu sortir au milieu des années 90, ça n'aurait choqué personne tant leurs influences sont ancrées dans cette époque. Même si effectivement, il y a des éléments plus "modernes" dans leur son qui pourraient notamment évoquer le top de la scène européenne. C'est également un groupe politisé, n'hésitant pas à soulever les problèmes sociaux qui prédominent au Japon, tels que le racisme, les problèmes liés au culte du travail ou à la situation économique du pays.

Ce split 7" entre ces 2 formations fait donc parfaitement sens, chaque groupe étant complémentaire dans leurs intentions, leurs idéaux et leurs influences. OVERO propose sur ce disque un brûlot de quelques secondes, "Near The End", où Lindsay et Brendan scandent et crient : "She told me that love is not enough". Il semble que cette phrase se rapporte aux relations humaines et comment elles peuvent faire courir à notre perte. Mais que répondre à cette affirmation ? Est-ce que notre amour n'est plus assez puissant pour détruire ce monde, comme me le promettait METRONOME CHARISMA ? Si l'amour est politique, qu'il est désobéissance et défiance, comme le rappellent BIRDS IN ROW, est-ce vraiment un sentiment vain ? Moi je pense toujours qu'il peut nous sauver. L'amour, dans toutes ses formes, est ce lien qui nous permet de tenir bon face à celleux qui voudraient nous diviser dans ce monde si trouble. Mais je comprends que l'amour peut nous faire souffrir à un moment de nos vies, qu'il ne peut pas être suffisant pour nous faire tenir debout. Effectivement, quelquefois c'est pas assez. Parfois, c'est des choses plus matérielles qui t'aident, parfois les médicaments... Le second morceau d'OVERO qui figure sur ce disque, "Haunted By Heat" ressemble à un double-sens. Il parle concrètement du rapport qu'on peut soudainement avoir avec le fait d'être mortel•le, d'y laisser son innocence. Un thème qui me touche énormément, car le trouble anxieux qui a empoisonné mon existence cette année a principalement été influencé par cette peur de mourir, de disparaître, des symptômes physiques qui pourraient amener à cette mort, dont les bouffées de chaleur caractéristiques aux crises d'angoisses... Puis ce titre peut aisément faire référence aux catastrophes climatiques en chaîne, aux feux de forêts qui détruisent des milliers d'hectares aux Etats-Unis, presque dans l'indifférence générale, surtout de leur gouvernement.




- "All I can see are the flames.
Where am I from?
I'm afraid. I'm afraid.
I can't breathe, but I scream, and I scream.

I didn't stay long, but now
I'm still haunted by heat."



ASTHENIA propose quand à eux deux morceaux qui me semblent un peu plus durs que ceux que l'on a l'habitude d'entendre avec eux, je vous renvoie notamment à leur excellent 10" 4 titres. Très marqués par leurs influences les plus hardcore et "Ebullition Records", ils sont à l'image du chouette single sorti sur une compile japonaise nommée "My Fellows" et parue cet été (pour la petite histoire, le titre de travail du morceau fût "Groundwork", car l'un des membres d'ASTHENIA, Hiroshi, trouvait que le morceau sonnait beaucoup comme du GROUNDWORK), un emo/hardcore nerveux, puissant. "Humans" nous propose un screamo assez classique, mais la patte du groupe est reconnaissable. "Ghosts" nous emmène dans le vif du sujet d'ASTHENIA, là où peu d'emokids s'aventurent aujourd'hui à mon grand regret, dans des influences hardcore claires, même si on reste toujours bien évidemment dans un registre emo 90's. Ce morceau nous parle de nos routines qui nous assomment d'ennui malgré le fait que l'on se conforte en elles, à cause du mode de vie dans lequel on a été conditionné•e•s depuis l'enfance.

Pendant que je rédige ce post, je suis en train de longuement discuter avec Hiroshi, sur la situation politique et sanitaire au Japon. Leur gestion de crise est encore pire qu'en France, ils investissent des millions dans de la propagande, font des défilés militaires pour remercier les soignant•e•s, mais n'aident pas du tout le personnel soignant ni le système hospitalier. Il me semble que la politique japonaise est (sans surprise) trop conservatrice malgré l'illusion d'un pays très ouvert et progressiste que l'on peut avoir via nos visions brouillées par les animes, les mangas, la J-pop et la culture rock / punk / metal locale, ce qui fait écho aux revendications et aux frustrations d'ASTHENIA.





"Morbid jealousy
Sorry symptoms
Two light sources, towards the approaching house
 
Consider life with the feeling of having a good dialogue with an office worker:
A gruesome situation that is compressed and shrinks
Sensitivity to rot on the verge of madness
I want to escape without being compressed."

-「 病的な嫉妬
気の毒な症状
二つの光源、近づいていく家の方へ向けて
 
会社員と上手く対話する感じで生活を考察:
圧縮されて小さくなっていく、陰惨な状況
死に腐る感受性 発狂寸前
圧縮されず脱出したいんだけど」

C'est un chouette split qui nous est proposé par ces deux formations que j'aime beaucoup, sous plusieurs aspects, que je vous recommande chaudement si vous voulez écouter de l'emo/hardcore qui soit fidèle à ses origines, sans verser dans les superlatifs, qui est concerné par son époque, et sans avoir peur de tomber sur un énième plagiat d'ORCHID ou de DAÏTRO. Il est disponible via Forge (JPN), Count Your Lucky Stars (USA), Middle-man Records (USA), Pundonor (ESP), strictly no capital letters (UK), Lilac Sky (NOR), Polar Summer (RUS), et Scully Records (USA). 



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ENGLISH TRANSLATION :

I think that even if fascists pass by here, we will all be absolutely unanimous on the fact that 2020 is nothing but SHIT: the coronavirus which has globally canceled our lives for the next 5 years if not more, black people killed and injured by cops in the USA, the far-right which continues to grab power points in the world and literally kills its opponents, cascading climate disasters, anti-masks and anti-vaccines  people (if I have any among my readers: stop reading / listening fake news, wear your masks and wash your hands, you are the same people who believe the Earth is flat, we don't need your advice), Uighurs who are suffering from genocide in total indifference, Riley Gale (singer of the best modern crossover thrash band POWER TRIP and which was politicized, something rare in this scene) who dies at 34 in his sleep (if anyone knows why, my anxiety will thank you), a guy who lives 2 floors above my flat who blasts the same annoying late 90's / early 00's french sexist/machist rap almost EVERYDAY to the point of succeeding in making our walls tremble... In fact, the end of the world announced in 2012 arrives 8 years late I think.

But in Texan lands and the metropolis of Tokyo, a ten-minute 7 inches record was prepared, away from the most dangerous fascists of this world, reviving hope while exteriorizing the reverse, a saving axis crossing the largest ocean on our planet, opening with its sharp outline a space-time continuum from which we can see what happened 20-25 years ago when Discogs and TikTok didn't exist, and we were already telling about the apocalypse to come but on zines or cassette inserts. This time that countless millennials and kids who were born well after the year 2000 are regretting without even having lived it. I would really like the emo and hardcore scenes to really reconnect, I feel like there are still quite a few beefs today between both scenes, about attitudes, politics, aesthetics... But by playing too much the card of nostalgia, we can easily switch to conservatism and refuse to accept the fact that we have to get out of this big mess (it would be cool if it didn't end in a civil war like in the United States, however). ANYWAY, here's the deal: two very cool 90's-inspired emo/hardcore bands are releasing a split together: OVERO and ASTHENIA. The Texans were about to tour Japan this year, an occasion for which this split was imagined, but obviously the coronavirus decided otherwise.

OVERO is made up of two members of FOOTBALL ETC., and the drummer of PERFECT FUTURE and IT ONLY ENDS ONCE. Just the mention of FOOTBALL ETC. name give me goosebumps because it's just one of my favorite "emo revival" bands that we heard a lot about on Tumblr 10 years ago, while emo has actually never disappeared. And precisely, I discovered this band via a friend who had motivated me to join Tumblr at the time (Elisabeth, if you read me, this Tumblr still exists haha!), and I'm still a big fan of the trio today. OVERO is the perfect fusion between the sensitivity and the sweetness of the very typical "midwest emo" musical universe of FOOTBALL ETC. and the screamo / hardcore influences of all OVERO members, from classics like YAPHET KOTTO or MOSS ICON to modern hardcore like DEFEATER. They released a superb eponymous album in June 2019 which perfectly synthesizes this: it's as if YAPHET KOTTO had composed an album inspired by youth crew (not sure any of them are straight-edge tho), with everything we love in THE SADDEST LANDSCAPE: this voice so imbued with emotions, full of rage... This record contains really everything I like about screamo in terms of melodies, rhythms, dynamics. No need follow the trend of the moment: no super low tuning to show that "yeah we also like 90s metalcore" or to make weird dissonances because "yeah we also like DAUGHTERS ". It's just simple, effective, touching, impactful. Straight fuckin' skramz.





ASTHENIA is an underground and pretty much unknown band for a few years now, but it is nevertheless one of the best Japanese bands from what elitists would call true screamo, if I may say so. For many, Japanese screamo is necessarily bands that compose 5-to-10 minutes monolithic pieces or just shouted math-rock, but there is indeed a more o.g scene, rather rich, very inspired by the French and American scene from the 90s and early 2000s among others. ASTHENIA is one of them, and like OVERO, they brilliantly synthesize screamo and hardcore, eyeing a little more towards bands that were straddling metal / hardcore and 90's emo, like GROUNDWORK, TURNING POINT or JASEMINE. Their songs released so far could have been released in the mid-90s, it wouldn't have shocked anyone as their influences are strongly anchored in that time. Even if there are more "modern" elements in their sound which could evoke the top of the European scene. It's also a politicized group, they are not hesitating to raise the social issues that predominates in Japan, such as racism, issues related to the local cult of work or the country's economic situation.

This 7" split between these 2 formations therefore makes perfect sense, each group being complementary in their intentions, their ideals and their influences. OVERO offers on this record a short burst," Near The End ", where Lindsay and Brendan scream and shout: “She told me that love is not enough.” It seems that this phrase relates to human relationships and how they can lead to our fall. But what to answer to this statement? Is our love no longer powerful enough to destroy this world, as METRONOME CHARISMA promised me? If love is political, if it's disobedience and defiance, as BIRDS IN ROW reminded us on their last album, We Already Lost The World, is it really a vain feeling? I still think that love can save us. Love, in all its forms, is this bond that allows us to stand firm against those who would like to divide us in this troubled world. But I know that love can make us suffer at some times of our lives so much that is hard for us to stand up for anything. So yeah, indeed, sometimes it's not enough. Sometimes it's more material things that help you, sometimes it's medication... The second OVERO track on this record, "Haunted By Heat" sounds like a double meaning. He speaks concretely of the thoughts one can suddenly have about the fact to being mortal, leaving one's innocence there. A theme that touches me deeply, because the anxiety disorder that plagued my existence this year was mainly influenced by this fear of dying, of disappearing, of the physical symptoms that could lead to this death (something that is entirely false : we CAN'T die of a panic attack, never!), including the heat rushes characteristic of panic attacks... Then this song title can easily refer to chain climatic catastrophes, to forest fires which destroy thousands of hectares in the United States right now, almost in the general indifference, especially of their government.

- "All I can see are the flames.
Where am I from?
I'm afraid. I'm afraid.
I can't breathe, but I scream, and I scream.

I didn't stay long, but now
I'm still haunted by heat."


ASTHENIA offers two songs that seem to me a little harder than those we are used to hear with them, I refer you to their excellent 4-song self titled 10" in particular. Very marked by their more hardcore and "Ebullition Records" influences, they sound like this single released on a Japanese compilation called "My Fellows" and released this summer (for the record, the track's working title was "Groundwork", because the singer of the band, Hiroshi, thought the track sounded a lot like GROUNDWORK), a nervous, powerful emo / hardcore. "Humans" delivers a pretty classic screamo, but the band's touch is recognizable. "Ghosts" takes us along in the heart of the subject of ASTHENIA, where few emokids venture today to my great regret: in clear, real hardcore influences, even if we obviously always remain in a 90's emo register. This track tells us about our routines that crushes us of boredom despite the fact that we are strongly satisfying ourselves in them, because of the way of life in which we have been conditioned since childhood.


While writing this post, I am talking a lot with Hiroshi about the political and health situation in Japan. Their crisis management is even worse than in France, they invest millions in propaganda, they make military parades to thank the caregivers, but do not help the nursing staff or the hospital system at all. It seems to me that Japanese politics are (unsurprisingly) too conservative despite the illusion of a very open and progressive country that we can have through our occidental visions blurred by anime, manga, J-pop and local rock / punk / metal culture, which echoes ASTHENIA's claims and frustrations.


- "Morbid jealousy
Sorry symptoms
Two light sources, towards the approaching house
 
Consider life with the feeling of having a good dialogue with an office worker:
A gruesome situation that is compressed and shrinks
Sensitivity to rot on the verge of madness
I want to escape without being compressed."

-「 病的な嫉妬
気の毒な症状
二つの光源、近づいていく家の方へ向けて
 
会社員と上手く対話する感じで生活を考察:
圧縮されて小さくなっていく、陰惨な状況
死に腐る感受性 発狂寸前
圧縮されず脱出したいんだけど」


It's a very cool split that is offered to us by these two bands that I like a lot, in several aspects, that I highly recommend if you want to listen to emo / hardcore that is faithful to its origins, without falling into superlatives, who is concerned by his time, and if you don't want to listen to another plagiarism of ORCHID or DAÏTRO. The record is available via 
Forge (JPN), Count Your Lucky Stars (USA), Middle-man Records (USA), Pundonor (ESP), strictly no capital letters (UK), Lilac Sky (NOR), Polar Summer (RUS), and Scully Records (USA). 

vendredi 10 avril 2020

PREMIERE : Deux extraits du split kafka. / Junior Leagues / TDOAFS / Virginia On Duty en écoute.



Ah, ça c'est un truc que j'aime bien vous proposer, les premieres. En temps d'anxiété de type hardcore, ça me stimule, j'écoute des trucs cool et j'écris dessus à la bourre, au final ça rend spontané et concis comme j'aime, c'est du bon stress, nickel ! Tiens, j'écris ce texte en écoutant le nouvel album de WEAVE, The Sound II, un groupe japonais qui fait ce qu'on pourrait globalement et aisément qualifier d'emo 90s avec un coté J-rock bien catchy, c'est cool ! Le morceau "Dive Into Sleep" est excellent... C'est dispo sur Spotify, ça sonne pas mal comme l'album Proper de INTO IT OVER IT et TEXAS IS THE REASON... Mais hey, ceux-là ne figurent pas sur le split dont il est question ;).


Bref, j'ai l'honneur et le privilège de vous présenter 2 morceaux qui n'ont absolument rien à voir avec le Japon ou le J-rock (à ceci près que je pense que 90% des personnes impliquées dans l'écriture, la production, la chronique et la promotion de ce split passent une grande partie du confinement à regarder des animes, je suis sur Haikyuu en ce moment, c'est wholesome et marrant comme il faut!). KAFKA., je vous en avais parlé avec beaucoup de passion et d'enthousiasme, avec leur demo parue en 2018 (ma review ici). Originaire de Prague, le groupe a cette particularité de chanter ses textes quasi-exclusivement en français, et reviennent sur ce split avec 2 nouveaux morceaux toujours de toute beauté. Je suis si content•e de les retrouver ! L'un d'entre eux apporte de nouvelles idées à leur son, et c'est ce morceau de KAFKA. que je voulais partager avec vous : "Chacun d'entre nous".


J'ai toujours beaucoup l'impression d'entendre du BELLE ÉPOQUE ou du CHAVIRÉ dans leurs mélodies saccadés, pleines d'urgence et de fougue, aux paroles aussi joliment imagées que politisées, mais ce titre me replonge avec tellement de plaisir dans ces sonorités si chaleureuses, presque douces, et pourtant si émouvantes, du LP Prima Che Tutto Bruci de ØJNE, ou de leur incroyable morceau "Da Qualche Parte, Nel Momento Giusto"... Ce morceau est très beau, apporte du baume au cœur, et encore une fois écrit avec un français très bien maîtrisé à quelques approximations près, chose très compliqué quand c'est pas ta langue natale. J'arrive pas à comprendre pourquoi je ne les ai pas encore vus sur un Fluff Fest, et j'ose espérer que l'orga profitera de l'année qu'elle va avoir devant elle pour réparer son erreur en 2021 ;). Bon, OK, le fest est pas encore annulé... Mais y'a encore des gens qui pensent que c'est possible de faire un festival en 2020 ? Le COVID-19 au bûcher !


k a k f a .


"Chacun d'entre nous a le droit d'être entendu,
Personne n'est la mesure des choses,
Et pourtant chacun est petit dieu
dans un humble sanctuaire."


Le second groupe à figurer sur le split dont je vous présente l'un des morceaux, nommé "нелюбовь" ("Lovelessness"), c'est JUNIOR LEAGUES. Au début, en voyant leur nom, j'ai cru que j'allais découvrir un groupe de pop-punk resté dans les années Tumblr et je me suis dit avec plaisir que "still not a phase", pourquoi pas ! Mais en fait, j'ai été mauvaise langue : Originaire de Rostov-sur-le-Don, Russie, où ils tiennent un peu l'étendard du screamo local avec TON RÊVE. et JACK NANCE (n'hésitez pas à me partager d'autres groupes emo / screamo du coin dans les commentaires, si j'en ai oublié !), ils proposent deux morceaux où le mood est nettement plus sombre (histoire de bien amorcer le terrain pour les superbes morceaux de type "étoile filante" de VIRGINIA ON DUTY), aussi bien en comparaison de ceux de KAFKA. que de leurs morceaux précédents. Les voix me font penser à celles de YOTSUYA KAIDAN, quelque chose qui se rapproche un peu du noise-rock, très scandé. Mais pas de doute, on est bien sur un screamo plutôt virulent mais pas pour autant écrasant, avec ses parties en blast beats et ses saccades qui vont bien. C'est également bien chouette, et ça se découvre juste en-dessous, avec le morceau de KAFKA. ainsi que la playlist du disque. En cherchant une photo de JUNIOR LEAGUES, je suis tombé-e sur une photo du chanteur vêtu d'un t-shirt BELGRADO, et ça c'est un gros bonus. Meilleur groupe post-punk de l'Europe de L'Est, plus que MOLCHAT DOMAМолчат Дома, incontestable.


J u n i o r   L e a g u e s




Le camarade David vous proposera un des 2 morceaux de VIRGINIA ON DUTY et des très sous-estimés TDOAFS le 11 Avril sur son blog Open Mind / Saturated Brain, ne les loupez pas ! Les pre-orders pour ce 4-way 12", disponible en 2 coloris (noir, et vert transparent/fumée), seront disponibles mi-Avril via la jolie ribambelle de labels ayant contribué à ce chouette LP : Unlock Yourself Records (RUS), Seitan's Hell Bike Punks (FRA), Polar Summer (RUS), Never Again Records (RUS), Les disques Rabat-joie (CA), Zilpzalp Records (GER), Non Ti Seguo Records (ITA), Hell Vice i Vicious (FRA), et Missed Out Records (US). No Funeral Records (USA) se charge également de sortir une version cassette du split, 50 exemplaires d'ores et déjà disponibles ici


De quoi facilement le trouver près de chez soi, où il faut faire attention de bien s'y abriter pour le moment... Même si je sais ô combien c'est compliqué, pour certaines personnes. Mais si vous êtes valide, neurotypique, que vous ne subissez pas de violences, que vous avez de bonnes réserves de bouffe, que vous ne sortez pas pour aller bosser, acheter à manger ou des médicaments, ou bien aider des personnes dans le besoin : ne soyez pas stupides ou égoïstes et RESTEZ CHEZ VOUS. Le soleil, on peut le prendre à son balcon, à sa fenêtre... Ça va pas durer éternellement, ce confinement. Peut-être bien quelques mois oui, soyons réalistes, mais absolument pas toute une vie. ♡




English :

Ah, premieres are something that I like to offer you. In times of "hardcore-mode" anxiety, it stimulates me, I listen to cool stuff and I write about it pretty late on the planned timeline of course, and in the end I write spontaneous and concise words as I like, it's good stress, noice! It's 3 a.m when I write this post, while listening to the new album of WEAVE, The Sound II, a Japanese band which plays what we can easily qualify as "90s emo with a J-rock vibe", it's very catchy and warm, it's cool! The song "Dive Into Sleep" is excellent... It's available on Spotify, it sounds pretty like much like INTO IT OVER IT's Proper and TEXAS IS THE REASON... But hey, they don't appear on the split which I'm talking about right now ;) .

I have the honor and the privilege to share with the whole wild confined world 2 songs that have absolutely nothing to do with Japan or J-rock (except that I think 90% of people involved in writing, production, reviewing and promoting this split are spending a large part of the confinement watching anime, I'm on Haikyuu at the moment, it's wholesome and funny as it should be!). I told you about KAFKA. with a lot of passion and enthusiasm, with their demo published in 2018 (my review here). Based in Prague, the band has this particularity of singing its lyrics almost exclusively in French, and they are (finally!) coming back on this split 12" with 2 brightful new songs. One of them brings new ideas to their sound, and that's this song that I wanted to share with y'all: "Chacun d'entre nous".

I always have huge BELLE ÉPOQUE or CHAVIRÉ flashbacks in mind while listening to their jerky melodies full of urgency and ardor, with words as beautifully imagined as politicized, but this song immerses me with so much pleasure in these so warm, almost sweet, yet so touching sounds from ØJNE's LP Prima Che Tutto Bruci, or their incredible track "Da Qualche Parte, Nel Momento Giusto"... This track is very beautiful, it brought some balm to my heart at first listen, and again written in a near-perfect French (as their other song on this record), with a very few approximations, but it's a very complicated language to understand and to apply when it's not your native language. I can't believe that I still haven't seen them yet on a Fluff Fest, and I dare to hope that the Fluff crew will take advantage of the year to come before the next edition to fix this mistake. Well, OK, the fest is not yet canceled... But are there still people who think that it's possible to make a music festival in 2020? Please rot in fucking hell, COVID-19!


"Chacun d'entre nous a le droit d'être entendu,
Personne n'est la mesure des choses,
Et pourtant chacun est petit dieu
dans un humble sanctuaire."


The second band to appear on the split is from JUNIOR LEAGUES and it's called "нелюбовь" ("Lovelessness"). At first, seeing their name, I thought I was going to discover a pop-punk band that stayed in the Tumblr years and I said to myself with an actual pleasure that "still not a phase", why not!  But in fact, I was wrong, and immediately stopped doing that sketchy lyric quote on a live picture of the band: Originally from Rostov-sur-le-Don, Russia, where they kinda hold the banner of the local screamo with TON RÊVE. and JACK LANCE (don't hesitate to share with me the other local emo / screamo band in the comments, if I forgot any!), they offer two songs where the mood is much darker (just to prepare the  ground for the crushing "shooting star" skramz of VIRGINIA ON DUTY), as well in comparison with those of KAFKA. than their previous songs. The vocals make me think of YOTSUYA KAIDAN, something that sounds a bit like noise-rock, pretty much shouted, you know? But no doubt, "нелюбовь" is a virulent but not too dark screamo piece, with the blast-beat and jerky parts we all love. While searching for a picture of JUNIOR LEAGUES, I found the singer wearing a BELGRADO shirt, which is a BIG bonus, best east-european post-punk, better than MOLCHAT DOMA / Молчат Дома, change my mind. You can stream both songs and see the tracklist above, in the french part of the text! :)


David will stream you one of the 2 songs from VIRGINIA ON DUTY and the very underrated  and long-running Québec noisy screamo act TDOAFS on April 11 on his blog Open Mind / Saturated Brain, don't miss them! The pre-orders for this 4-way 12", available in 2 colors (black, and transparent green/black smoke), will be available, starting mid-April, via a solid bunch of labels that contributed to this beautiful LP: Unlock Yourself Records (RUS), Seitan's Hell Bike Punks (FRA), Polar Summer (RUS), Never Again Records (RUS), Les disques Rabat-joie (CA), Zilpzalp Records (GER), Non Ti Seguo Records (ITA), Hell Vice i Vicious (FRA), and Missed Out Records (US). No Funeral Records (USA) is releasing 50 tapes of this split record, and you can already grab one right here


So yeah, you'll not have many troubles to find this record near from where you live, where you have to be careful to shelter for the moment... Even if I know how complicated it is, for some people. But please, if you are valid, neurotypical, that you are not subjected to domestic violence or any kind of abuse, that you have a good supply of food, that you don't have to go out for work, if you don't need to buy food or medicine, or if it's not to help homeless/fragile people in need: don't be stupid or selfish and STAY AT HOME. You can take the sun from your balcony, from your windows... This confinement won't last forever, it's a promise. Maybe for a few months, let's be realistic, but absolutely not for a lifetime, this literally can't happen. And you're NOT alone in this, we are basically billions in that case. ♡

dimanche 15 mars 2020

"The Fallen Crimson" : ENVY est de retour en 2020, que tu le veuilles ou non.



C'est un groupe à la longévité assez exceptionnelle pour un groupe de la scène screamo, qui suscite bien des débats dans sa scène "principale", celle où le groupe a pris son envol, qu'il a au minimum fortement marqué. Il faut dire qu'en presque 28 ans de carrière à ce jour (aussi vieux que moi !), même si il s'est principalement illustré dans le screamo, puis le post-rock, il a beaucoup évolué et a ainsi traversé et rassemblé autour de lui moult publics et attentes. Mais peu importe les déceptions ici et là, force est de constater que le groupe est toujours suivi de près par une fanbase fidèle, et qui se renouvelle depuis le début.

Et sur le sujet de l'évolution, le groupe ne fait pas semblant : Saviez-vous qu'à leurs tout-débuts, ENVY fût en fait nommé BLIND JUSTICE et pratiquait un mélange entre New York hardcore et youth crew ? En voici l'évidence ci-dessous, chaussez vos Air Max 80 :





Sur ce live, Tetsuya Fukagawa avait déjà changé sa manière de chanter, moins typée youth crew. Il est possible de trouver la demo tape de 1993 sur Internet, et 3 morceaux figurant sur une compile nommée Bondage Maniacs Vol.3 sur Soulseek... Du coup, j'aurais bien aimé savoir si quelqu'un dans ENVY était straight-edge à cette époque haha ! En commençant ainsi, on peut déjà se dire que leur évolution vers le screamo allait en laisser certain•e•s de marbre, même si finalement, dans les 90's, c'était commun de voir des groupes assimilés ou appartenant pleinement à la scène emo pratiquer un hardcore plutôt bas du front, ou rapide et agressif. La première transition d'ENVY a été tout d'abord été le nom en lui-même, remplaçant BLIND JUSTICE, pour illustrer cette idée de faire évoluer leur musique. Et cela s'est très vite fait ressentir sur l'intensité et l'impact émotionnel de leur musique...




Puis on connait tou•te•s la suite : une ascension fulgurante vers les cimes de la scène screamo, après avoir été influencés par UNION OF URANUS et JASEMINE entre autres, multipliant les disques coups-de-poing, jusqu'aux fabuleux All The Footprints [...] et A Dead Sinking Story. empreints de terribles maux-d'être et d'un désespoir qui saute à la gorge à la moindre seconde égrenée par ces albums. C'est après A Dead Sinking Story que le groupe a choisi d'évoluer un peu plus fort vers les contrées du post-rock qu'il avait déjà bien arpenté, preuve en est l'ambiance générale et les progressions des morceaux de A Dead Sinking Story.

Je sais que c'est parfois frustrant quand un groupe emprunte un chemin différent de celui par lequel il a commencé et qui t'a fait kiffer. Surtout quand le groupe en question a commencé par du hardcore. Mais je pense que selon les personnes et leur vécu, en tant que groupe, et/ou ce qu'elles souhaitent faire de leur vie musicale ou personnelle, faire du hardcore aussi virulent et cathartique pendant 28 ans peut s'avérer usant, de diverses manières. Voire même chiant. Alors malgré la frustration qui s'est présentée jusqu'à Recitation de ne plus entendre d'autres morceaux de screamo ou de hardcore d'une intensité rare, je n'en ai jamais voulu au groupe d'évoluer et de m'avoir emmené•e là où il souhaitait emmener leur auditoire, ils m'ont d'ailleurs appris l'existence du post-rock... Au vu du chemin musical qu'il a commencé à emprunter petit à petit, plutôt que de sombrer dans un abyme de tourments et de désespoir, il est clair que les japonais ont cherché à atteindre une forme de sérénité et de "guérison", et à les retranscrire à leur manière, quitte à parfois les habiller d'atmosphères plus sombres, de paroles tristes et de soubresauts caractéristiques de leur passé, de leurs amours éternels. Et cette plénitude apparente, jamais le groupe ne l'a lâché depuis, au détriment de certain•e•s, mais pour le bonheur de beaucoup.

ENVY a su continuellement se nourrir, et se faire grandir, de cette sérénité, qui inspire tant de belles choses (sérieux, qui ne s'est jamais projeté•e dans un film d'animation de Hayao Miyazaki en écoutant un morceau post-A Dead Sinking Story ?), allant jusqu'à s'inspirer fortement de leurs camarades de MONO sur Recitation, un disque à des années-lumière de la fureur du NYHC et des Air Max 80, une rage contenue et brillamment distillée dans une solennité et une puissance qui se libère toujours tranquillement, au gré des atmosphères et des montées d'adrénaline. C'est précisément ce qui fait la sève d'ENVY aujourd'hui. Recitation est sous-estimé dans la carrière du groupe, sûrement parce que  c'est le disque le plus calme et le plus "lent", mais préfigurait tout de même le renouveau du groupe : il osait déjà ouvertement avancer vers des terrains plus "pop", inclure des mélodies entraînantes et lumineuses et plus seulement faire du melodic hardcore (saisissez la nuance), inviter la personne qui écoute le disque à la légèreté, malgré la voix écorchée de Tetsu, qui même là n'inspire que de la force positive, du courage, de la liberté. Finalement, n'est-ce pas une fantastique raison de savourer un disque de (post-)hardcore, que de se laisser envahir ou surprendre par de la positivité ? POSI SPIRIT, HARDCORE 'TIL DEATH!

Sur Atheist's Cornea, l'avant-dernier album du groupe en date, composé dans un certain tumulte au sein du groupe, on sentait comme une synthèse de carrière mais aussi, paradoxalement, une envie d'oser davantage. Un arlequin de ce qu'à fait, fait et fera le groupe, ou chaque morceau raconte son histoire, a sa propre identité. Mais cette "synthèse", elle pouvait aussi évoquer une fin de carrière au vu du tumulte présent. Une façon de dire : "OK, on est plus aussi bien qu'avant en tant que groupe, laissons un dernier disque où l'on montre ce qu'on voulait faire et basta, on a plus rien à prouver de toute façon". Alors que bon sang, ce disque prouve tellement le contraire : il revient autant aux racines screamo du groupe, que de nous propulser vers des influences jazzy, des ballades presque indie... Et puis, on a aussi (je pense) tendance à oublier que ENVY expérimentent depuis longtemps dans leur musique, à en juger par les samples, ambiances et autres bruits collés et distillés par Tetsu, officiant également au sequencer, dans certains morceaux. Ils avaient aussi tenté de caler des sonorités électroniques sur deux morceaux figurants sur leurs splits avec JESU et THURSDAY.

Alors au final, est-ce que le groupe se trahit en sortant toujours plus de disques qui ne ressemblent pas à A Dead Sinking Story ou All The Footprints [...] ? Avec tous les éléments de leur évolution mis bout-à-bout, on peut en déduire que pas du tout. Est-ce que ce serait pas dommage que de se forcer à sortir des pâles copies de ces disques pour satisfaire la demande ? Se forcent à se replonger dans une étape difficile de leur existence (comme dit plus haut, je pense que ces différents maux sont EXTRÊMEMENT palpables sur All The Footprints [...], entre autres...) quitte à se faire du mal ? Tu écoutes un groupe, tu ne le consommes pas ;) . Et puis au pire, le retour au screamo plus virulent et rapide, le groupe se permet de le faire désormais par surprise et avec leur état d'esprit actuel, et c'est mieux comme ça. Ce retour aux sources, le groupe l'avait tout d'abord teasé en 2014, avec un morceau, "Two Isolated Souls", qui n'avait rien à voir avec ceux de Recitation, l'album sorti juste avant. Il figurait sur un site web commandé par un fournisseur d'accès internet japonais, avec des animations très sombres et géométriques racontant une histoire assez sombre puisque basée sur le manga Devilman, et illustrant des batailles entre Hommes et démons, aboutissant à la fin de notre monde (wouhou !), des animations qui illustraient plutôt bien l'univers du morceau et sa dualité entre chaos et lumière. Eh ouais, c'est pas en France qu'on verra une pub au thème apocalyptique commandée par SFR avec du DAÏTRO en fond sonore haha ! Le pire, c'est que personne avait tilté ce morceau avant qu'il ne soit officiellement annoncé par le groupe plusieurs semaines plus tard, alors que moi je le ponçais déjà avec passion... Quel bonheur ce fût de retrouver ce son ! Et alors là oui, quand tu découvres ce son, tu espères un album plein de ces cavalcades sonores, ces décharges effrénées de riffs percutants, saccadés et salvateurs... Un All The Footprints [...] 2.0 ! Mais le groupe en a évidemment décidé autrement : en effet, sur Atheist's Cornea, un disque également assez sous-estimé, on retrouve une explosion d'influences que j'étale plus haut, mais il y avait également ce ressenti de "synthèse", de dernier coup d'éclat. Et il se trouve effectivement que le groupe était alors au bord du gouffre, à en juger par le départ de Tetsu pendant un an... (un départ annoncé intentionnellement le 1er Avril, étant également au Japon le premier jour de leur nouvelle année fiscale, ce qui a induit en erreur tout le monde !). 

Et les voilà revenus de zéro, avec un nouveau line-up deluxe, qui comprend désormais parmi les nouveaux : yOshi de KILLIE, CLEANER et THIS TIME WE WILL NOT PROMISE AND FORGIVE à la guitare, Hiroki de HEAVEN IN HER ARMS à la batterie, et Yoshimitsu de 9MM PARABELLUM BULLET à la guitare, accueillant ainsi au passage une guitare de plus aux côtés de Nobukata Kawai, de nouvelles envies (bien que celle de voyager existe depuis leurs débuts), et une énergie tout aussi débordante que celle qui a fait leur renommée scénique, mais exprimée différemment, sans "folie". Et il semblerait qu'avec The Fallen Crimson, le groupe a trouvé un équilibre nouveau, solide, et qu'une alchimie se soit ainsi consolidée entre chaque membre. Les nouveaux et les anciens échangent, partagent et respectent entre eux, dixit Nobukata sur une interview donnée à Bandcamp. Et tout cela s'entend, se ressent. Bon, il faut être clair que ce n'est plus aussi spontané et brut que leur passé full DIY où tu pouvais les booker dans ta cave favorite ou ton squat local. Désormais, c'est un groupe qui remplit des salles pour 500 personnes et qui retourne le Hellfest (littéralement, les témoignages du Hellfest 2019 sont unanimes sur le fait que leur set était un des meilleurs de cette année)... Mais à mes yeux de fan éperdu•e, ils n'ont rien perdu de leur superbe et de leur passion, que ce soit sur scène ou sur disque.

The Fallen Crimson, c'est le disque de la renaissance pour ENVY, qui revenait de très loin. Mais ils ne sont pas pour autant partis d'une feuille blanche. Certains morceaux de cet album ont été composés en quelques heures... Ce qui traduit quand même vachement de spontanéité, surtout au vu du contenu des morceaux du disque ! Et aussi, que les nouvelles recrues connaissaient parfaitement le terrain, et savaient où elles mettaient les pieds. L'album commence fort avec "Statement of freedom", qui laisse entendre des sonorités de guitares qu'on avait pas entendu de leur part depuis des années, mêlant la maîtrise des anciens du groupe à la fraîcheur des "jeunes" recrues (sachant que les anciens approchent de la cinquantaine, mine de rien), le tout fonctionnant avec une alchimie flagrante et revigorante... Un morceau qui fait la part belle à leurs amours screamo, et ça fait du bien ! Et qui renvoie également vite à l'univers développé sur Atheist's Cornea... Puis juste après, arrive "Swaying leaves and scattering breath", une pièce monolithique et un torrent de lumière comme on en a désormais l'habitude avec eux, avec un chant décidément assumé et mis en avant. C'est chouette ! "Rhythm" m'a totalement surpris•e, je ne m'attendais pas du tout à entendre un morceau d'ENVY avec une voix chantée de la sorte... Mais la surprise est réussie, ça sied naturellement à l'univers radieux de cet album, et du groupe. La chanteuse qui figure sur ce morceau est Achico, qui officie principalement dans ROPES, un projet indie/folk très calme. D'ailleurs, en parlant de chant, vous entendrez souvent sur l'album des voix claires lointaines et parfois vocodées. Après une fastidieuse pêche aux infos, je peux vous confirmer qu'il s'agit de la voix de Nobukata ! D'ailleurs, j'ai pu le vérifier lors de leur live parisien du 15 Décembre 2019... Et ça fonctionne bien ! On se laisse replonger avec plaisir dans les morceaux du 7" Alnair in August qui figurent dans l'album (avec un mix différent, il me semble ?), on se fait surprendre par la rythmique punk-rock de "Fingerprint mark" (si on enlève les voix, ce morceau fait beaucoup penser aux immenses BRUTUS !), on se laisse envoûter par la légèreté de "Eternal memories and reincarnation"... "A Faint New World" possède un je-ne-sais-quoi de HEAVEN IN HER ARMS dans l'instrumentation, et une autre pièce "A step in the morning glow" clôt l'album, sonnant comme un soleil radieux dans une aube d'été...

C'est pas facile de se faire un avis sur une seule écoute. Ce disque se décortique, dans le sens où il regorge de choses nouvelles dans le son des Japonais mais qu'il faut y prêter attention, se laisser immerger. Après, si le post-rock et le ENVY post-A Dead Sinking Story vous ennuiera toujours de toute façon, bah désolé•e pour vous :'), mon avis est subjectif après tout. Mais je ne peux que vous recommander d'écouter ce disque et de le réécouter au moins une fois. Il brille de par la passion et l'envie qu'y ont mis les musiciens, des caractéristiques toujours intactes depuis le début, malgré les coups durs respectifs. Il excelle par sa volonté de faire voyager et de surprendre, sans retour en arrière forcé. Et de toute façon, je pense qu'ils ont accepté depuis longtemps le fait de faire leur propre sauce, plutôt que de se revendiquer "meneur" d'une scène.


Quelques interviews à lire :

https://daily.bandcamp.com/features/envy-the-fallen-crimson-interview

https://tigernet.no/blog/?p=5177&fbclid=IwAR3sNwSp9BbKhND15zb4-1Ujs0ujhglSZb5wwnuz3AgihvJizpIfwUgjxHg

https://fanzinotheque.centredoc.fr/doc_num.php?explnum_id=1724 , page 49

• dans le New Noise #52, Février / Mars 2020.


mardi 18 février 2020

RIJEKA, un exutoire à l'ennui et la violence de la vie.



Rijeka, c'est d'abord une ville croate, principale ville portuaire du pays, Rijeka étant d'ailleurs le mot croate pour parler d'une rivière. Ce que je connais de cette ville vient principalement de Wikipedia, je ne saurais pas vous renseigner en profondeur sur ce lieu ;) . Mais le groupe en question sur cet article a un rapport précis avec cette ville que je saurais mieux vous relayer. RIJEKA vient de Toulon, et est composé, entre autres, de 2 membres de BÖKANÖVSKY et CHILD MEADOW : Nicolas et Clément. Et il se trouve que BÖKANÖVSKY a joué à Rijeka en 2012, et que CHILD MEADOW y a également joué en 2011. À l'occasion de ces différentes tournées passant dans la ville, des liens se sont naturellement tissés avec des locaux•ales, et Clément me rapportait que Rijeka ressemble beaucoup à Toulon, "you love it or hate it". C'est ainsi que ce petit projet a trouvé son nom, actif depuis plusieurs années, avec cependant une seule répet'à leur actif jusque là, mais avec une démo qui sort seulement maintenant. D'ailleurs, c'est rigolo : encore une fois un groupe d'emo français avec un nom qui fait partie du registre maritime.

Ce groupe, c'est vraiment pour se faire plaisir, raconter des petites histoires et des frustrations, des colères entre potes, sûrement dans des caves d'un peu partout en Europe, histoire de partager cela avec les emokids (qu'iels soient jeunes ou moins jeunes héhé !) que ça attire encore d'aller dans des caves voir des petits groupes faire de l'emo à consonance crust qui racontent les galères, les ennuis et les menaces qu'on subit tou•te•s. Enfin, quand je parle de crust, faut pas s'attendre à quelque chose à la EKKAIA ou à la LAKMÉ. Mais y'a clairement des rappels aux sonorités vocales de BÖKANÖVSKY et à ses guitares grasses et graves.

RIJEKA, c'est donc sans trop de surprises situé entre CHILD MEADOW et BÖKANÖVSKY musicalement, et je trouve que cette démo est vraiment chouette. Y'a aussi un petit quelque chose qui donne son originalité à RIJEKA par rapport aux deux autres groupes, comme cette seconde partie de morceau très emo 90's avec ces phrases chantées sur "La Roya", ou le final quasi math-rock de "Ces murs blancs". La démo commence pourtant de manière assez sombre avec "À qui la rue ?", dans un style que je qualifierais de à-la Boka, qui en veut (naturellement) aux flics, particulièrement aux CRS vu ce qui est décrit dans les textes. 

- L'écho du silence se noie dans les poings lourds de ces bourreaux déguisé•e•s en armure. L'écho du silence se reflète dans les yeux sombres, ecchymosés par ces bavures autorisées, ces cortèges pacifiques, un terrain de jeu pour les sadiques.

Bon, en ce qui concerne le final de ce morceau, la potence pour les bourreaux je dis pas non, mais on placera un fils de rien pour remplacer le fils de p*** pendant le sing-along et ça réglera le problème ;) Sûrement un sale réflexe de langage qui n'illustre pas la considération de RIJEKA envers les travailleuses du sexe. Je souligne ceci car dans un milieu qui tend à se déconstruire davantage, cela peut en choquer (légitimement) certain•e•s.

"De la chair" synthétise brièvement nos vies à trimer au travail, à se faire étouffer par les patron•ne•s, par les machines, machines qu'on voudrait nous faire devenir d'ailleurs. "La Roya" est un brulôt se désolant de la misère humaine, de ces pauvres qu'on tue ou qu'on précarise encore davantage, de "ces processions dans la pénombre sur ces terrains désaffectés, ces corps humains comme des ombres (la misère te faire jouir), tu les isoles comme des déchets". "Comme un aimant" raconte l'ennui, la relation love-hate qu'on entretient souvent avec sa ville natale où le lieu où l'on vit depuis un certain temps, cette amertume d'y revenir ou d'y rester. "Cette ville est comme un aimant : impossible à fuir, impossible d'en partir, impossible à aimer. Pourtant on y est". Et "Les murs blancs" renvoie un peu aux propos de "De la chair", à ces heures passées à faire de son mieux au taff, tout en bas de l'échelle, à y être sympa et poli•e, mais continuer à se faire réprimander et se faire rappeler qu'on fait les choses pas assez bien, pas assez vite...

RIJEKA, c'est un emo punk bref, sincère, un exutoire simple et facile où l'on peu tou•te•s se retrouver. Encore une embarcation à la dérive sur les flots de la vie française en perpétuel tourment, qui n'aura aucun mal à trouver des passager•e•s. Une chouette surprise que ce premier essai, et j'espère les voir sur scène à l'occasion, car je pense que leurs morceaux prennent une autre dimension en live...

Une petite interview de RIJEKA sur Idioteq: https://idioteq.com/introducing-rijeka-new-screamy-emo-hardcore-band-from-toulon/


jeudi 6 février 2020

LUXOR BEAM - S/T



Le 15 Décembre dernier, littéralement collé•e à la scène de La Maroquinerie pour profiter pleinement du retour d'ENVY à Paris (et de SVALBARD en première partie !) après 8 ans d'attente et ainsi une occasion d'exorciser le souvenir amer de la fois précédente ou je les ai vus (en bref : le groupe était grandiose, mais les personnes m'accompagnant l'étaient moins). Entre deux groupes, une amie qui fait partie de ces personnes qui me narguent en me racontant les fois ou elles ont vu AMANDA WOODWARD et YAGE en live, m'a parlé d'un nouveau groupe qui allait sortir son premier disque dans les jours à venir. Le teasing : Un groupe d'emo / screamo lorgnant vers les 90's composé d'un membre de ENOCH ARDON, rien que ça. Sauf que ce que je ne savais pas encore, c'est que le line up est encore plus balaise que ça ! Fidèle à moi-même, j'avais absolument oublié le nom du groupe jusqu'à ce qu'une personne poste la page Bandcamp de l'album dès que celui-ci a été mis en ligne le 10 Janvier... Et grâce à cette personne, j'ai retrouvé la mémoire : voici pour vous le premier gros banger emo de 2019 pour moi : l'EP de LUXOR BEAM. Et ce line-up balaise, il comprend donc un membre de ENOCH ARDON, mais également deux autres de WHAT PRICE, WONDERLAND?, ARKLESS, ou BIRD CALLS, entre autres... En lisant ça, j'ai instantanément compris que j'allais passer un bon moment en écoutant ce disque. Mon amie me le promettait avant qu'il sorte...

Et elle a eu raison ! L'EP a été composé assez rapidement, après quelques séances de répètes. Et pourtant, le son du groupe semble déjà avoir sa propre signature, et leur musique est solide. LUXOR BEAM est fondamentalement influencé par la scène emo des années 90, le label Ebullition Records en tête, mais il en ressort des influences plus "actuelles". Leur post-hardcore énergique et rageur me rappelle les tonalités sombres, raw et ma foi relativement directes des premiers EP de BIRDS IN ROW (J'entends des riffs qui pourraient figurer sur Cottbus une pelletée de fois sur le disque, c'est un vrai bonheur, "Unnecessary Input" aurait d'ailleurs un riff explicitement volé aux Lavallois ahah !), ou même du premier EP de CHAVIRÉ... Référence obscure pour des personnes vivant en Angleterre je suppose, mais la scène est petite :) . En termes de références obscures, je peux d'ailleurs encore m'illustrer : l’énergie presque agressive qui se dégage de ce disque, et tout le background musical évidemment, m'a rappelé DANIEL SHAYS, ce très obscur groupe de post-hardcore oublié de tou•te•s... Que vous pouvez découvrir par ici.

"Unreal", premier titre du disque, nous place très rapidement dans le vif du sujet, avec cette tension et cette rage palpable, ces répétitions lyricales et rythmiques qui résonnent fort dans la tête, et y restent longtemps. D'ailleurs, cette idée de répétition est (hasard ou coïncidence ?) remise en question dans le titre suivant, "Missed Detail". "Will we find sense in repetition / or just spin until we're lost? / Is this what we meant to be / or simply all we've got?". Est-ce également un écho à "Dust" et sa petite phrase fataliste mais véridique, répétée frénétiquement ? "Remember, you are dust"...

"A Reminder" nous renvoie fortement à la sève profonde du groupe, cet emo 90's noisy, tendu, qui lorgne subtilement vers un hardcore plus sombre issu du même millésime (et toujours avec le label Ebullition dans la playlist)... Et si l'on tend bien l'oreille, il en est finalement ainsi tout le long d'un disque passionnant, riche de sa spontanéité, de sa fougue et de ce côté "rêche" qui lui donne toute sa force. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on est jamais dans le chaos, dans quelque chose de compliqué à écouter. Ça reste malgré tout relativement facile à écouter, à retenir et à scander.

Il me tarde déjà d'entendre la suite, qui n'est pas à espérer avant fin 2020 si mes souvenirs sont bons. Mais ces 6 titres feront aisément attendre jusque là, on ne s'en lasse pas...

Une chouette interview de LUXOR BEAM à lire sur Idioteq : https://idioteq.com/introducing-luxor-beam-new-emotive-hardcore-screamo-trio-from-london/